L’humanisme intégral, voie de la paix
Discours du pape
Benoît XVI au corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège,
8 janvier 2006.
Monsieur le Doyen,
Excellences, Mesdames et Messieurs,
C’est avec
plaisir que je vous accueille aujourd’hui, pour cette traditionnelle cérémonie
d’échange de vœux. Bien qu’elle se renouvelle chaque année, il ne s’agit pas
cependant d’une simple formalité, mais d’une occasion pour affermir notre
espérance et pour nous engager toujours davantage au service de la paix et du
développement des personnes et des peuples.
En premier lieu,
je désire remercier votre Doyen, Monsieur l’Ambassadeur Giovanni Galassi, pour
les aimables paroles par lesquelles il a exprimé vos vœux. J’adresse aussi un
salut particulier aux Ambassadeurs qui participent pour la première fois à
cette rencontre. Je vous offre à tous mes vœux les plus cordiaux et je vous
assure de mes prières, afin que 2007 vous apporte, à vous-mêmes, à vos
familles, à vos collaborateurs, à tous les peuples et à leurs dirigeants, le
bonheur et la paix.
Agressions contre
l’homme
En début
d’année, nous sommes invités à porter un regard sur la
situation internationale, pour envisager les défis que nous sommes
appelés à affronter ensemble. Parmi les questions essentielles, comment ne pas
penser aux millions de personnes, spécialement aux femmes et aux enfants, qui
manquent d’eau, de nourriture, de
toit ? Le
scandale de la faim,
qui tend à s’aggraver, est inacceptable dans un monde qui dispose des biens,
des connaissances et des moyens d’y mettre un terme. Il nous pousse à changer
nos modes de vie ; il nous rappelle
l’urgence
d’éliminer les causes structurelles des dysfonctionnements de l’économie
mondiale et de corriger les modèles de croissance qui semblent incapables
de garantir le respect de l’environnement et un développement humain intégral
pour aujourd’hui et surtout pour demain. J’invite à nouveau les responsables
des nations les plus riches à prendre les dispositions nécessaires pour que les
pays pauvres, souvent pleins de richesses naturelles, puissent bénéficier des
fruits des biens qui leur appartiennent en propre. De ce point de vue, le
retard dans la mise en œuvre des
engagements pris par la communauté internationale au cours des toutes
dernières années est aussi source de préoccupation. Il faut donc souhaiter la
reprise des négociations commerciales du « Doha Development Round »
de
l’Organisation mondiale du Commerce, ainsi que la poursuite et
l’accélération du processus
d’annulation et de réduction de la dette des
pays les plus pauvres,
sans que cela soit conditionné à des mesures
d’ajustement structurel, néfastes pour les populations les plus
vulnérables.
Dans le domaine
du
désarmement également, se
multiplient les symptômes d’une crise progressive, liée aux difficultés dans
les négociations sur les armes conventionnelles aussi bien que sur les armes de
destruction massive, et, d’autre part, à l’augmentation des dépenses militaires
à l’échelle mondiale. Les questions de sécurité, aggravées par le terrorisme, qu’il
faut condamner fermement, doivent être traitées dans une approche globale et
clairvoyante.
En ce qui
concerne les
crises humanitaires, il
convient de noter que les Organisations qui les affrontent ont besoin d’un
soutien plus fort, afin qu’elles soient en mesure de fournir aux victimes
protection et assistance. Une autre question qui prend toujours davantage de
relief est celle des
mouvements de
personnes : des millions d’hommes et de femmes sont contraints à
laisser leurs foyers ou leurs patries à cause de violences ou bien pour
rechercher des conditions de vie plus dignes. Il est illusoire de penser que
les phénomènes migratoires pourront être bloqués ou contrôlés simplement par la
force. Les migrations et les problèmes qu’elles créent doivent être affrontés
avec humanité, justice et compassion.
