Vivre autrement
pour un développement durable et solidaire
82e Semaines Sociales de France
1° Appel à définir ensemble
un nouveau sens De l'environnement au
développement durable :
Après le temps de la prise
de conscience et celui du nécessaire dialogue voici venu le temps du que
faire ? Une question que beaucoup ne voulait pas
éluder.
L'urgence climatique et
énergétique impose l’action.
Mais au-delà de la nécessité, il faut comprendre que loin de se
résumer à une collection de contraintes techniques, le développement durable
embrasse un
nouvel art de vivre en
société, un nouveau style de vie.
Les ateliers de samedi ont travaillé sur un certain
nombre de propositions visant à inventer ce que l’on peut organiser du niveau
local au niveau international. Cette
synthèse nous permet de rendre compte de ces travaux. Ces propositions s’inscrivent dans la tradition des semaines
sociales et prennent en compte certaines mesures retenues dans le cadre du
Grenelle, et pour certaines d’entre elles vont plus loin. Leurs spécificités
sont d’être sociales, éducatives, européennes et d’insister avant tout sur nos
modes de vie.
Notre défi
personnel et collectif est bien de vivre autrement, pour une société :
§
économiquement durable, par
une gestion plus sage ;
§
socialement viable, pour une
vie en partage ;
§
écologiquement vivable, pour
une terre en héritage
Mais
plus concrètement, quelles sont les propositions des semaines sociales.
1° Le premier enjeu est pour
nous celui de l’éducation au développement durable.
Cette éducation doit se fonder sur un déclencheur
personnel, une prise de conscience gratifiante et ne peut être fondée sur la
peur, le catastrophisme.
L’éducation au développement durable est un
processus qui s’inscrit tout au long de la vie, elle engage la transmission
familiale, l’intergénérationnel et les tiers lieux éducatifs.
PROPOSITION :
Dans le prolongement de nos
semaines sociales de 2004, nous proposons de mettre en œuvre l’expérimentation d’un service civique obligatoire afin
d’offrir à tous les jeunes une chance d’immersion dans la diversité des
acteurs, et de découverte des exigences concrètes de la citoyenneté, en
particulier dans le domaine de l’environnement et de la solidarité
internationale.
L’éducation au développement durable doit être une
éducation à l’
interdisciplinarité et
se situer dans la
transversalité.
Elle ne pourra se faire qu’en favorisant l’expérimentation.
Dans ce sens l’éducation nationale doit s’ouvrir à
de telles initiatives. Elle doit faire place en temps et en ressource à des espaces
d’expérimentation intergénérationnelle ouverts sur le monde. Pour toutes ces
raisons le ministère de l’éducation nationale ne peut agir seul. Il doit
impérativement faire place à des acteurs extérieurs.
2°
Dans le domaine de l’alimentation, il est urgent de changer de modes de
production et de consommation.
Au
niveau
individuel il s’agit d’inviter le consommateur à faire le
choix de la proximité, des produits
de saison,
labellisés, équitables ...
Au niveau de la restauration collective, il s’agit de
favoriser l’utilisation de ces mêmes produits sans pénaliser financièrement les
usagers et en particulier des familles.
De même, il serait utile de promouvoir des
conditionnements plus simples et
recyclables.
Nous invitons les
chrétiens à organiser le
4
octobre, fête de saint François d’Assise, une journée de prière et de
réflexion sur les modes de production et de consommation durables.
Au niveau des
politiques
agricoles :
Pour parvenir aux 20%
d’agriculture biologique d’ici 2020, telle que proposé par le
Grenelle, il faut prévoir un accompagnement technique et des
financements pérennes ;
Au-delà, pour les 80% de produits qui ne seront pas
bio, nous demandons la création d’un
label
Haute Qualité Environnementale, qui aille plus loin que celui l’agriculture
raisonnée, et auquel des fonds de la Politique Agricole Commune pourraient être
progressivement affectés.
Enfin, concernant l’annonce du grenelle de
réduire de 50% l'utilisation des pesticides,
nous demandons qu’elle soit atteinte dans 10 ans.
3° Dans le domaine de la
ville, de l’habitat et du transport les initiatives sont très nombreuses, notamment, en
ce qui concerne les transports collectifs et les modes de circulation douce.
Nous proposons de créer un
pass-mobilité pour tous les modes de transport favorisant l’inter
modalité (métro, bus, taxi, vélo …) et de favoriser les initiatives d’accès au
transport pour les personnes les plus démunies, et nous sommes prêts en assumer
solidairement les coûts.
