Justice et Paix : PAR CONTINENTS - EUROPE - THEMES



OU EN SOMMES NOUS DANS LE PROCESSUS DE CONSTRUCTION EUROPEENNE ?

Ignace Berten 30 Janvier 2006

IL NOUS FAUT D’ABORD RESTITUER TOUT CELA DANS L’HISTOIRE :

1945 ; L’Europe est en ruine. Il faut reconstruire une paix durable. Cette paix a réussi sur des bases modestes :
  • Pas à pas
  • Solidarité par l’économie
  • Union d’industries fondamentales (charbon et acier).

Il était impensable de se refaire la guerre une nouvelle fois entre ces différents pays. Cette construction se fait dans un cadre :
  • Une Europe divisée en deux par le rideau de fer : l’Europe occidentale vivra une histoire différente de la centrale et orientale. 1945 signe la libération pour l’occident et l’assujettissement au communisme pour l’Europe Orientale et Centrale.
  • La prise de pouvoir de l’économie se fait dans un contexte différent d’aujourd’hui.
  • La politique européenne de défense du attendre 2004 pour se mettre en place.
  • La chute du mur de Berlin et du rideau de fer ont révélé que ces Pays sous joug communiste faisaient partie de l’Europe, alors que nous nous étions habitués au rideau de fer !
  • L’élargissement de l’Union Européenne à 10 nouveaux pays dont 8 de l’ancien bloc soviétique conduit à des changements dans le fonctionnement des institutions. Des institutions mises en place pour 6 ne peuvent plus marcher si nous sommes 25 ! De plus ces anciens Pays communistes n’avaient pas toujours des expériences démocratiques ! Nos gouvernements ont été incapables de se mettre d’accord sur de nouveaux instruments démocratiques avant l’entrée des 10 nouveaux Pays.

LA CONSTITUTION EUROPEENNE : HISTOIRE, OBJECTIFS ET REFUS :
La présidence Belge propose la création d’une commission pour chercher un nouveau traité et une nouvelle constitution. Une citoyenneté européenne est proposée dans la chartre des droits fondamentaux (sociaux et politiques) Ce traité est négocié en public avec 3/4 d’élus et 1/4 de personnes nommées. .

Ce traité a été refusé en France pour plusieurs raisons :
  • Il n’y a pas assez de place au social qui est sacrifié à l’économique
  • Droite et extrême droite souverainiste et nationaliste
  • Chrétiens plutôt de droite (référence à DIEU)
  • Laïcards rigides.

Aux Pays-Bas, c’est un non très divers :
  • Non de gauche,
  • La crainte de perte d’identité nationale,
  • La peur de remise en cause du modèle libéral éthique (avortement, mariage homosexuel, adoption, avortement). Peur que l’Europe ne vienne remettre un peu d’ordre avec des normes conservatrices.

Pourquoi ce traité a-t-il été refusé maintenant ? La prédominance de l’économie sur le social n’est pas nouvelle. La tendance libérale est inscrite dans beaucoup de textes anciens. Mais le contexte a changé depuis le début de la construction européenne :
  • La CEE a été crée dans une Europe fermée, des échanges qui se faisaient surtout entre frontières et avec une forte croissance économique mondiale. (30 glorieuses). Cette croissance forte a permis une redistribution bonne (meilleur niveau de vie pour tous, baisse des inégalités, baisse de la pauvreté).
  • Mais dans les années 1970, une fracture apparaît, la croissance baisse, les frontières et protections douanières sont peu à peu démantelées. Nos économies sont affrontées à la mondialisation dans une concurrence très dure. La pression se fait ressentir sur les salaires et droits sociaux.

 
Le texte de la constitution est marqué par une tension, une inégalité entre l’économique et le social et la fiscalité :
  • Pour les questions concernant le marché et la concurrence, une autorité s’impose, les décisions concernant ce domaine sont prises à la majorité qualifiée
  • Pour les questions concernant le social et le fiscal, le traité doit être fait à l‘unanimité. On parle de propositions convergentes de bonnes pratiques fiscales ! La concurrence fiscale entre états conduit aussi à une spirale dont les effets sociaux se font de plus en plus sentir.

 
C’est une erreur politique majeure d’avoir dit non. Il n’y a pas d’améliorations institutionnelles car la perspective néolibérale est maintenue ! Le problème se situe au niveau de nos gouvernements respectifs qui sont majoritairement de droite. La constitution est donc bloquée (13 Pays l’ont votée, mais 2 l’ont refusée). Les opinions publiques ne sont pas assez prêtes pour l’élargissement.

