L’allègement de dette du Libéria finalement en vue(1)
Presque deux ans après l’élection d’Ellen Johnson-Sirleaf à
la présidence du Libéria, le pays a enfin conclu un accord international qui
devrait l’aider à
liquider ses nombreux
arriérés vis-à-vis du FMI, de la Banque mondiale et de la Banque Africaine de
Développement (BAfD). Les arriérés en question s’élèvent à plus de
1,5 milliards de USD (dont 458 millions
à la Banque mondiale, 772 millions au FMI et 233 millions à la BAfD) et sont le
résultat de plus de vingt ans d’accumulation due à la longue guerre civile qui
a ravagé l’économie du pays et provoqué le déplacement de milliers de personnes
loin de leur foyer.
La situation
paralyse
le gouvernement libérien depuis sa création. En effet, un pays qui accumule
beaucoup d’arriérés sur le remboursement de sa dette vis-à-vis des institutions
multilatérales ne peut accéder à de nouveaux financements de la communauté
internationale.
Mais comment un pays
dont le budget 2006 s’est élevé à quelque 86 millions de USD pour 3 millions
d’habitants est-il supposé rembourser un tel montant ? Et comment un
pays peut-il financer sa reconstruction alors qu’il ne peut plus directement
accéder à de nouveaux financements de la communauté internationale ? C’est sans issue. Les créanciers de la
planète l’ont rapidement admis, mais ont passé les 18 mois qui ont suivi à se
disputer pour savoir qui devrait payer les 1,5 milliards de USD d’arriérés. De
son côté, la
Banque mondiale s’est déjà
engagée à trouver en interne les ressources qui permettront d’effacer les
arriérés du Libéria. Le problème est donc du ressort du FMI et de la BAfD.
Mais
le FMI a répété qu’il ne pourrait
financer la liquidation de tels arriérés que par des fonds internes. En fin
de compte, la contribution des donateurs devrait s’élever à 842 millions de
USD, dont 71 millions financés par le G8.
Le fait que le Libéria
ait dû attendre deux ans avant de bénéficier d’un accord de liquidation de ses
arriérés est en soi criminel. Le gouvernement
d’Ellen Johnson-Sirleaf jouit d’un large soutien international et se bat pour
reconstruire un pays dévasté.
Le taux de
chômage s’élève à 85% et chaque habitant doit 1000 USD aux créanciers
internationaux. En outre, dans la mesure où ils ont parfois financé des
dépenses militaires, bon nombre des crédits accordés aux précédents
gouvernements autoritaires du Libéria peuvent être facilement qualifiés de
douteux, voire d’illégitimes.
Pourtant, pendant deux ans, le gouvernement a dû consacrer
des ressources humaines déjà maigres à l’obtention du contrat international qui
devra permettre le financement de l’opération de liquidation des arriérés du
pays vis-à-vis des multinationales. Ce travail a impliqué de nombreux voyages,
quantité de courriers et des négociations dans différentes capitales du monde.
La Présidente Johnson-Sirleaf a en outre dû faire preuve de « sa bonne
foi » devant ses créanciers : la communauté internationale a exigé
d’elle la preuve des efforts déployés pour restaurer la stabilité macroéconomique
dans le pays et « normaliser » les relations de ce dernier avec ses
prêteurs. Concrètement, cela signifie que,
pour
démontrer sa bonne foi, le Libéria a dû effectuer des virements symboliques de
50 000 USD mensuels à la Banque mondiale et au FMI. La Banque mondiale
s’est engagée à restituer ces fonds au Libéria dans un proche avenir, mais on
ne sait pas encore si le FMI rendra lui aussi au pays les fonds dont il a bien
besoin.
D’après le communiqué de presse du FMI, dès que les
donateurs auront versé le montant de leurs promesses (qui ne sont pour
l’instant que des chiffres sur le papier), l’opération de liquidation des
arriérés pourra avoir lieu, et devrait être suivie d’un nouveau programme du
FMI doublé de nouveaux financements de la part de l’institution.
