Biens mal acquis des dictateurs africains. Un classement
sans suite inacceptable
Coordination SUD
se fait le relais du communiqué de son ONG membre SHERPA, co-signé par les
associations SURVIE, la Fédération des Congolais de la Diaspora, le 23 novembre
2007.
Le Parquet de
Paris a fait savoir aujourd’hui à Maître William BOURDON que la plainte pour « recel de détournement
d’argent public » déposée en mars 2007 par les associations Sherpa, Survie
et FCD était classée sans suite, en raison notamment du fait que les
infractions dénoncées ne seraient pas suffisamment caractérisées. Cette
décision, qui malheureusement n’est pas complètement une surprise, est
toutefois consternante. Les associations plaignantes, qui demandaient
l’ouverture d’une instruction, dénoncent une décision politique. Ci-joint copie
de la lettre adressée à Monsieur le Procureur Adjoint en date du 6 novembre
2007.
Les associations
soussignées rappellent tout d’abord que l’enquête préliminaire, qui avait été
ouverte en juin 2007, a permis de confirmer intégralement l’ensemble des
informations communiquées s’agissant du patrimoine immobilier acquis et utilisé
par Denis Sassou NGUESSO et Omar BONGO ainsi que par leurs familles.
L’impossibilité
ou la grande difficulté à justifier de l’origine des fonds ayant financé
l’acquisition de biens luxueux, s’agissant notamment de dirigeants de sociétés,
a toujours été considérée comme suffisante pour justifier de l’ouverture d’une
information et de la désignation d’un juge d’instruction.
Les faits dénoncés justifiaient par
conséquent amplement de l’ouverture d’une information. Qui plus est, seul
le juge d’instruction, compte - tenu des pouvoirs qui lui sont conférés, et
notamment de la possibilité de délivrer des commissions rogatoires internationales
et de procéder à des investigations approfondies, aurait pu établir
définitivement les responsabilités.
Seul un juge
d’instruction pouvait tirer les conséquences des auditions qui s’imposaient
puisque les membres des familles concernées ont été maintenant identifiés par
les services de police, c’est-à-dire selon toute vraisemblance, leur mise en
examen.
Seul un juge
d’instruction aurait pu établir les responsabilités connexes, le cas échéant
celles des banques et des notaires ayant prêté leur concours dans des
conditions critiquables, ces derniers étant susceptibles d’être poursuivis
notamment du chef de blanchiment.
Dans cette
décision, la France manque gravement à toutes les obligations internationales
auxquelles elle a souscrit du fait de la ratification des conventions
internationales de lutte contre la corruption.
Par cette
décision, la France envoie un signal
désastreux à la population africaine
qui, légitimement, pouvait espérer ce qu’elle ne peut pas obtenir sur son sol,
c’est-à-dire l’identification de ceux qui, par les détournements massifs
d’argent public opérés, contribuent à son appauvrissement.
Les déclarations
qui ont été faites ici ou là, tendant à accréditer l’idée que l’on respecterait
l’indépendance de la justice, ne peuvent être considérées que comme de
l’affichage.
La raison d’Etat a ainsi prévalu sur la
justice, et "l’Afrique de Papa" sur le droit.
Les associations
plaignantes sont fondées à se demander si l’arsenal juridique de lutte contre
la corruption ne devient pas de plus en plus un tigre en papier dès lors que,
pour éviter de contrarier les chefs d’Etats les plus corrompus de la planète,
on fait voler en éclat la séparation des pouvoirs.
Une plainte avec
constitution de partie civile sera élaborée dans les prochains mois et sera
déposée devant Monsieur le Doyen des Juges d’Instruction de Paris.
P.J. : Lettre à Monsieur le Procureur de la République
Sommaire