Comment ne pas
se préoccuper non plus des continuelles
atteintes
à la vie, de la conception jusqu’à la mort naturelle ? De telles
atteintes n’épargnent même pas des régions où la culture du respect de la vie
est traditionnelle, comme en Afrique, où l’on tente de banaliser subrepticement
l’avortement, par le protocole de Maputo, ainsi que par le Plan d’action adopté
par les ministres de la santé de l’Union africaine, qui sera d’ici peu soumis
au Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement. Se développent également des
menaces contre la structure naturelle de la
famille, fondée sur le mariage d’un homme et d’une femme, et des tentatives
de la relativiser en lui donnant le même statut que d’autres formes d’union
radicalement différentes. Tout cela offense la famille et contribue à la
déstabiliser, en en voilant la spécificité et le rôle social unique. D’autres
formes d’agression à la vie sont commises parfois sous couvert de recherche
scientifique. La conviction se répand que la recherche n’est soumise qu’aux
lois qu’elle veut bien se donner et qu’elle n’a d’autre limite que ses propres
possibilités. C’est le cas par exemple dans les tentatives de légitimer le
clonage humain pour d’hypothétiques fins thérapeutiques.
Eléments positifs
Ce cadre
préoccupant n’empêche pas de percevoir des éléments positifs qui caractérisent
notre époque. Je voudrais mentionner en premier lieu la
prise de conscience croissante de l’importance du dialogue entre les
cultures et entre les religions. Il s’agit d’une nécessité vitale, en
particulier en raison des défis communs concernant la famille et la société. Je
relève d’ailleurs les nombreuses initiatives en ce sens, qui visent à bâtir les
bases communes pour vivre dans la concorde.
Il convient
aussi de noter le développement de la prise de conscience de la communauté
internationale face aux énormes défis de notre temps, ainsi que les efforts
pour qu’elle se traduise en actes concrets. Au sein de l’Organisation des
Nations unies, a été créé l’année dernière le Conseil des
Droits de l’Homme, dont il faut espérer qu’il centrera son activité
sur la défense et la promotion des droits fondamentaux de la personne, en
particulier le droit à la vie et le droit à la liberté religieuse. Évoquant les
Nations unies, je me sens le devoir de saluer avec gratitude Son Excellence
Monsieur Kofi Annan pour l’œuvre accomplie au cours de ses mandats de
Secrétaire général. Je formule les vœux les meilleurs pour son successeur
Monsieur Ban Ki-moon, au moment où il vient de prendre ses fonctions.
Dans le cadre du
développement, diverses initiatives
ont été également lancées, auxquelles le Saint-Siège n’a pas manqué d’apporter
son soutien, rappelant en même temps que ces projets ne doivent pas supprimer
l’engagement des pays développés à destiner
0,7% de leur produit intérieur brut à l’aide internationale. Un
autre élément important dans l’effort commun pour l’éradication de la misère
requiert non seulement une assistance, dont on ne peut que souhaiter l’expansion,
mais aussi la prise de conscience de l’importance de la
lutte contre la corruption et la promotion de la bonne gouvernance.
Il faut aussi encourager et poursuivre les efforts accomplis afin d’assurer
l’application du droit humanitaire aux personnes et aux peuples, pour une
protection plus efficace des populations civiles.
En Afrique, une paix fragile et bafouée
En considérant
la situation politique dans les différents continents, nous trouvons encore des
motifs de préoccupation et d’espérance. Nous constatons en premier lieu que la
paix est bien souvent fragile et même
bafouée. Nous ne pouvons pas oublier le Continent africain. Le drame du
Darfour
se poursuit et s’étend aux régions frontalières du
Tchad et de la
République
centrafricaine. La communauté internationale semble impuissante depuis
bientôt quatre ans, malgré les initiatives destinées à soulager les populations
en détresse et à apporter une solution politique. C’est seulement par une
collaboration active entre les Nations unies, l’Union africaine, les
gouvernements en cause et d’autres protagonistes que ces moyens pourront
devenir efficaces. Je les invite tous à agir avec détermination : nous ne
pouvons pas accepter que tant d’innocents continuent à souffrir et à mourir
ainsi.
La situation
dans la
Corne de l’Afrique s’est récemment aggravée, avec la reprise des
hostilités et l’internationalisation du conflit. En appelant toutes les parties
à l’abandon des armes et à la négociation, qu’il me soit permis d’évoquer la
mémoire de Sœur Leonella Sgorbati qui a donné sa vie au service des plus
défavorisés, invoquant le pardon pour ses meurtriers. Que son exemple et son
témoignage inspirent tous ceux qui cherchent réellement le bien de la Somalie.