Il y a eu manipulation de l’extrême gauche via Internet pour deux raisons :
  • Il n’y a pas eu de comparaison de ce texte avec les précédents qui resteraient en place si celui - ci n’est pas accepté.
Une enquête sur les sites du oui révèle des envois vers les sites du non pour une égalité de traitement, pour les sites du non, presque pas de reports vers les sites du oui.

LE BUGET DE LA COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE :
La question du budget européen est aussi importante. La France et l’Allemagne demandent de réduire le budget de la Communauté de 1,27 % à 1 % du PIB. Cela va réduire les ressources dont nous avons actuellement cruellement besoin ! La recherche, objectif prioritaire ne sera pas mieux financée. L’Angleterre oppose recherche et politique agricole. En fin Décembre, un accord sur le budget à 1,07 % est arraché par l’Angleterre, mais il est refusé par le Parlement européen, il y a 8 jours. Mais les institutions européennes continuent à fonctionner.

L’autonomie de la banque européenne est fort critiquée. Il y a accord majoritaire pour une gouvernance économique commune ; c’est là un problème éminemment politique.

 
LA POLITIQUE AGRICOLE COMMUNE :
La Politique Agricole Commune est la première politique européenne commune. Elle cherchait à associer efficacité économique et solidarité.
En 1945, l’agriculture européenne est en retard, l’auto - suffisance alimentaire est recherchée, la solidarité et l’accompagnement social du milieu paysan est aussi recherchée par un revenu décent et une aide à la reconversion des agriculteurs. Pour les populations, un accès à l’alimentation à un coût raisonnable est aussi recherché.
Tout cela a réussi, mais au-delà des objectifs et nous sommes arrivés à une situation de surproduction massive, des concentrations de productions, des coûts environnementaux, et sociaux pour les pays du nord et du sud. Les surplus déversés au sud ont détruit les agricultures locales. Une réforme est indispensable en vue d’obtenir une politique rurale mieux intégrée. Les subventions à l’exportation devront être supprimées pour voir les coûts réels. L’agriculture ne doit pas simplement entrer dans les règles du marché, mais elle devrait faire partie des biens publics.


L’EUROPE DES VALEURS :

La chartre des droits fondamentaux suppose une Europe des valeurs. Quel est le contenu de ces valeurs ? Comment on les fait passer dans la pratique ?

Au cœur des valeurs se trouve le concept de la personne, concept typiquement européen, être en relation.

- UN PROJET DE PAIX :
Le projet européen est projet de paix interne à la Communauté et de paix mondiale. C’est une paix qui fut gagnée sur des paix en guerre traditionnellement. Mais la paix interne n’a pas toujours été touchée (paix civile en Irlande, Pays Basque, Corse). La paix civile à l’intérieur des Pays n’est pas de la compétence de l’Europe.

La paix à nos frontières n’est toujours pas acquise. L’ancienne Yougoslavie a explosé avec toutes violences de cette guerre. Ce sont les USA qui ont dû intervenir en Irlande du Nord et en Yougoslavie. L’Europe manque d’objectifs connus de politique extérieure.

La question récurrente est comme l’Europe peut-elle être acteur de paix au niveau mondial ? Faut-il intégrer une défense commune au niveau Européen ou travailler avec l ‘OTAN ? Les USA ont foi en la force militaire pour résoudre les problèmes. Quelle est la volonté, la capacité politique d’autonomie de l’Europe face aux États-Unis ? L’Europe a une sensibilité plus humanitaire que les USA, il n’y a pas d’abord l’intérêt économique ou politique.

 
  • 2° UN PROJET DE SOLIDARITE :
+) Une grande politique agricole commune avec des objectifs économiques, commerciaux industriels et de solidarité entre pays peu agricoles et très agricoles.
+) Des politiques structurelles qui permettent de transférer des fonds des pays riches pour des pays plus pauvres (Irlande, Grèce, Portugal) ou vers des régions en retard économique (Sud Italie, Espagne) ou des régions industrielles dévastées (fermeture de mines, sidérurgies).

La question centrale reste : comment développer de telles politiques de solidarité vis - à - vis des nouveaux pays entrés récemment ? L’égoïsme politique de nos dirigeants est consternant : le budget européen est passé de 1,27 % du PIB à 1% , alors que les besoins de financement sont de plus en plus pressants. Cela pose un problème éthique : faut - il privilégier ici une vision économique à long terme ou à court terme ? L’intégration du temps dans la vision politique devrait emmener à apporter plus d’éthique dans la politique.

