L’examen des contrats miniers en République Démocratique
du Congo entaché par un manque de transparence(1)
1er octobre 2007
Le
briefing de Global Witness, intitulé « Le secteur minier congolais à la
croisée des chemins », présente une critique du processus de l’examen
depuis son lancement. Il met en exergue plusieurs aspects particulièrement
préoccupants :
-
Un
manque de transparence, de clarté et
d’information publique qui affecte pratiquement chaque aspect de
l’examen ;
-
De
fortes pressions exercées pour que l’examen
soit terminé dans des délais irréalistes - remettant ainsi en cause sa
méthodologie ;
-
L’insuffisance
de garde-fous destinés à protéger l’indépendance de l’examen ;
-
Une
participation limitée de la société civile
et un manque de consultation publique.
Global Witness a
d’abord salué la décision du gouvernement de la RDC de lancer un examen des
contrats miniers en avril 2007
(2).
En effet, depuis des décennies, la grande richesse minérale de la RDC, qui
comprend les diamants, l’or, le cuivre et le cobalt, fait l’objet d’une
exploitation illégale ou est immobilisée dans des transactions opaques qui
confèrent des profits considérables à des compagnies multinationales et à des
hommes politiques à titre individuel, mais ne
contribuent que peu, voire pas du tout, au développement du pays.
«
Cette initiative aurait pu marquer un
tournant décisif en restaurant la transparence, la justice et la confiance dans
le secteur minier », a déclaré Patrick Alley, directeur de Global
Witness. «
Elle pourrait également
fournir un outil efficace pour regagner la confiance de la société civile, des
opérateurs économiques, des investisseurs et des bailleurs de fonds. Au lieu de
cela, le gouvernement est tellement pressé de voir le processus se terminer
qu’il convient de s’interroger sur le caractère approfondi et l’objectivité de
l’exercice. »
La Commission
créée pour procéder à l’examen ne s’est
vu
accorder que trois mois pour analyser plus de 60 contrats. Bien que la date
limite ait fait l’objet d’un léger report, le gouvernement continue de faire
pression sur la Commission, qui est tenue de soumettre son rapport au ministre
des Mines au mois d’octobre.
«
Cette apparente indifférence à l’égard du soin et du souci du détail,
deux critères requis pour assurer le sérieux de l’examen des contrats,
affectera à la fois la qualité et l’issue du processus », a ajouté
Patrick Alley. «
Des sommes
considérables sont immobilisées dans ces contrats, qui pourraient offrir une
précieuse opportunité en matière de développement de l’économie du pays et de
réduction de la pauvreté. Or le gouvernement ne semble pas traiter la question
avec tout le sérieux qu’elle mérite. »
Global Witness a
fait savoir que si le processus est perçu comme manquant d’objectivité, il sera
considéré comme contribuant à maintenir le statu quo dans le contexte de
l’importante corruption qui affecte le secteur minier. Non seulement les
efforts de la Commission n’auraient servi à rien, mais la désillusion qui
serait ainsi infligée à la population pourrait entraîner une hausse des
tensions et de l’instabilité dans les régions minières.
Le gouvernement
n’a publié ni les contrats soumis à son examen (bien qu’il les ait mis à la
disposition de certaines organisations), ni les critères selon lesquels les
contrats seront évalués. Il y a également un manque d’information sur la façon
dont sont prises les décisions d’accorder la priorité à certains contrats,
étant donné que tous ne peuvent pas être analysés en détail dans les délais
serrés accordés.
Global Witness a
également fait part de ses
préoccupations
quant à l’implication limitée de la société civile congolaise et au manque de
consultation du grand public. La population congolaise est la principale
victime de la grave défaillance de la gestion des ressources naturelles en RDC.
Or le gouvernement n’a pas cherché à obtenir son avis dans le cadre du
processus, alors que les opérations minières ont un impact direct sur la vie de
millions de Congolaises et de Congolais.
Parmi les
recommandations qu’a adressées Global
Witness au gouvernement de la RDC figurent les suivantes :
-
La
publication des
termes de référence et des critères employés dans le cadre du
processus, d’une
liste exhaustive et
définitive des contrats soumis à l’examen et des contrats à proprement
parler ;
-
Un
report supplémentaire de l’échéance de
l’examen, si nécessaire de plusieurs mois, et la publication d’un
calendrier révisé qui accorde suffisamment de temps pour qu’une large
représentation d’opinions soit sollicitée ;
-
La création
d’un
mécanisme de suivi indépendant
chargé de surveiller les travaux de la Commission et de veiller à ce que son
rapport final repose sur une évaluation juste, indépendante et approfondie des
contrats. Cet organe de suivi, qui pourrait inclure des membres de la société
civile, des parlementaires et des experts juridiques internationaux, pourrait
également surveiller la mise en œuvre des recommandations de la Commission.
Le briefing de Global Witness
« Le secteur minier congolais à la croisée des chemins » est
disponible dans son intégralité à l’adresse suivante:
http://www.globalwitness.org/media_library_detail.php/576/fr/le_secteur_minier_congolais
.
Pour tout renseignement complémentaire, veuillez contacter
Carina Tertsakian au +44 207 561 6372.