Pour que les Congolais profitent des ressources minières
de leur pays(1)
Dire que la
République Démocratique du Congo (RDC) est un scandale géologique n’est un
secret pour personne. En effet, ses richesses naturelles, en particulier dans
le secteur minier, devraient en faire un des pays les plus riches du monde. Or,
l’immense majorité des Congolais n’en bénéficie pas à cause, notamment, des
politiques imposées par les institutions financières internationales qui
servent directement les intérêts des transnationales dont une des plus connues
est le groupe belge Forrest dont certains investissements ont été garantis par
le Ducroire (l’Office public de garantie des exportations des entreprises
belges à l’étranger).
Le budget pour l’exercice 2007 promulgué par le président
Kabila, le 7 juillet 2007, démontre clairement le pillage des richesses
naturelles en raison de la
faiblesse des
recettes douanières et des taxes prévues sur le commerce et les industries,
reflétant les accords léonins conclus notamment dans le secteur minier. Ce
budget de 2,4 milliards de dollars, adopté sous l’influence directe du FMI, est
ridiculement faible pour un pays qui regorge de matières premières et qui doit
se reconstruire après deux guerres ayant causé plus de 3,5 millions de morts.
Pour comparaison, la
France, dont la
population avoisine les 60 millions d’habitants comme la RDC,
a un budget de 520 milliards de dollars,
soit plus de 200 fois le budget congolais. De plus, ce budget drastique affecte entre 30 et 50 millions de dollars
par mois au remboursement de la dette. Dans ces conditions, on voit mal
comment les Objectifs millénaires du développement pourraient être atteints
d’ici 2015.
La dette extérieure publique de la RDC
s’élève aujourd’hui à 10 milliards de dollars, représentant des arriérés sur la
dette illégitime de la période Mobutu
(2). Elle justifie ces mesures d’austérité
budgétaire :
-
Réduction
des budgets sociaux,
-
Suppression
des subventions aux produits de première nécessité,
-
Privatisations,
-
Ouverture
des frontières et
-
Une
fiscalité qui aggrave les inégalités..
Poussé par
l’opinion publique internationale, le Premier ministre congolais Gizenga a
constitué une commission gouvernementale chargée de revisiter 63 contrats
léonins conclus entre 1996 et aujourd’hui. Son mandat devait expirer le 18
septembre, mais pourrait faire l’objet d’une prolongation.
Face aux faiblesses de cette révision des
contrats miniers, la société civile congolaise et internationale mène
campagne pour une
répartition juste et
équitable des revenus tirés de l’exploitation des ressources minières.
Nous,
organisations de la société civile du Nord et de RDC, exigeons que d’autres
actions soient entreprises immédiatement par les autorités belges et
congolaises pour mettre fin à ce pillage et rétablir la souveraineté du peuple
congolais sur les ressources naturelles de son pays.
Considérant que
le budget 2007 viole les droits fondamentaux des Congolais, en particulier,
l’article 9 de la Constitution de la RDC du 18 février 2006
(3) ainsi
que la Déclaration sur le droit au développement du 4 décembre 1986 (article 2
paragraphe 3
(4)) ;
Conscients que
ce budget adopté sous l’égide des institutions financières internationales
s’inscrit dans le cadre de l’initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) qui
ne fait qu’alléger des dettes illégitimes et odieuses dont une grosse partie a
été contractée sous la dictature de Mobutu avec la complicité des créanciers
extérieurs ;
Vu que l’examen
des contrats miniers par la commission de
revisitation
des contrats miniers manque de transparence puisque
ni le Parlement ni la société civile ne sont réellement associés. Seulement
5 organisations congolaises
(5)
sont associées avec le simple statut d’observateurs.