Dans le domaine de l’urbanisme, il s’agit de
densifier les zones habitées pour
lutter contre les effets négatifs de l’étalement urbain, en privilégiant la
mixité sociale par l’application plus stricte et plus pénalisante de la loi
Solidarité et Renouvellement Urbain.
Dans
ce sens, nous proposons que l’appellation « quartier durable », ou
même éco quartier, soit conditionnée par le
respect de la mixité sociale.
Par ailleurs, pour améliorer l’intelligence
collective et peser réellement sur les décisions, nous proposons que le plus
grand nombre possible de
projets
d’urbanisme et d’aménagement soit soumis à enquête publique.
Pour les entreprises
Il faut
envisager un nouveau cadre de gouvernance et des modes de régulation différents
pour qu’elles puissent concilier leurs impératifs économiques légitimes et une
gestion plus sage. C’est pourquoi,
nous demandons la création d’un vrai
cadre juridique de l’entreprise qui permette d’y inclure non seulement les
actionnaires mais aussi le personnel, et toutes
les parties prenantes, comme les collectivités locales.
Au niveau national, il faut créer les
conditions d'un actionnariat stable,
pour que les entreprises puissent inscrire leur choix de développement dans la
durée.
Par ailleurs, nous reprenons la proposition de
mettre en place un
véritable statut du
travailleur qui constituerait un moyen nouveau de concilier la mobilité du
travail que le changement imposé par le développement durable va certainement
accroitre et la nécessaire sécurité du travailleur.
En matière de responsabilité sociale des
entreprises, nous proposons que les entreprises mettent en place des actions de
formation au développement durable pour les salariés et que le champ
d’application de la loi RSE soit étendu aux personnels des sous traitants.
Nous proposons également d’associer les
organisations syndicales au choix raisonné d’indicateurs sociaux et
environnementaux.
Enfin, nous
invitons les chrétiens, les congrégations et les associations à faire choix
d’une gestion attentive et socialement responsable de leurs ressources et de
leurs biens.
4° L’eau constitue
l’un des plus grands défis de l’avenir.
Il s’agit en premier de promouvoir une nouvelle
culture de l’eau au niveau local et national pour briser l’indifférence des
pays riches en eau.
Nous invitons à
une
éducation à l’eau dès le plus jeune âge
et, dans le prolongement, à susciter et soutenir dans chaque pays des forums de
citoyens permettant de s’informer de se former et de donner la parole aux
usagers.
De plus, nous souhaitons que s’impose l’idée dans
chaque pays d’un minimum vital eau en invitant les gouvernants à mettre en
place des investissements eau et des systèmes d’assainissement.
Nous invitons également à inscrire la solidarité
comme devoir de justice des pays riches à l’égard des pays pauvres :
-
Nous invitons à faire connaître la
loi
Oudin du 27 janvier 2005 qui autorise les collectivités locales à
participer à des actions de co-développement concernant l’eau et
l’assainissement dans la limite de 1% de leurs ressources affectées au service
de l’eau ;
-
Nous proposons que l’Etat et ou l’Union Européenne, ainsi que les opérateurs
publics ou privés, abondent chacun pour leur part d’un montant égal aux actions
engagées par les collectivités locales.
5° Dans le domaine de
l’énergie,
de multiples engagements ont été pris, qui ne sont pas ou qui ne seront pas
atteints, si nous ne modifions pas en profondeur nos modes de vie, nos
habitudes de consommation.
Cela exige que
chacun
s’interroge sur ses choix personnels en commençant peut-être par ce qui est
le plus proche de nous, l’habitat et les transports, qui représentent 80% de
notre consommation énergétique.
Les ressources énergétiques
étant limitées dans le temps, le juste partage de l’utilisation des ressources
énergétiques et les choix technologiques doivent intégrer des dimensions temporelles,
et géographiques. Ces choix d’usage doivent se faire en intégrant une
démarche participative des individus,
des corps intermédiaires et des autorités publiques.
Pour intégrer cette
contrainte et en faire un atout, il faut passer du consommateur passif
d’énergie abondante et bon marché à
l’utilisateur
actif et éclairé de services énergétiques adaptés à ses besoins. Cela passe
par une mise à disposition d’une information impartiale sur les emplois de
l’énergie, notamment des énergies renouvelables comme les biocarburants.
