L'Église se mobilise et s'engage

LES SAINTS ONT LA PAROLE

 

 

1° Pedro Calungsod, 18 ans, deuxième saint des Philippines : Un jeune laïc, catéchiste et martyr :

Son « martyre » ayant été reconnu, sa cause n’avait pas besoin d’un autre « miracle » pour sa béatification. Pourtant une première guérison survenue après l’avoir invoqué a été documenté : la guérison d’une femme affectée d’un cancer des os. Elle a participé à sa béatification, le 5 mars 2000, place Saint-Pierre. Mais il en fallait un autre, survenu après sa béatification, pour ouvrir la voie à la canonisation. Le « miracle » qui a permis cette décision a eu lieu en 2003 à l’hôpital de Cebu City : une femme considérée comme décédée depuis deux heures est revenue à la vie après l’invocation du jeune bienheureux martyr.

Sa vie a été un déplacement continu, au service de l’Evangile. Il était originaire de Molo, un quartier chinois de Lloilo City.  Puis il partit pour Cebu, également au centre de l’archipel, pour y annoncer l’Evangile. Il étudia ensuite chez les jésuites de Loboc, sur l’île de Bohol. En 1668, il s’embarqua pour Guam, dans l’archipel des Îles Marianne, pour rejoindre une des missions des jésuites espagnols. Avec le bienheureux Diego San Vitores (1627–1672), ils catéchisèrent les Chamorros. Mais un marchand chinois, appelé Choco, fit circuler la rumeur que l’eau du baptême était empoisonnée. Or, un petit enfant qui avait été baptisé mourut, et on en rendit les missionnaires responsables. Choco fut soutenu par les « hommes médecins », les « macanjas », et par les « jeunes hommes », les « urritaos » qui méprisaient les missionnaires.

 

Le 2 avril 1672, les missionnaires se rendirent au village de Tumon, pour baptiser la petite-fille du chef Mata’pang, qui refusa soudain. Mais ils passèrent outre, ayant reçu l’autorisation de la mère de l’enfant. Conduits par Mata'pang et par le chef Hurao, des assassins donnèrent la chasse à Calungsod et San Vitores le long de la plage et ils les firent prisonniers. Ils tuèrent ensuite le jeune Pedro par l’épée et Diego avec un « bolo », un long couteau traditionnel en forme de feuille, avant de mutiler leurs corps et de les précipiter dans la mer. Pedro Calungsod sera le deuxième catholique des Philippines à être canonisé, après la canonisation de saint Lorenzo Ruiz, en 1987. 

Anita Bourdin

 

2° Kateri, première sainte autochtone nord-américaine : Un visage rayonnant de beauté :

Elle avait été déclarée vénérable par le pape Pie XII, le 3 janvier 1943, et  elle a été béatifiée par Jean-Paul II le 22 juin 1980. Le 19 décembre 2011, Benoît XVI a signé le décret reconnaissant un   nouveau miracle est attribuable à son intercession, ce qui a ouvert la porte à sa canonisation.