Compte tenu des
liens entre les consultants externes de cette commission comme la Compagnie
Benjamin de Rotschild et les transnationales parties aux contrats
examinés ;
Vu le nombre
limité de contrats concernés par la revisitation ;
Considérant le
rapport des experts de l’ONU (résolution 1533 du 12 mars 2004), publié le 18
juillet à New York, qui met en cause des transnationales belges implantées en
RDC accusées de financer des groupes armés et milices congolaises ;
Compte tenu de
certains indices sur la possible responsabilité du groupe Forrest dans
l’exploitation illégale des ressources minières de la RDC avec la complicité du
Ducroire ;
Conscients de la
faiblesse de l’appareil judiciaire congolais ;
Nous recommandons :
1. la dette :
Que le
gouvernement belge annule totalement et sans condition la valeur réelle de la
dette bilatérale de la RDC sans inclure le montant annulé dans l’aide publique
au développement, conformément à la résolution adoptée le 29 mars 2007 par le
Sénat belge ;
Que le
gouvernement belge intensifie son action diplomatique au sein du FMI et de la
Banque mondiale en vue de l’annulation des dettes multilatérales de la RDC
détenues par ces deux institutions, conformément à cette même résolution du
Sénat belge ;
Que les
parlementaires congolais adoptent une loi pour la mise en place d’un audit des
dettes congolaises, conformément aux revendications exprimées par le Forum
Social Congolais le 28 juin 2007 ;
2. Le processus
pour des contrats miniers justes et équitables :
Que les
recommandations du rapport Lutundula soient reprises par le parlement et
donnent lieu à un large débat public et que le gouvernement prenne des
décisions pour rendre justes et équitables tous les contrats miniers ;
Que le
gouvernement congolais révise et abroge les contrats léonins qui violent
l’article 56 de la Constitution congolaise
(6) ;
Que le gouvernement congolais engage des concertations
transparentes avec les représentants de la société civile et des industries
extractives pour permettre à la RDC de respecter les critères d’adhésion au
programme ITIE et d’être choisi comme pays pilote lors de la réunion
internationale de Oslo le 28 et 29 septembre 2007 ;
3. Les poursuites
juridiques contre les auteurs de violations des résolutions des
Nations-Unies :
Que les autorités belges s’impliquent activement dans
le travail des experts des Nations unies, afin de mener sans délai devant les
juridictions belges les entreprises belges suspectées d’avoir violé les
résolutions 1533/2004 du Conseil de Sécurité des Nations Unies ;
Que les autorités belges continuent à garantir
l’indépendance du procès engagé contre le groupe Forrest et le Ducroire dont la
prochaine audience aura lieu le 26 septembre 2007.
Organisations
signataires :
ASADHO (Timothée Mbuya)
CADTM Belgique (Eric Toussaint)
CADTM France (Damien Millet)
CADTM Lubumbashi (Luc Mukendi)
CEDILO (Bienvenu IMBOKO)
CODHOD(HenriLONGENDJA)
CEDEN ( Bartélémy BOIKA)
CENADEP ( Théophile GATA)
CENADEP KIVU (Cyprien BIRINGHINGWA)
CEPECO (Pasteur Jacques BAKULU)
CERCO asbl (Bienvenu Mbutumondondo)
CREF ( Alphonse MUHINDO)
CRONGD KASAI ORIENTAL (Félicien MBIKAYI)
Dignité Pygmée ( Adrien SINAFASI)
ERND Institute (Anny MBOMBO)
GAERN ( Félicien MBIKAYI)
GASHE (Julien Mathe)
GRESEA (Erik Rydberg)
Héritiers de la Justice (Roger MUCHUBA)
Maniema Liberté (Paul Kasongo)
NAD Kinshasa (Victor Nzuzi)
OCEAN ( Cyrille ADEBU)
OSAPY ( Abbé Willy LOYOMBO)
ODECOLA (Hilaire Bakalowabo)
Peuples solidaires (Catherine de Crombrugghe)
PREMICONGO ( Christian BWENDA)
PWYP / RDC ( Jean Claude KATENDE)
RRN(Joseph BOBIA)
RRN Equateur (Mathieu MONZAKO)
RRN Bandundu (Denis IMPITI)
SERACOB (Georges TSHIONZA MATA)
UNEF (Pesteur Kut-a-Kut)