L'avenir rose du
blanchiment d'argent
Les pratiques illégales continuent de se développer, même dans les pays
occidentaux. (i> Par
Renaud Lecadre, QUOTIDIEN : samedi 25 août 2007
Les
bilans annuels de Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les
circuits financiers clandestins), l'organisme français chargé de la lutte
contre le blanchiment, se suivent et se ressemblent. Celui de l'exercice 2006,
récemment publié, est suavement titré : «
La
continuité pour conduire le changement». La routine se traduit dans les
statistiques de déclarations de soupçon auxquelles sont astreintes les
professions juridico-financières (banquiers, assureurs, notaires,
administrateurs judiciaires…).
Pots-de-vin. Les
banques arrivent naturellement en tête,
assurant plus de 80% des 12 047 dénonciations auprès de Tracfin, en petite
hausse de 3,6 % -
«palier relatif»,
relève prudemment l'organisme. Seules quelques-unes traînent encore un peu la
jambe : le Crédit municipal de Paris (dit le mont-de-piété) a ainsi été
sanctionné par la Commission bancaire pour son retard à mettre en place un
système de veille efficace : un correspondant Tracfin a bien été désigné en
2002, mais il n'avait obtenu, deux ans plus tard, qu'une demi-journée de
formation anti - blanchiment.
Les
casinos arrivent toujours en queue de peloton (0,2 % des déclarations de
soupçon).
Un rapport annuel de Tracfin contient toujours un petit florilège du
blanchiment à la française. Une entreprise de construction de maisons
individuelles rémunérait ses employés en nature sous forme de cartes
téléphoniques prépayées ou d'appareils électroménagers (manque à gagner pour
l'Urssaf estimé à un million d'euros en huit mois). Une société de négoce de
produits laitiers faisait valser les hectolitres à travers l'Europe : des transactions
fictives (9 millions d'euros en dix-huit mois) en vue d'échapper aux quotas
laitiers nationaux. Un heureux gagnant de plus d'un million d'euros auprès de
la Française des jeux était en réalité comptable dans une association, dont il
détournait des chèques, tentant de les faire passer pour des gains au loto. Ou
encore, un
«ressortissant d'un pays de
l'Est connu pour ses liens avec le crime organisé» achetant comptant (26
millions d'euros) une villa azuréenne et un château, via deux sociétés de paille
alimentées par un compte chypriote.
Au plan international, le Gafi
(Groupement d'action financière), regroupant les organismes anti - blanchiment
des pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement
économiques), dont Tracfin fait partie, a le bonheur d'annoncer que sa
liste des pays dits «non coopératifs», ne faisant pas preuve d'un minimum de vigilance,
est désormais vide. Après Nauru (îles du Pacifique) et le Nigeria, la
Birmanie a été sortie en 2006 de cette liste initialement destinée à être
infamante.
Tous les pays de la planète
sont désormais censés coopérer et faire assaut de diligence pour combattre
l'hydre du blanchiment. Mêmes les innombrables paradis fiscaux des Antilles
se sont constitués en Gafi des Caraïbes… Le Gafi d'origine, celui des
Occidentaux, est réduit à distinguer les pays qui appliquent
«insuffisamment» les recommandations
générales, sans aucun risque de sanctions.
Mais le mauvais exemple vient parfois des
plus grandes puissances. Le Japon a un temps exclu du champ de sa
loi anticorruption les filiales nippones basées à l'étranger, puis leur a
laissé une marge d'appréciation grâce à ce subtil distinguo : non aux
pots-de-vin versés à l'occasion de la signature d'un marché, mais pourquoi pas
s'il s'agit simplement d'instaurer de bonnes relations à long terme avec un
pays émergent
…
Microcosme. Le
Royaume-Uni n'est pas seulement un paradis bancaire, mais aussi judiciaire. Non
content d'être le pays occidental le moins coopératif en matière d'entraide
judiciaire internationale, il a longtemps rechigné à traduire les directives de
l'OCDE dans sa législation interne, au motif qu' une loi de 1889 suffisait
amplement aux besoins de la cause. Quant à la récente vente de 72 chasseurs
Typhon à l'Arabie Saoudite, à propos de laquelle le microcosme
militaro-industriel décerne le record du monde des commissions occultes, la
justice de Sa Majesté a clôturé le dossier en vue de
«protéger l'intérêt national» .
http://www.liberation.fr/actualite/societe/274146.FR.php
1- Hypocrisie recensée par
Jean-Louis Gergorin et Sophie Coignard dans Rapacités (Fayard).
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