Connue sous le nom de « lys des Agniers », Kateri Tekakwitha naquit en 1656 à Ossernenon (aujourd’hui Auriesville, dans l’État de New York), d’une mère algonquine et d’un chef mohawk, indique le site des évêques du Canada  (CECC). Elle avait quatre ans quand ses parents et son frère moururent de la petite vérole, qui la laissa elle-même presque aveugle et le visage marqué. Elle fut élevée par ses tantes et son oncle, farouchement opposé au christianisme. Elle avait 10 ans quand son village déménagea à Caughnawaga (aujourd’hui Fonda, dans l’État de New York).  En 1667, ce village reçut la visite de missionnaires jésuites, les Pères Frémin, Bruyas et Pierron.  C’est par eux que Kateri fut d’abord initiée au christianisme. Quand elle eut 18 ans, le Père Jacques de Lamberville vint prendre la direction de la mission de son village. Son oncle finit par lui permettre de recevoir le baptême à condition qu’elle ne quitte pas le village. Kateri mena ensuite une vie adonnée à la prière. Elle confectionnait des croix avec des brindilles. Elle refusa de se marier, estimant qu’elle était l’épouse de Dieu et qu’aucun homme ne pouvait prendre dans son cœur la place du Seigneur. Ses croyances lui attirèrent railleries, hostilité et menaces. Ainsi, deux ans après avoir été baptisée, elle s’enfuit à la mission Saint-François-Xavier, village mohawk chrétien de Kahnawake, au Québec. C’est là qu’elle fit sa première communion, le jour de Noël 1677.  Elle prononça en outre un vœu de virginité perpétuelle en la fête de l’Annonciation, en 1679.  À Kahnawake, tout le monde connaissait la foi et la sainteté de Kateri. Elle enseignait des prières aux enfants, prenait soin des vieillards et des malades et assistait souvent à la messe au lever et au coucher du soleil. Mais la santé de Kateri se détériorait. Elle mourut de tuberculose le 17 avril 1680, peu après son 24eanniversaire de naissance, et fut ensevelie à la mission Saint-François-Xavier. Ses derniers mots furent : « Jesos Konoronkwa » (« Jésus, je vous aime »). Des témoins rapportent que, quelques minutes après sa mort, les marques de la petite vérole avaient disparu de son visage qui devint rayonnant de beauté. On estime que Kateri a accompli de nombreux miracles depuis sa mort en guérissant des malades et en aidant les personnes qui font appel à son intercession.

 
3° Jacques Berthieu, jésuite, apôtre de Madagascar : Plutôt la mort que l’apostasie :

Né en France, à Ponminhac, dans les environs d'Aurillac, dans une famille d'exploitants agricoles, il est ordonné prêtre du diocèse de Saint-Flour le 21 mai 1864 et nommé vicaire à Roanne-Saint-Mary où il demeure neuf ans. C'est à l’âge de 35 ans, qu'il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus, à Pau. En 1875, il part pour Madagascar où il exerce son ministère apostolique. Mais la population secoue le joug du protectorat français et des rébellions éclatent, durement réprimées. C'est ainsi qu'en 1896, a lieu l'insurrection des Menalambas, destinée non seulement à chasser les Européens mais aussi à détruire la religion chrétienne. Les militaires obligèrent les religieux à se replier avec eux, mais ils les abandonnèrent lors d'une attaque des insurgés. Les fuyards se réfugièrent au village d'Ambonhibesoandro où le père Berthieu fut pris, battu jusqu'au sang et emmené vers Ambiatibé.

Il répondait à ceux qui l'invitaient à l'apostasie: "Je préfère mourir". À la tombée de la nuit, tandis qu'il priait pour ses persécuteurs, il fut fusillé et son corps fut jeté dans la rivière Mananara. C'était le 8 juin 1896. À un ami prêtre, il décrivait ainsi sa mission, conscient du danger : "Je suis maintenant depuis dix-huit mois à une grosse journée nord de Tananarive, sans compagnon pour la première fois de ma vie, ayant dix-huit postes à servir sur une très vaste étendue. Me voilà donc missionnaire pour tout de bon et je m'y suis fait. Mes forces baissent, mais je puis bien encore monter à cheval. Une fois le mois, à la réunion des pères, je vais à la capitale pour toutes les affaires. Je n'y manque guère. Voilà en partie ma vie. Pour résumer, c'est ici que le Royaume de Dieu souffre violence de la part de nombreux, méchants et puissants ennemis. »

Anita Bourdin

4° « Mother Marianne of Molokai », l'amie des lépreux : Une Allemande, émigrée aux îles Hawaï :

