Auto-suffisance alimentaire
DES PRIX A DOUBLE TRANCHANT
Les
petits paysans des pays du Sud n’ont pas
bénéficié de la hausse des prix alimentaires, en raison notamment des
mauvaises politiques commerciales et agricoles qui les ont rendus vulnérables
et ont affaibli leur position sur les marchés. C’est ce qu’affirme
l’organisation internationale Oxfam dans son rapport publié aujourd’hui, à
l’occasion de la journée mondiale de l’Alimentation.
Oxfam soutient
les exigences de la ’Coalition contre la faim’ et de la campagne ’2015 De tijd
loopt’. Lors de cette journée mondiale de l’alimentation, les parlementaires
belges recevront un memorandum reprenant les mesures avancées par ces
coalitions agricoles et destinées à répondre efficacement à la crise des prix
alimentaires.
Mettre en place de
nouvelles politiques :
Dans son rapport
’ Double Edged Prices
(1)
’, Oxfam affirme que tous les gouvernements, bailleurs de fonds et agences
doivent tirer les leçons de la crise. Celles-ci comprennent le fait d’investir
dans l’agriculture, de mener une politique commerciale garantissant la sécurité
alimentaire, ainsi que de mettre en place des systèmes de protection sociale
protégeant les plus pauvres.
Teresa Cavero , auteur du rapport et responsable
de recherche chez Oxfam (Espagne), affirme : «
La tendance dans le secteur agricole, comme dans la finance
internationale, a été dans le sens d’une dérégulation et d’une réduction du
rôle de l’Etat. Cela a eu des effets désastreux et des vies innocentes ont été
détruites, étant confrontées à la volatilité du marché. Il est temps que le
monde prenne conscience de la nécessité, pour les gouvernements des pays en
développement, de soutenir leurs petits paysans et, pour les pays du Nord, de
les aider dans l’accomplissement de cette tâche ».
Les femmes sont
les plus vulnérables :
«
Dans les pays où les gouvernements ont
investi dans l’agriculture et mis en place des politiques visant les
populations vulnérables et marginalisées, l’impact de la hausse des prix
alimentaires a été ressenti de façon moins prononcée. Par contre, dans les pays
ayant connu une libéralisation commerciale sauvage, un sous-investissement dans
le secteur agricole et un très faible soutien gouvernemental, les effets ont
été dévastateurs », ajoute-t-elle.
La
hausse importante des prix alimentaires a
condamné à la faim 119 millions de personnes supplémentaires, faisant ainsi
grimper le nombre total de victimes à 967 millions de personnes. Une telle
hausse des prix alimentaires signifie que ces personnes ont accès à moins de
nourriture et que celle-ci est de qualité inférieure, que les enfants sont
retirés de l’école et que les paysans sont contraints à prendre le chemin des
bidonvilles (voir les études de cas ci-dessous).
Les
femmes sont particulièrement vulnérables,
car elles ne possèdent que rarement des terres et ne disposent que d’un accès
limité au crédit ou à d’autres services, tout en assumant la plus grande part
de responsabilité concernant
l’alimentation et les soins apportés à la famille.
Profit énorme pour
quelques-uns :
Dans le même
temps, les plus grandes multinationales actives dans le secteur de
l’alimentation ont engrangé des bénéfices exceptionnels. L’entreprise agricole
Bunge a vu son profit augmenter de 583 millions de dollars au second trimestre
2008, soit le quadruple des résultats enregistrés à la même période l’année
précédente. Les ventes globales de Nestlé ont augmenté de près de 9% durant le
premier semestre 2008 et la chaîne de supermarchés britannique Tesco a annoncé
un profit en hausse de 10% par rapport à l’année dernière. La compagnie
semencière Monsanto a quant à elle annoncé une augmentation de revenus de 26%,
pour une somme totale de 3.6 milliards de dollars pour le trimestre fiscal
s’étant terminé le 31 mai 2008.
"Il est temps que le monde prenne conscience du fait
que les gouvernements des pays du Sud veulent protéger leurs petits paysans et
que les pays développés peuvent et doivent les y aider", affirme
Thierry Kesteloot , chercheur chez
Oxfam-Solidarité. «
Des politiques agricoles nationales inadaptées
ou insuffisantes, s’ajoutant à des règles
commerciales inéquitables et des conseils économiques insuffisants, ont
créé une situation dans laquelle les structures transnationales et les chaînes de supermarchés bénéficient de la hausse
des prix alimentaires, au contraire des petits paysans et des
consommateurs, qui en sont les principales victimes », poursuit-il.