En
Ouganda,
il faut souhaiter les progrès des négociations entre les parties, en vue de la
fin d’un conflit cruel qui voit même l’enrôlement de nombreux enfants
contraints de se faire soldats. Cela permettra aux nombreux déplacés de revenir
chez eux et de retrouver une vie digne. La contribution des chefs religieux et
la récente désignation d’un Représentant du Secrétaire général des Nations
unies sont de bonne augure. Je le redis :
n’oublions pas l’Afrique et ses nombreuses situations de guerre et de
tension. Il faut se rappeler que seules les négociations entre les
différents protagonistes peuvent ouvrir la voie à un règlement juste des
conflits et faire entrevoir des progrès vers la consolidation de la paix.
La
Région des
Grands Lacs a été ensanglantée depuis des années par des guerres sans
merci. C’est avec intérêt et espérance qu’il convient d’accueillir les
développements positifs récents, en particulier la conclusion de la phase de
transition politique au Burundi et plus récemment en République démocratique du
Congo. Il est cependant urgent que les pays s’attachent à un retour au
fonctionnement des institutions de l’état de droit, pour endiguer tous les
arbitraires et pour permettre le développement social. Au Rwanda, je souhaite
que le long processus de réconciliation nationale après le génocide trouve son
aboutissement dans la justice, mais aussi dans la vérité et le pardon. La
Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs, avec la participation
d’une délégation du Saint-Siège et des représentants de nombreuses conférences
épiscopales nationales et régionales de l’Afrique centrale et orientale, laisse
entrevoir de nouvelles espérances. Enfin, je voudrais mentionner la
Côte
d’Ivoire, exhortant les parties en présence à créer un climat de confiance
réciproque qui puisse conduire au désarmement et à la pacification, et d’autre
part l’Afrique Australe : dans ces pays, des millions de personnes sont
réduites à une situation de grande vulnérabilité, qui exige l’attention et
l’appui de la communauté internationale.
Des signes
positifs pour l’Afrique viennent également de la volonté exprimée par la
communauté internationale de maintenir ce continent au centre de son attention,
et aussi du renforcement des institutions continentales et régionales, qui
témoignent de l’intention des pays concernés de devenir toujours davantage
responsables de leur propre destin. De même, il faut louer l’attitude digne des
personnes, qui chaque jour, sur le terrain, s’engagent avec détermination pour
promouvoir des projets qui contribuent au développement et à l’organisation de
la vie économique et sociale.
Amérique : la démocratie menacée par la dictature du relativisme
Le voyage
apostolique que j’accomplirai au mois de mai prochain au Brésil me donne
l’occasion de tourner mon regard vers ce grand pays, qui m’attend avec joie, et
vers toute l’Amérique Latine et les Caraïbes. L’amélioration de certains
indices économiques, l’engagement dans la lutte contre le trafic de drogue et
contre la corruption, les divers processus d’intégration, les efforts pour améliorer
l’accès à l’éducation, pour combattre le chômage et pour réduire les inégalités
dans la distribution des revenus, constituent des indices à relever avec
satisfaction. Si ces évolutions se consolident, elles pourront contribuer de
façon déterminante à vaincre la pauvreté qui afflige de vastes secteurs de la
population et à accroître la stabilité institutionnelle. S’agissant des
élections qui se sont déroulées l’année dernière dans plusieurs pays, il
convient de souligner que la
démocratie est appelée à prendre en compte les
aspirations de l’ensemble des citoyens, à promouvoir le développement dans
le respect de toutes les composantes de la société, selon les principes de la
solidarité, de la subsidiarité et de la justice. Il faut cependant mettre en
garde contre le risque que l’exercice de la démocratie se transforme en
dictature du relativisme, proposant des modèles anthropologiques incompatibles
avec la nature et la dignité de l’homme.