Benoît XVI annoncera samedi, 18 février, la date de sa canonisation. Elle avait été béatifiée au début de son pontificat, le 15 mai 2005. Barbara Cope est née le 23 janvier 1838 à Heppenheim, Hessen-Darmstadt, en Allemagne, dans une famille d'agriculteurs. Ses parents émigrèrent aux Etats-Unis et s'établirent à Utica (Etat de New York), alors qu’elle avait 3 ans. Dès l'âge de 15 ans, elle souhaita entrer au couvent, mais elle dut s'occuper de ses plus jeunes frères, ses parents étant tombés gravement malades. Elle repoussa donc son projet de quelques années. En 1860, une branche des Soeurs de Saint François de Philadelphie s'établit à Utica et à Syracuse, près de New York et, à l'âge de 24 ans, elle entra dans cet ordre et prononça ses vœux, prenant le nom de Maria Anna. L'apostolat de cette Congrégation consistait avant tout dans l'éducation des enfants des immigrés allemands. Elle fut donc chargée d'ouvrir et de diriger de nouvelles écoles. Plus tard, la communauté fonda les premiers hôpitaux généraux des Etats-Unis qui connurent une grande renommée : elles en fondèrent cinquante. Les sœurs y offraient assistance à tous les malades sans aucune distinction. Mère Cope s'occupa spécialement des alcooliques et des mamans célibataires, car elle souhaitait accomplir son service parmi « les plus pauvres d'entre les pauvres ».

En 1877, elle fut élue provinciale de sa Congrégation, puis réélue en 1881. En 1883, elle fut la seule à accepter de se rendre aux Iles Hawaï pour assister les lépreux, alors que cinquante autres communautés contactées avaient refusé. Son oeuvre en faveur des malades et des sans-abri des Hawaï fut très importante, si bien qu'en 1884 le gouvernement lui demanda de créer le premier hôpital général sur l'île de Maui. En 1889, après la mort de saint Damien de Veuster, elle accepta de se charger du foyer pour les garçons en plus de son travail auprès des femmes et des petites filles. Elle vécut ainsi pendant trente ans dans un lieu isolé de l'île Molokai, exilée volontaire avec ses patients. Grâce à elle, le gouvernement promulgua des lois pour protéger les enfants, et les malades de la lèpre retrouvèrent leur dignité et la joie de vivre.

Les historiens de son temps parlent d'elle comme d'une "religieuse exemplaire, au coeur extraordinaire". Elle ne cherchait qu'à accomplir la volonté de Dieu, ne souhaitant aucunement obtenir des reconnaissances; sa devise était: "Uniquement pour Dieu".

Anita Bourdin

5° Le secret de la réussite de Giovanni Piamarta : Deux ou trois heures de prière le matin :

Il avait un secret : "Deux ou trois heures de prière chaque matin avant de commencer mes activités", avouait-il. Giovanni Piamarta est né en Italie du nord, à Brescia, en 1841, à l'époque de la répression autrichienne, de la visite de l'empereur François-Joseph, des sanglantes batailles de Solferino et de San Martino, de l'entrée triomphale de Garibaldi dans la ville, du roi Victor Emmanuel II et de l'empereur Napoléon III. C'est l'époque de la lutte pour l'unité italienne, marquée par les tensions entre l'Eglise et l'Etat et socialement par la pauvreté et les épidémies. Le 3 décembre 1886, ce prêtre diocésain, commence son œuvre en faveur de l'éducation des jeunes garçons orphelins ou de familles pauvres (ouvrières ou agricoles) en fondant un Institut d'artisanat, comprenant bientôt 14 spécialisations, dont une imprimerie. Il en sortira plus tard la  maison d'édition Queriniana et une revue La Famille agricole. Sa spiritualité était marquée par une dévotion à la Sainte-famille de Nazareth, en accord avec cette idée force de la sanctification par le travail, qui animait son projet éducatif. "Je mourrai au milieu de mes jeunes", avait-il dit à son évêque  qui lui demandait d'abandonner son projet. A ces mots, l'évêque lui donna sa bénédiction. "Je voudrais donner ma vie, verser mon sang pour que Brescia, ma ville, soit sauvée", dit-il à une autre occasion. Il s'éteignit en 1913 à Remedello.

En 1900, il avait fondé  la Congrégation de la Sainte-Famille de Nazareth, pour répondre à la demande de quelques jeunes qui désiraient demeurer avec lui, puis, avec le Mère Elise Baldo, la Congrégation des Humbles Servantes du Seigneur.  Les deux congrégations se développèrent après sa mort en Italie, mais aussi en Angola, au Brésil, au Chili.

