L'Église se mobilise et s'engage

PLAIDOYER POUR L’EAU A POINTE-NOIRE  REPUBLIQUE DU CONGO (1)


      La journée internationale de l'eau a été célébrée !e dimanche 25 mars 2007 par une messe de supplication pour l'eau organisée par l'UDR (Union Diocésaine des Religieuses de Pointe-Noire) à 1a Cathédrale Saint Pierre Apôtre, Cette action |pour l'eau fait suite à des nombreuses autres initiatives déjà engagées par l’UDR.

En effet, courant mai 2006,  l'UDR a publié un rapport sur la situation de l'eau dans la ville de Pointe-Noire.  À la suite de cette publication, les religieuses ont engagé un plaidoyer, dans la ligne du Réseau Foi & Justice, auprès des autorités locales (Préfets, Maires) pour les sensibiliser à cette question cruciale. De même, elles ont été invitées à participer aux 'journées portes ouvertes SNE/.SNDE (Service national de l'eau et de l’électricité) en décembre dernier, par le Ministère de l'Hydraulique.

Pour l'Eucharistie du 25 mars, les chrétiens sont venus en procession avec des bidons jaunes vides symbolisant les difficultés quotidiennes d'approvisionnement en eau. L'UDR a déployé des banderoles, dont l'une s'interrogeait sur l’importance des revenus pétroliers en 2006 et le manque d'eau dans la ville pétrolière. La tentative de récupération de l'action de l’UDR pour en faire une démonstration préventive du choléra n'a pas pu fonctionner. Le Ministre présent à l'activité, ainsi que le Préfet de Pointe-Noire ayant choisi de se retirer. Somme toute, cette activité a donné lieu à toute une série d’actes d’intimidation de la part des pouvoirs publics de la localité :
Ø     Descente de police 3 jours de suite au domicile de la Présidente de l'UDR. pour interrogatoire;
Ø     Convocation et audition sur Procès-verbal des (2) responsables du Bureau de l’UDR par les éléments de la police au commissariat central de police de Pointe-Noire;
Ø     Convocation et/ou Interpellation par le Préfet de Pointe-Noire des autorités religieuses catholiques et des autres Eglises sœurs, l'Evêque de Pointe-Noire et le Vicaire Général ayant été entendus.

Ces actes d'intimidation ont été suscités par cette phrase écrite sur une banderole : « 2000 milliards de revenus pétroliers en 2006 mais pas d’eau dans la ville pétrolière » mais que les chrétiens n'ont pas pu lire puisque elle a été enlevée au bout de quelques minutes (sur ordre du Préfet).
 
Quoique accusée de provocatrice, la démarche de l'UDR entendait simplement informer la population sur la richesse du Congo, et par conséquent, sur le devoir des pouvoirs publics d'assurer aux populations un accès effectif à l’eau, ainsi que les conditions d'une existence humaine et digne. C'est pourquoi l'UDR demeure bien décidée à poursuivre son action pour la dignité de l'homme, inspirée par l'Evangile « La Gloire de Dieu c'est l'homme vivant », dit .Saint Irénée.

L'Union Diocésaine des Religieuses estime que l'Etat outrepasse ses droits, en tentant de museler la liberté de parole.
Elle dénonce ces méthodes qui rappellent  une époque désuète.
Elle demande respectueusement au Gouvernement d'annuler les procès verbaux d'audition des sœurs et de faire cesser les interrogatoires policiers en cours.
Elle sollicite que soient garantis la liberté religieuse et le respect des concessions religieuses.
L’UDR  réaffirme enfin l’intérêt pour le Gouvernement de tout mettre en œuvre pour prioriser un accès effectif à l’eau potable pour toutes les populations du Congo. Les Chrétiens ont pu tout de même entendre la phrase proclamée dans le message des religieuses lu à la fin de la messe. Pourtant le dit message est un secret de polichinelle :les données chiffrées affichées sont sur Internet et ont été publiées lors des Journées Portes ouvertes SNE/SNDE sur l’eau et l’électricité des 03 et 04 décembre 2006


Message de l’Union Diocésaine des Religieuses de Pointe Noire

à l’occasion de la messe pour l’eau, dimanche 25 mars 2007
à la cathédrale Saint Pierre Apôtre de Pointe-Noire

Prenant conscience de notre rôle dans l’Eglise et dans la société, rôle de communicatrices et de gardiennes de la vie, nous, religieuses du diocèse de Pointe-Noire, regroupées dans l’Union Diocésaine des Religieuses (UDR), sommes choquées de constater que le quotidien du ponténégrin est fait, depuis quelques années, de manque d’eau et de bidons jaunes à transporter tous les jours, pour aller à la quête de l’eau qui représente, à nos yeux, la vie.

Vivant et voyant cette injustice, nous ne saurions fermer les yeux. C’est pourquoi faisant référence à la parole de Dieu inscrite dans Jean 4, 7-15, nous voulons rappeler à tous, et particulièrement à nos autorités publiques, que l’eau est source de vie ; sans elle, il n’y a pas de vie possible : sa distribution fait traditionnellement partie des responsabilités d’organismes publics. D’ailleurs l’eau n’est–elle pas ce qui, au début de la création, existait déjà ? (Gen.1)

L’eau est un droit, car elle est un bien commun et n’est la propriété de personne. Le droit à l’eau, comme tous les droits de l’homme se base sur la dignité humaine et non pas sur des évaluations de type purement quantitatif, qui considèrent l’eau comme un bien économique. Sans eau, la vie est menacée. Le droit à l’eau est un droit universel et inaliénable (cf Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise n° 485). Le Conseil Economique et Social des Nations Unies dans son Observation Générale n°15, nous rappelle que « le droit à l’eau consiste en un approvisionnement suffisant, physiquement accessible et à coût abordable, d’une eau salubre et de qualité acceptable pour les usages personnels et domestiques de chacun ».

En 2005, l’enquête menée par l’Union Diocésaine des Religieuses a montré que le manque d’eau est réellement devenu un problème crucial dans la ville de Pointe-Noire. En témoigne aujourd’hui, la valse des bidons jaunes devenue un phénomène courant dans la ville. Un autre témoignage de l’acuité de la problématique de l’eau est la présence à Brazzaville et Pointe Noire d’une épidémie de choléra qui nous incite à nous engager davantage à revendiquer notre droit à l’eau.
Comment comprendre que la municipalisation accélérée de 2004 à Pointe-Noire, avec un budget de 44 milliards de FCFA n’ait pas pu résoudre ce problème d’eau à Pointe-Noire ? Comment pouvons-nous admettre qu’avec des revenus pétroliers d’environ 200 milliards FCFA en 2006, l’eau continue à demeurer un luxe pour les populations congolaises ?

En conséquence, l’UDR lance un appel pressant aux pouvoirs publics pour tout mettre en œuvre afin d’apporter les solutions attendues et résoudre durablement les difficultés rencontrées par les populations en matière d’approvisionnement en eau ; de même elle demande aux Institutions Financières Internationales présentes au Congo d’inscrire cette priorité dans les discussions avec le gouvernement.

Merci à Dieu, et aussi à ceux qui nous suivent aujourd’hui et qui accepteront de s’engager pour que l’eau puisse couler dans les robinets, car tous nous y avons droit.

Que Dieu, père de toute création, nous bénisse et nous soutienne.



1- Déclaration de l'Union Diocésaine des Religieuses de Pointe-Noire (UDR) du 29 mars 2007