Mon attention se
tourne tout particulièrement vers certains pays, notamment la
Colombie,
où le long conflit interne a provoqué une crise humanitaire, surtout en ce qui
concerne les personnes déplacées. Tous les efforts doivent être faits pour
pacifier le pays, pour restituer aux familles leurs proches qui ont été enlevés,
pour redonner sécurité et vie normale à des millions de personnes. De tels
signes donneront confiance à tous, y compris à ceux qui ont été impliqués dans
la lutte armée. Nos regards se tournent vers
Cuba. En souhaitant que
chacun de ses habitants puisse réaliser ses aspirations légitimes dans le souci
du bien commun, permettez-moi de reprendre l’appel de mon vénéré
Prédécesseur : « Que Cuba s’ouvre au monde et le monde à Cuba ».
L’ouverture réciproque avec les autres pays ne pourra qu’être au bénefice de
tous. Non loin de là, le peuple
haïtien vit toujours dans une grande
pauvreté et dans la violence. Je forme des vœux pour que l’intérêt de la
communauté internationale, manifesté entre autres par les conférences des
donateurs qui ont eu lieu en 2006, conduise à la consolidation des institutions
et permette au peuple de devenir artisan de son propre développement, dans un
climat de réconciliation et de concorde.
Asie : vigilance sur le droit à la liberté religieuse
L’Asie montre
avant tout des pays qui sont caractérisés par une
population très nombreuse et un grand développement économique. Je
pense à la
Chine et à l’Inde, pays en pleine expansion, souhaitant que
leur présence croissante sur la scène internationale entraîne des bénéfices
pour les populations elles-mêmes et pour les autres nations. De même, je forme
des vœux pour le
Vietnam, rappelant sa récente adhésion à l’Organisation
mondiale du Commerce. Ma pensée rejoint les communautés chrétiennes. Dans la
plupart des pays d’Asie, il s’agit souvent de communautés petites mais
vivantes, qui désirent légitimement pouvoir vivre et agir dans un climat de
liberté religieuse. C’est à la fois un droit primordial et une condition qui
leur permettra de contribuer au progrès matériel et spirituel de la société, et
d’être des éléments de cohésion et de concorde.
Au
Timor
oriental, l’Église catholique entend continuer à offrir sa contribution
notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de la réconciliation
nationale. La crise politique traversée par ce jeune État, comme d’ailleurs par
d’autres pays de la région, met en évidence une certaine fragilité des
processus de démocratisation. De dangereux foyers de tension couvent dans la
Péninsule de
Corée. L’objectif de la réconciliation du peuple coréen et
la dénucléarisation de la Péninsule, qui auront des effets bénéfiques dans
toute la région, doivent être poursuivis dans le cadre de négociations. Il
convient d’éviter les gestes qui puissent compromettre les pourparlers, sans
toutefois conditionner aux résultats les aides humanitaires destinées aux
couches de la population nord-coréenne les plus vulnérables.
Je voudrais attirer votre attention sur deux autres pays
asiatiques, qui sont des motifs de préoccupation. En
Afghanistan, au
cours des derniers mois, il faut hélas déplorer une augmentation notable de la
violence et des attaques terroristes, qui rendent difficile le chemin vers la
sortie de crise et qui pèsent lourdement sur les populations locales. Au
Sri
Lanka, l’échec des négociations de Genève entre le gouvernement et le
mouvement Tamoul a entraîné une intensification du conflit, qui provoque
d’immenses souffrances parmi les populations civiles. Seule la voie du dialogue
pourra assurer un avenir meilleur et plus sûr pour tous.
Moyen-Orient : le droit de chaque peuple
Le
Moyen-Orient est aussi source de grandes
inquiétudes. Aussi ai-je voulu adresser une lettre aux catholiques de la région
à l’occasion de Noël, pour exprimer ma solidarité et ma proximité spirituelle
avec tous, et pour les encourager à poursuivre leur présence dans la région,
sûr que leur témoignage sera une aide et un soutien en vue d’un avenir de paix
et de fraternité. Je renouvelle mon appel pressant à toutes les parties en
cause sur l’échiquier politique complexe de la région, avec l’espoir que se
consolideront les signes positifs entre Israéliens et Palestiniens, enregistrés
au cours des dernières semaines. Le Saint-Siège ne se lassera jamais de répéter
que les
solutions armées n’aboutissent à
rien, comme on l’a vu au Liban l’été dernier. L’avenir de ce pays passe
nécessairement par l’unité de toutes ses composantes et par des relations
fraternelles entre les différents groupes religieux et sociaux. Cela constitue
un message d’espérance pour tous. Il n’est pas possible de se satisfaire non
plus de solutions partielles ou unilatérales. Pour mettre un terme à la crise
et aux souffrances qu’elle occasionne dans les populations, il importe de
procéder par une approche globale, qui n’exclue personne de la recherche d’une
solution négociée et qui
tienne compte
des aspirations et des intérêts légitimes des différents peuples concernés.
