Campagne " l’Europe est vache avec l’Afrique "
F.B. Mellet – AEFJN
Vivre de la production laitière n’est pas un privilège réservé aux agriculteurs européens, américains ou néo-zélandais. Des pays du Sud ont su développer leur production : l’Inde (2
ème producteur mondial), le Pakistan, le Brésil. Un pays comme le Kenya est auto suffisant !
Les pays du Sahel possèdent un potentiel de production élevé : le Mali, par exemple, pourrait produire 600 000 T de lait avec ses 7 millions de bovins…or il importe plus de 60% de ses besoins.
L’Europe a sa part de responsabilité dans cette situation, que les actuelles négociations en vue d’établir de nouveaux accords de partenariats économiques (APE) avec l’Afrique risquent d’aggraver encore.
De quoi s’agit-il ?
Des montagnes de beurre dans un océan de lait.
C’était la situation en Europe vers les années 1980. Arrivée à l’autosuffisance alimentaire grâce à une politique protectionniste et des instruments de régulation, l’Europe croulait sous les excédents.
Ceux ci étaient écoulés sur le marché mondial grâce à des exportations de poudre de lait vendues à prix de dumping (en dessous du prix de marché intérieur), prix soutenus par des subventions importantes bénéficiant surtout aux entreprises laitières.
Aujourd’hui encore – même si les excédents ont été fortement réduits – les
subventions représentent environ 2.2 €/vache/jour – soit plus que ce qu’ont pour vivre 2,8 milliards d’êtres humains !
L’
Europe reste la 1ère puissance exportatrice de lait dans le monde, mais, comme le prix du lait est appelé à baisser encore (0.3 € /L au producteur) elle maintient un surplus de production pour permettre aux éleveurs – de moins en moins nombreux (solidarité paysanne Nord-Sud, de ce point de vue)– de maintenir leur revenu en devenant de plus en plus gros et en bénéficiant d’aides indirectes (25 000 € d’aide en moyenne par an et par exploitation laitière, prévu).
L’exportation de poudre de lait restera un moyen de régulation du marché permettant d’évacuer les surplus à bas prix et de procurer une matière première peu chère aux industries laitières multinationales.
La campagne appelle la commission européenne à cesser les exportations subventionnées et la production d’excédents
La vague blanche
Un
éleveur du Sahel qui produit 1L de lait lui coûtant 0.5 €, peut espérer le vendre 0.4 € en frais, sachant qu’il est concurrencé par du lait reconstitué à partir de poudre d’origine européenne vendu 0.3 €/L.
Vouloir faire vivre sa famille de la production de lait devient une impasse…
Quand le Burkina Faso importe 560 T de poudre, c’est l’équivalent reconstitué de 4.3 millions de litres de lait importé ! L’Europe est " vache " avec l’Afrique !
Cette vague blanche qui envahit l’Afrique est appelée à se développer dans le cadre des APE actuellement en cours de négociation – avec une certaine opacité – entre la commission et les Etats africains.
L’objectif est d’instaurer une ouverture totale des frontières commerciales entre l’Europe et l’Afrique sans droits de douane et sans prix garanties : l’Europe prévoit une période transitoire d’adaptation, et un appui financier au développement en contre partie.
Les pays d’Afrique n’ont guère le choix s’ils ne veulent pas perdre encore plus de parts de marché, ou perdre des appuis en baisse constantes depuis longtemps.
Ce partenariat
ne respecte pas le principe de la souveraineté alimentaire : le droit pour chaque pays de mener la politique agricole adaptée à ses besoins, et préservant l’emploi agricole.
Le contexte de négociation est celui de la libéralisation du marché (régulé par l’offre et la demande, les avantages comparatifs de chaque pays) : cela est sans doute valable pour les produits industriels (que le plus fort gagne !) – mais n’est pas adapté au marché des matières premières agricoles. Celui-ci met en jeu :
- La vie quotidienne de millions de familles rurales
- La gestion de ressources naturelles de plus en plus fragiles
- La quantité et la qualité de l’alimentation (sécurité alimentaire)
- …dans un contexte climatique et donc économique fluctuant …au profit des spéculateurs et des agro industriels.
Au moment même où les Etats africains prennent conscience de la nécessité de mettre en place des politiques agricoles, les inviter à se désengager de la vie économique
risque de signifier l’abandon des familles rurales laissées à elles mêmes face au marché mondial ! Au profit de consommateurs urbains souvent anciens ruraux en précarité !
La campagne appelle la commission européenne à respecter le principe de la souveraineté alimentaire dans le cadre actuel des négociations des accords de partenariats Europe – Afrique.
La révolution blanche
L’Europe a su opérer sa " révolution blanche " grâce à une politique agricole protectionniste consolidant une " révolution agricole " développée sur la durée depuis le début du siècle dernier.
Les USA de même, avec l’atout d’un marché intérieur de grande taille.
La Nouvelle-Zélande – qui exporte 90% de sa production à travers une unique structure industrielle, et fixe le cours mondial du lait – bénéficie de vastes exploitations extensives qui peuvent " brader " leur production.
Certes l’Afrique arrive un peu tard sur ce marché mondial qui ne cesse de se développer (surtout en Asie).
Il s’agit pour ce continent de garantir sa sécurité alimentaire et de développer les emplois agricoles pour les familles rurales.
L’Inde a su mettre en place vers les années 1970, un vaste réseau d’infrastructures de collecte et de transformation qui lui permet de posséder une économie laitière viable.
Le Kenya est devenu auto suffisant en lait (à 80% produit par des petits éleveurs)
grâce à :
1- Des instances de régulation interne du marché
2 –Des droits de douanes élevés sur les importations
3 – Une politique durable d’appui aux éleveurs (formation, amélioration de l’élevage).
Or
l’Europe a un rôle à jouer – comme elle y a contribué dans le passé -
en maintenant son appui à l’agriculture dans une vision à long terme (le court terme règne en maître aujourd’hui !)
pour aider l’Afrique – qui a besoin de temps - à structurer des filières de production autonomes.
Cela est possible, et nous devons inciter les décideurs à être vigilants sur ce " possible ", en échos avec les organisations paysannes du Sud, afin de promouvoir la Foi en l’avenir et un développement plus juste !
La campagne appelle la commission européenne à
augmenter l’appui au développement en Afrique, en vue de développer une agriculture familiale, base d’une économie structurée et durable, dans le cadre de la lutte contre la famine et la pauvreté.
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