Anita Bourdin

6° Les trois clefs du paradis d'Anna Schäffer : Les épousailles mystiques d'une jeune Bavaroise :

Cette laïque allemande du début du XXe siècle s'était offerte dès sa première communion à l'amour du Christ. Elle rêvait de devenir missionnaire. Mais son père meurt en 1896, laissant sa famille dans la pauvreté. Elle doit par conséquent travailler pour constituer son trousseau. Et, dès l’âge de 14 ans, elle est employée de maison, ce qui représente des dangers pour sa vie morale, mais la prière du rosaire la protège. Le tournant de sa vie, c’est l’accident de 1901. Elle a 18 ans. Voulant ajuster le tuyau d'une chaudière, elle tombe dans un baquet de lessive bouillante. Brûlée jusqu’à mi-jambe, elle subit plus de trente opérations, mais passera le reste de sa vie - vingt ans – invalide, avec des pansements changés seulement une fois semaine. Elle doit renoncer à la vocation missionnaire telle qu’elle se l’était imaginée.

Mais il lui faut du temps. D’autant plus que son frère boit. Sa mère déménage avec elle dans une petite maison du village. La jeune malade commence à recevoir des visites. Et elle en vient peu à peu à accepter de partager les souffrances du Crucifié : voilà sa vocation. En 1901, elle reçoit la grâce de voir son ange gardien : il se présente à sa droite, d'une beauté indescriptible, et elle voit en lui son « plus fidèle ami ».

Elle se met à l’école de saint François comme Tertiaire. À l’instar de son maître spirituel, elle reçoit les stigmates de la Passion du Christ, le jour de la fête de celui-ci, le 4 octobre 1910, et demande la grâce qu’ils restent invisibles. Quand la douleur est plus intense, elle confie : « Dans ces moments-là, je pense que mon Père du ciel doit m’aimer particulièrement ». Et en 1914, elle reçoit la grâce des épousailles spirituelles avec le Christ.

Lorsque ses souffrances le lui permettent, elle coud. Son emblème préféré est le Sacré - Coeur dont elle dessine ou coud des flammes en forme d'épis de blé, qui manifestent sa dévotion eucharistique : « L'eucharistie, dira Jean-Paul II le jour de sa béatification, était la source de sa force ». Elle s’est éteinte le 5 octobre 1925 à l’âge de 43 ans. Elle a laissé douze carnets auxquels elle a confié ses pensées et une importante correspondance. « J’ai trois clefs du paradis, expliquait la jeune mystique: la plus grande est de fer brut et pèse lourd : c’est ma souffrance. La seconde est l’aiguille à coudre, et la troisième est le porte-plume ».

Anita Bourdin

7° Une certaine idée de l'éducation : Le coeur et l'intelligence de Maria del Carmen :

Carmen Salles y Barangueras est née à Vich, près de Barcelone, seconde de dix enfants. Très tôt, elle ressentit un amour spécial pour la Vierge Marie Immaculée, un penchant nourri par l’éducation qu'elle reçut au collège de la Compagnie de Marie, à Manrèse. Plus tard, ses parents souhaitèrent qu’elle se marie mais elle avait déjà décidé de se consacrer à Dieu. À 23 ans, malgré l’opposition paternelle, elle entra chez les Tertiaires Dominicaines de l’Annonciation et reçut le nom de Marie du Carmel. Mais, ce n’est qu’en 1892 qu’elle réalisa pleinement sa vocation en fondant, à Burgos, l’Institut des Soeurs de l’Immaculée Conception appelées «Conceptionistes Missionnaires de l’enseignement». Elle voulait que «la formation des enfants et des jeunes découle du coeur pour arriver aussi à l’intelligence». La congrégation est actuellement présente dans 11 autres pays - Italie, Brésil, Venezuela, Mexique, République Dominicaine, Etats-Unis, Philippines, Japon, Corée,  Guinée Equatoriale et République Démocratique du Congo -, et elle compte une soixantaine de communautés, et des milliers d’élèves.


Anita Bourdin