Ensemble contre l’exclusion, un projet politique
La lutte contre la grande pauvreté est un enjeu majeur - pour les droits de l’Homme,
la cohésion sociale, la paix.
Aujourd'hui encore, la misère reste la plus impitoyable tueuse de l'Humanité. A l'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, nous voulons ensemble marquer notre
solidarité avec ces millions de femmes, d'hommes et d'enfants qui résistent, chaque jour, dans le monde, aux ravages de la faim, du non - accès à l’éducation et de la violence.
Les
valeurs qui nous unissent – droits de l’Homme, justice, fraternité, démocratie - nous les pensons largement partagées par nos concitoyens. Des textes et des déclarations créent des obligations juridiques pour nos Etats. Mais nos sociétés peinent à traduire en actes leurs idéaux, chaque jour foulés au pied par le manque de volonté politique de celles et ceux qui nous gouvernent et par notre insuffisance de réaction collective contre la misère. Aujourd'hui encore, en France et en Europe, des familles sont condamnées à la rue, à un habitat indigne, parce que privées de revenus pour pouvoir payer un loyer, mais aussi parce que des citoyens font pression, refusant qu'elles vivent dans leur voisinage. Des milliers de jeunes quittent le système scolaire sans formation et des millions d'autres à travers le monde n'ont accès à aucune instruction.
Des populations entières dépendent, pour leur survie, de dispositifs d'urgence : distributions alimentaires, hébergements d'urgence, secours financiers d'urgence... qui, s'ils sont nécessaires, ne leur permettent pas de vivre dignement.
Des millions de personnes sont contraintes par la misère à quitter leur pays dans des conditions de grande détresse, et sont accueillies sous le signe de la suspicion et du rejet.
Cette situation n'est pas une fatalité. M. Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, disait récemment que, pour la première fois de son histoire, l'humanité possède tous les moyens de mettre fin à la misère. C'est un formidable espoir, mais il demande volonté politique et soutien des citoyens. Car c’est bien devant un véritable choix de société, et donc de mandat électoral, que nous sommes.
Faisons le choix d’une société des droits de l'Homme, où chaque personne aura accès aux droits humains fondamentaux. Sans cette exigence, les personnes en grande pauvreté ne possèdent pas les sécurités nécessaires pour que leur courage et leurs efforts portent leurs fruits : comment garder un travail sans logement, comment apprendre à l'école sans eau, chauffage ni électricité à la maison ? Sans cette exigence, nos sociétés accroissent leurs richesses sans pour autant mettre fin à la misère.
Exigeons que l'accès aux droits fondamentaux devienne, dans la réalité, la priorité des politiques publiques. Un premier pas significatif serait que nos futurs élus s'engagent à ce que, à la fin de leur mandat, plus personne ne soit obligé de vivre à la rue ou dans un habitat indigne, et que le droit au logement devienne opposable, donc effectif.
Faisons le choix d’une société de cohésion sociale et de fraternité, et refusons de céder à la méfiance, à la stigmatisation des exclus et à la culpabilisation des plus pauvres. Ceux-ci ne cessent de nous dire le poids du regard porté sur eux. Comment, en effet, habiter un quartier qui vous rejette ? Comment s'insérer dans une entreprise sans être accueilli et soutenu ? Comment réussir à l'école si l'on s'y sent en danger ?
Peur de l’avenir et tentation du repli sur soi augmentent ; mais nous ne pouvons accepter le sauve-qui-peut individualiste comme seule issue. Notre engagement aux côtés des populations en difficulté nous amène à affirmer au contraire que notre véritable sécurité réside dans notre solidarité.
Faisons le choix d’une société qui mise sur la reconnaissance et la participation des personnes en difficulté. Sans la prise en compte de leur expérience et de leur savoir, les réformes et les stratégies de développement risquent à tout moment de faire d'elles les cibles de programmes inadaptés, pensés par d'autres, et risquant d'accroître les inégalités au lieu de rapprocher les hommes. Aucun pays ne pourra vaincre la misère, s'il ne prend pas comme premiers partenaires les plus défavorisés.
Dans la période qui s'ouvre dans notre pays, c'est à chacun d'agir, là où il est, pour refuser les réflexes d'exclusion et se révolter contre les atteintes aux droits humains fondamentaux. Montrons-nous nombreux à signifier notre volonté de lier ensemble justice et fraternité.
Geneviève Sevrin, présidente d’Amnesty International France, Bernard Pinaud coordinateur du réseau Action Mondiale contre la Pauvreté France, Jean-Pierre Richer, président du Secours Catholique-Caritas France, et Pierre Saglio, président d’ATD Quart Monde France
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