Oxfam condamne
la réaction inadéquate de la communauté internationale, aussi bien en termes
financiers que de coordination. Lors d’un sommet d’urgence à Rome en juin
dernier, un montant de 12,3 milliards de dollars fut promis pour remédier à la
crise alimentaire, mais à peine plus d’un milliard de dollars ont été
effectivement mis à disposition aujourd’hui.
Le contraste est flagrant lorsqu’on voit la rapidité avec laquelle les
gouvernements réagissent à la crise financière. En l’espace de quelques
jours, d’importants montants ont en effet été débloqués par la communauté
internationale pour renflouer les banques. «
Il est inadmissible que la communauté internationale n’ait pas réussi à
mettre en oeuvre une réponse adéquate à cette crise. La taskforce onusienne a
bien fourni un plan solide (le Comprehensive Framework for Action, ou Cadre
exhaustif d’action), mais il n’existe toujours pas de leadership clair
permettant d’assurer sa mise en oeuvre. Les pays du Sud sont bombardés
d’initiatives disparates et doivent mettre en oeuvre des plans différents pour
chacun des bailleurs. Il faut qu’une réponse internationale coordonnée soit
mise en place sous la direction de l’ONU, celle-ci étant chargée de canaliser
les fonds et de superviser la mise en oeuvre de réformes à long terme ».
Propositions pour
les décideurs belges :
Oxfam soutient
les exigences que la ’Coalition contre la faim’ et la campagne ’2015 De tijd
loopt’ présenteront à l’occasion de la journée mondiale de l’alimentation. Un
lunch ayant pour thème l’agriculture durable sera organisé au Parlement
fédéral, avec pour but d’intéresser les parlementaires à la question.
La souveraineté alimentaire doit avoir une
plus grande importance dans l’agenda des décideurs politiques. Les
coalitions agricoles exigent :
Plus d’info :
- Oxfam International :
Amy Barry , +44 1865 47 24 98 ou +44 7980 664 397
- Oxfam en Belgique :
Thierry Kesteloot , responsable de la souveraineté alimentaire chez
Oxfam-Solidarité Tel. 02 501 67 55 — gsm : 0475 543 723 —
thierry.kesteloot@oxfamsol.be
Oxfam et ses
partenaires assureront le lancement du rapport ’ Double Edged Prices ’ dans de
nombreux pays du monde, parmi lesquels l’Albanie, l’Australie, le Bangladesh,
le Cambodge, la France, le Guatemala, l’Inde, l’Indonésie, le Pakistan, les
Philippines, l’Afrique du sud, l’Espagne, le Tadjikistan et la Tanzanie.
Quelques exemples
concrets tirés du rapport :
En
Haïti , le degré de pauvreté déjà très
important a crû suite à la hausse des prix alimentaires et au passage des
récents ouragans.
Cinq millions de
Haïtiens vivent avec moins d’un dollar par jour et, en
2007, près de la moitié de la population souffrait de malnutrition.
Les Haïtiens ont appelé Clorox cette crise des prix alimentaires, du nom des
pastilles chlorées destinées à la purification de l’eau et dont l’ingestion
provoque des douleurs aiguës à l’estomac – tout comme la faim.
Au
Malawi , les subsides gouvernementaux
ont eu pour effet positif d’accroître les niveaux de production dans de
nombreuses zones, avec pour résultat des surplus au niveau national
(renversement de situation par rapport aux manques préexistants). Cependant,
des poches d’insécurité alimentaire sévère
persistent et les ménages les plus pauvres sont confrontés à un manque de
nourriture, ne pouvant se permettre qu’un repas par jour. Dans certaines zones,
les femmes se sont résolues à cuisiner des fèves sauvages, pouvant être
dangereuses si pas préparées correctement. Ceci signifie les cuire pendant des
heures, utilisant une eau rare et du bois à brûler.
Au
Cambodge , la hausse des prix alimentaires porte sévèrement
atteinte aux plus démunis, aussi bien dans les villes que dans les campagnes.
Même les cultivateurs de riz, censés bénéficier des prix élevés, luttent pour
pouvoir nourrir leurs familles, la plupart d’entre eux achetant plus de
nourriture qu’ils n’en vendent. Au total, 1,7 millions de personnes sont
confrontées à l’insécurité alimentaire. Von Siphou, 42 ans, vend des fruits à
Phnom Penh. Il dit : “
Je travaille
autant que je peux mais cela ne suffit pas. La seule solution est de ne pas
manger”.