Durant les années 1974Ss, la solidarité était facile car la croissance était forte dans une économie à circuit fermé. Maintenant, ce n’est plus le cas, la croissance est faible et la concurrence mondiale est forte. Au cœur de tout cela, il y a un conflit d’idéologies qui se pose la question : le marché est-il la solution ? Le marché et la concurrence ne favorisent que les pays à économie forte. On observe aussi de plus en plus l’affirmation de tendances nationalistes et régionalistes (séparatisme Belge, Italie, Espagne). Il y a asymétrie entre la politique de décision plus contraignante sur les questions du marché et la concurrence et les faiblesses des questions de fiscalité et de social décidées comme annexes. Cela constitue un problème majeur pour le futur.

La société mondiale se dessine malheureusement de plus en plus en trois dimensions :
  • Une petite minorité de très riches
  • Une grande masse de personnes plus ou moins pauvres vivant dans une insécurité permanente
  • Une masse d’exclus

Ce qui se dessine aujourd’hui est un monde instable suscitant le terrorisme et l’illusion de croire que ce n’est que par la force que nous arriverons à détruire cela. La société civile qui se mobilise montre l’importance de la démocratie participative. Cette société civile de plus en plus mobilisée donne espoir en des lendemains meilleurs.

 
RELIGIEUX ET EUROPE :
  • 1° UNE RESPONSABILITÉ DE CITOYENS :
Il faut s’informer et discerner. Ne pas se laisser déborder par l’information. " Espace " propose une lettre d’information mensuelle. Il n’est pas facile de se situer dans un débat lorsque tous les acteurs le manipulent.
Beaucoup de religieux ont été sensibles aux arguments sociaux lors du vote de la constitution européenne. D’autres ont été sensibles à la nomination de Dieu dans la constitution. Il nous faut revoir les enjeux principaux et il nous faut être attentif aux conséquences d’un vote non.

  • 2° UNE VIGILANCE ÉVANGÉLIQUE :
Il nous faut reconnaître dans le primat donné à la personne, l’importance donnée à la dignité de tous ses habitants, y compris les plus fragiles et démunis. Il nous faut comparer ce qui se fait avec les déclarations faites.

En ce lieu, nous avons à reconnaître que nous sommes face à différentes conceptions de la dignité humaine et reconnaître que tout n’est pas possible. ( Euthanasie, solidarité jusqu’où ?).

La démocratie participative doit devenir un soutien normal de la démocratie représentative. Un dialogue doit s’établir ici entre Églises, religions et philosophies non-confessionnelles. Le débat ne descend malheureusement pas assez dans les groupes de base.

  • 3° LA QUESTION DU SENS DU PROJET EUROPÉEN :
(PAIX, DÉMOCRATIE, ÉTAT DE DROIT ET SOLIDARITÉ).

Il nous faut reprendre un débat de fond sur l’avenir et le sens de l’Europe. Croyants, nous avons à être animateurs de la patience et de l’espérance. Un certain nombre de grands projets de valeurs prennent du temps et il nous faut viser la fécondité des prophètes. Jésus a suscité un mouvement d’ouverture au règne de Dieu sur la Croix. La croix semble faire triompher la puissance de l’Empire Romain et du Temple. Et pourtant, le Règne de Dieu continue, le temple et l’Empire ont disparu…

Si aujourd’hui des minorités ne créent pas le mouvement, cela ne se fera pas… La mort et la résurrection de Jésus est le signe que Dieu s’insère à travers ce dynamisme prophétique dans l’histoire. Religieux, nous avons à valoriser dans la société tout le patrimoine de sens qu’à la vision biblique. Nous avons à restituer ce texte à toute la société comme expression d’une vie humaine fondamentale où se dit la solidarité et le souci du pauvre.

Nos sociétés ont besoin de faire mémoire du patrimoine religieux comme patrimoine du débat politique et philosophique. Un nouvel espace est ici ouvert. Il nous faut accepter d’entrer modestement en débat avec l’autre et nous exprimer sur nos motivations. Internationaux, nous avons des relais dans les Pays du Sud, il nous faut faire entendre nos voix et les voix du Sud sur ces sujets. Nous avons à cheminer ensemble et rester fidèle à l’évangile même si nous ne sommes pas d’accord sur tout. La tâche " d’espaces " est de maintenir le dialogue au niveau des institutions de la CEE. Nous avons à ouvrir des espaces de débat où les questions les plus profondes puissent s’exprimer librement.


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