Europe: La City de Londres ambiguë
dans la lutte contre
l'argent sale LE MONDE 22/01/2007
La suspension de
l'enquête visant le groupe de défense britannique BAE Systems sur les soupçons
de pot-de-vin versés à l'Arabie saoudite illustre, une nouvelle fois, le
double langage du Royaume-Uni en matière de
lutte contre l'argent sale. Selon l'Organisation pour la coopération et le
développement économiques (OCDE), la décision du gouvernement Blair pourrait
contrevenir à la Convention de lutte contre la corruption dont le royaume est
signataire.
En faisant passer le
commerce avant le droit dans l'affaire BAE, sous le prétexte de l'intérêt
national et de la protection de l'emploi, Londres se comporte en mauvais élève
dans le combat contre ce fléau.
Le ministre de
la justice, Lord Goldsmith, met en avant le durcissement de la législation et
l'accroissement des contrôles. À l'écouter, ses nombreux projets - création
d'une autorité de stratégie contre la fraude, formation d'un corps de police ad
hoc autonome et instauration d'un procès sans jurés - témoignent de
"- son - engagement contre la
corruption ".
Pour les
critiques de Tony Blair, l'affaire BAE souligne, au contraire, le
manque de réelle ambition politique
d'endiguer les flux financiers opaques, à commencer par les commissions aux
intermédiaires dans les contrats d'armement.
Dans la City,
malgré la mise en place de strictes procédures de surveillance, les opérations
illicites peuvent facilement se perdre dans les volumes considérables de
transactions. Depuis son arrivée au pouvoir, en 1997, l'équipe travailliste n'a
rien fait pour nettoyer ces no man's land que sont les places financières
offshore de la Couronne. Or les paradis fiscaux ( îles Anglo-Normandes,
Gibraltar ou les îles Vierges) facilitent le " lessivage " de
l'argent qui cherche à échapper au fisc. En près de dix ans, le ministre des
finances, Gordon Brown,
n'a guère
encouragé la coopération judiciaire internationale dans ce domaine. Pour
protéger les grosses fortunes étrangères installées à Londres, le successeur
probable de Tony Blair s'est toujours opposé à l'harmonisation fiscale
européenne.
La City a
toujours su s'accommoder des richesses d'autrui sans trop se préoccuper de leur
origine. La découverte récente de comptes appartenant à l'ancien président
kényan Arap Moi et à l'ex-dictateur chilien Augusto Pinochet illustre la
perméabilité de la première place
financière européenne aux fonds suspects. Enfin, l'approche purement
juridique de l'autorité de tutelle, la Financial Services Authority (FSA),
entrave l'examen des milliers de déclarations
" d'activités suspectes " provenant des établissements
bancaires.
" Perfide Albion " , avait dit Bossuet. C'était au
XVIIe siècle, quand la City a commencé à faire fructifier les richesses des corsaires
royaux. On connaît la suite...
Marc Roche (Londres, correspondant du MONDE)
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