D’un côté, le
pays
pourra accéder à de nouvelles ressources indispensables auprès de donateurs
internationaux, lesquels suivent les instructions du FMI. Cela donne également
le
coup d’envoi au processus
d’allègement de dette du Libéria. Si le pays respecte la procédure de
réformes économiques prônée par la Banque mondiale et le FMI, il sera alors
éligible à une annulation totale de sa dette au titre de
l’Initiative PPTE et de l’IADM. Toutefois, parmi les conditions à
respecter, l’Initiative PPTE impose notamment que le Libéria soit à jour dans
ses remboursements aux institutions multilatérales et qu’il ait mis en œuvre un
programme d’ajustements structurels du FMI. Le Libéria ne répond que maintenant
à ces deux critères.
D’un autre côté, cela signifie que les
organisations de la société civile vont devoir examiner attentivement
les conditionnalités associées à la fois au programme du FMI et à
l’Initiative PPTE. En outre, les accords d’annulation de dette ne couvrant que
les créances contractées avant fin 2004, les nouveaux financements accordés par
le FMI n’y seront pas éligibles. Les OSC devront également veiller à contrôler
si les gouvernements comptabilisent leurs contributions supplémentaires au FMI
comme de l’Aide Publique au Développement (APD), ce qui signifierait par là
même que le Libéria ou les autres pays pauvres recevraient moins d’aide
effective de leur part.
Quelles leçons peut-on
retenir de cette expérience? Si, dans certains
Etats, les conditions de gouvernance s’améliorent, d’autres cas « d’arriérés
persistants » pourraient alors apparaître au cours des 5 ou 10 années à
venir. Cela inclue notamment le
Soudan
et la Somalie, qui ont tous deux accumulé des milliards d’arriérés
vis-à-vis de leurs créanciers extérieurs. Ces pays devront-ils à leur tour
passer par les mêmes procédures longues et fastidieuses, à un moment critique
de leur reconstruction et de la construction de la paix ? Le
Présidente Johnson-Sirleaf avait un certain nombre d’atouts – elle a notamment
effectué une partie de sa carrière au sein de la Banque mondiale, et est donc
familiarisée avec les procédures de la Banque et les politiques de Washington –
ce qui n’est pas forcément le cas des autres dirigeants.
Le Directeur général du FMI, Dominique
Strauss-Kahn, Annonce une Etape Importante dans le Financement de l’Allègement
de Dette du Libéria
12 novembre 2007
Le Directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a
annoncé aujourd’hui que le Fonds Monétaire International avait recueilli
suffisamment de promesses de financements de la part des pays membres pouvoir
accorder un allègement de dette au Libéria. Dès que ces promesses, qui
s’élèvent à plus de 530 millions de SDR (842 millions de USD), seront
officielles, le processus de liquidation des arriérés sera enclenché,
suivi d’un nouveau plan de financement du FMI, lequel permettra au Libéria de
bénéficier d’un allègement de dette, notamment au titre de l’Initiative PPTE.
Pour consulter le communiqué de presse et d’autres informations
sur les politiques du FMI concernant le Libéria :
http://www.imf.org/external/country/LBR/index.htm
Le Plan de Liquidation des Arriérés du
Libéria est Approuvé WASHINGTON, 12 novembre 2007
Grâce au plan global de liquidation des arriérés conclu ce
jour, le Libéria peut désormais prétendre à un allègement de dette au titre de
l’Initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) et de l’Initiative
d’Allègement de la Dette Multilatérale (IADM). L’accord, qui couvre les
arriérés du Libéria envers la Banque mondiale, le FMI et la Banque Africaine de
Développement,
permettra au Libéria de
liquider rapidement la plupart de ses arriérés vis-à-vis de créanciers multilatéraux
moins importants et, avec l’aide du Club de Paris, de solder l’essentiel de ses
arriérés envers ses créanciers bilatéraux.
La somme totale des arriérés du Libéria vis-à-vis des
Institutions Financières Internationales s’élève à 1,5 milliards de USD, dont
458 millions à la Banque mondiale, 772 millions au FMI et 233 millions à la
Banque Africaine de Développement.
Pour plus d’informations
sur les activités de la Banque mondiale en Afrique : http://www.worldbank.org/afr
Plus d’informations et d’analyses sur le
Libéria :
Le FMI
prêt à annuler la dette du Libéria : http://news.bbc.co.uk/go/em/fr/-/2/hi/business/7091917.stm