Justice et Paix : THEMES GENERAUX
- Les paradis fiscaux



justice fiscale, nouvel horizon des luttes sociales ?



       « On en est au même point que le mouvement écologiste dans les années 1970 ». John Christensen est lucide. Il dirige depuis Londres le Tax Justice Network (TJN), ce réseau informel né des forums sociaux qui, depuis 2002, grandit à chaque rendez-vous et crée cette année son antenne africaine. Il sait que les forces sont encore bien faibles pour s’attaquer à des montagnes aussi massives que la concurrence et l’évasion fiscales ou les centres offshore: quelques universitaires et militants trop isolés, des travaux de recherche encore balbutiants, même si le séminaire auquel j’ai participé ces deux derniers jours dans la capitale kenyane laisse entrevoir un intérêt croissant pour le sujet.
      
       Son enthousiasme communicatif, qui force le respect, est animé par cette conviction profonde que ce combat, dont dépend la répartition des richesses à travers le monde, ne peut que se développer. En France, nous avons créé il y a un an, à quelques associations , une plate-forme contre les paradis fiscaux et judiciaires. Comme l’écologie, la question fiscale a le potentiel de faire converger les mobilisations des citoyens de toute la planète.

       Le constat est clair: au Nord comme au Sud, les riches et les grandes entreprises paient de moins en moins d’impôts , affaiblissant les mécanismes redistributifs et reportant la charge fiscale sur le reste de la population. Les multinationales ont plus d’une stratégie à leur arc: menace de s’installer sous des cieux fiscalement plus cléments, jeu sur les prix entre leurs filiales pour faire apparaître les bénéfices à l’endroit opportun...

       Partout, le manque à gagner est considérable. Les Etats-Unis estiment qu’ils y perdent 200 milliards d’euros (le PIB de la Belgique !) : autant de moins à redistribuer. Pour les pays du Sud, l’impact est dramatique. Les investisseurs étrangers échappent totalement à l’impôt au Pérou, la Zambie ne retire que 1% des revenus générés par l’extraction du cuivre, son principal produit d’exportation. En cumulant corruption, évasion fiscale et fuite des capitaux, les pays du Sud voient s’envoler 500 milliards d’euros chaque année… six fois que ce qu’ils reçoivent en aide des pays riches ! Il s’agit donc d’un combat prioritaire pour toutes celles et tous ceux pour qui la justice sociale n’est pas un vain slogan.
Longue vie au Tax justice network !
Jean Merckaert
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