Dans le cadre
de responsabilité sociale, les
entreprises doivent développer un nouveau modèle économique à faible impact
carbone et nous les invitons à interroger leur système de prix pour intégrer un prix réel des matières premières
et conclure avec les pouvoirs publics des contrats d’objectifs pour la
compensation carbone.
Enfin, pour intégrer les dimensions géopolitiques, nous proposons de
développer une
approche énergétique
européenne coordonnée (PEC), qui rejoindrait les fondements historiques de
l’union européenne, en prenant en compte la dimension énergétique et
climatique, à travers une approche de développement durable.
6° Dans le domaine de la
géopolitique, il faut mettre en place un nouveau mode
de gouvernance du développement durable, en donnant plus de place aux pays
émergents et aux acteurs non étatiques dans les organisations internationales.
L’enjeu est bien de réinventer
un nouveau contrat social commun au niveau mondial et local pour envisager une société plus juste, un
contrat basé sur des valeurs, des modes de coopération et des processus de
décision communs, interactifs.
On assiste à une mobilisation croissante des
opinions publiques en Europe et dans notre pays, comme lors du récent Grenelle
de l’environnement. Mais aussi comme dans des pays qui ne prenaient pas en
compte jusqu’à présent cette réalité. C’est le cas de certains pays émergents
tel que la Chine et de quelques états d’Amérique.
Il convient d’accélérer cette mobilisation en
favorisant l’accès de tous à l’expertise scientifique.
Il ne suffit pas de penser seulement des
propositions nouvelles pour vivre autrement, il est nécessaire d’y adjoindre
une éthique de l’action, un mode d’emploi du comment fait-on aujourd’hui pour
définir cette nouvelle façon de faire société.
7° L’action passe par un éveil de la conscience de chacun :
Rien ne peut se faire sans une modification en
profondeur des comportements individuels et des styles de vie. De la prise de
conscience initiale à la modification des habitudes de chacun, il s’agit d’un
véritable changement, d’une transformation totale et radicale.
La notion théologique et spirituelle de conversion
prend là tout son sens, c’est une réorganisation globale de la vie selon des normes nouvelles et l’entrée dans
une communauté différente.
8° Créer une nouvelle alliance
ou agir ensemble :
Ce sont nos choix en tant que citoyens et
consommateurs qui légitiment les décisions des institutions et des entreprises.
C’est une véritable pédagogie du choix
qui permettra de fonder un nouveau contrat social. De nouvelles règles de
fonctionnement et de décision doivent être mises en place pour faire société,
favoriser une évolution de la croissance, préciser l’articulation entre la
responsabilité individuelle et responsabilité collective.
A la lumière
de ces apports, que nous est-il demandé de faire aujourd’hui ?
·
D’établir un nouveau mode de relation entre l'homme et
la création qui ne relève plus d'une domination de l'un par l'autre
·
De construire une société durable, soucieuse de justice et
fondée sur un mode de vie plus simple. Lutter contre la pauvreté en pensant
différemment la répartition des bénéfices et les prises de décision concernant
cette répartition
·
Construire une histoire commune en inscrivant
nos choix et nos projets individuels dans un horizon collectif..
·
Créer une culture du développement durable, un autre mode de vivre
ensemble fondé sur le sens.
Il s’agit
d’habiter
la terre autrement comme une exigence éthique individuelle et collective.
Fiche
propositions SSF 2007
Les propositions qui ont fait
l'objet d'une délibération en atelier :
1.
Reflètent
notre
engagement de chrétiens sociaux,
au cotés de la société française, pour une démarche de développement
durable. Nous voulons en être solidaires, nous y reconnaissons le souffle de
l'enseignement social chrétien ; nous soulignons aussi que pour que cette
démarche réussisse, il faut plus de solidarité, entre Français, Européens et
avec les peuples du monde.
2.
Elles
sont une invitation d'abord adressée aux chrétiens,
pour passer du "je" au "nous". Chacun peut en
effet y souscrire selon ses possibilités et sa situation, au plan personnel,
mais cet engagement individuel est en même temps un appel à une action
collective, impliquant les entreprises et les pouvoirs publics à tous niveaux.
3.
Elles
expriment aussi un message positif qui va au-delà du monde chrétien. Il ne faut
pas, selon nous voir dans le développement durable seulement la gestion de la
pénurie ou un manque à consommer ou à produire. Il ne s'agit pas de freiner
pour durer plus longtemps, mais
de
saisir l'opportunité qu'offrent de nouveaux styles de vie pour le
développement de relations humaines plus fraternelles, plus diversifiées, plus
accueillantes aux potentialités créatrices de chacun.
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