Les Libanais ont droit à voir respectées l’intégrité et la souveraineté de leur
pays ; les Israéliens ont le droit de vivre en paix dans leur État ;
les Palestiniens ont droit à une patrie libre et souveraine. Si chacun des
peuples de la région voit ses attentes prises en considération et se sent moins
menacé, la confiance mutuelle se renforcera. Cette même confiance se
développera si un pays comme l’
Iran, tout spécialement en ce qui
concerne son programme nucléaire, accepte de donner une réponse satisfaisante
aux préoccupations légitimes de la communauté internationale. Des pas accomplis
dans ce sens auront sans aucun doute un effet positif pour la stabilisation de
toute la région, et de l’
Irak en particulier, mettant fin à
l’épouvantable violence qui ensanglante ce pays et offrant la possibilité de
relancer sa reconstruction et la réconciliation entre tous ses habitants.
En Europe, ne pas faire abstraction de l’indéniable patrimoine chrétien
Plus près de
nous, en Europe, de nouveaux pays, la
Bulgarie et la Roumanie, nations
de longue tradition chrétienne, ont fait leur entrée dans l’Union européenne.
Alors que l’on s’apprête à célébrer le cinquantième anniversaire des Traités de
Rome, une réflexion s’impose sur le Traité constitutionnel. Je souhaite que les
valeurs fondamentales qui sont à la base
de la dignité humaine soient pleinement protégées, en particulier la
liberté religieuse dans toutes ses dimensions et les droits institutionnels des
Églises. De même, on ne peut faire abstraction de l’indéniable patrimoine
chrétien de ce continent, qui a largement contribué à modeler l’Europe des
nations et l’Europe des peuples. Le cinquantième anniversaire de l’insurrection
de Budapest, fêté au mois d’octobre dernier, nous a rappelé les événements
dramatiques du XXe siècle qui incitent tous les Européens à construire un
avenir libre de toute oppression et de tout conditionnement idéologique, à tisser
des liens d’amitié et de fraternité, et à manifester sollicitude et solidarité
envers les plus pauvres et les plus petits. Il importe de purifier les tensions
du passé, en promouvant la réconciliation à tous les niveaux, car c’est elle
seule qui permet de construire l’avenir et de consentir à l’espérance.
J’appelle aussi tous ceux qui, dans le continent européen, sont tentés par le
terrorisme, à cesser toute activité de ce genre, car de tels comportements, qui
font prévaloir la violence et qui engendrent la peur chez les populations,
constituent une voie sans issue. Je pense aussi aux divers « conflits
gelés », souhaitant qu’ils trouvent rapidement une solution définitive, et
aux tensions récurrentes liées aujourd’hui surtout aux ressources énergétiques.
Je souhaite que la région des
Balkans parvienne à la
stabilisation que tous espèrent, en particulier grâce à l’intégration des
nations qui la composent dans les structures continentales et au soutien de la
communauté internationale. L’établissement de relations diplomatiques avec la
République du Monténégro, qui vient d’entrer pacifiquement dans le concert des
nations, et l’Accord de Base signé avec la Bosnie Herzégovine sont des marques
de l’attention constante du Saint-Siège pour la région des Balkans. Alors
qu’approche le moment où sera défini le statut du Kosovo, le Saint-Siège
demande à tous ceux qui sont concernés un effort de sagesse clairvoyante, de
flexibilité et de modération, afin que soit trouvée une solution qui respecte
les droits et les attentes légitimes de tous.
Les situations que j’ai évoquées constituent un défi, qui
nous implique tous ; il s’agit d’un défi qui consiste à promouvoir et à
consolider tout ce qu’il y a de positif dans le monde et à surmonter, avec
bonne volonté, sagesse et ténacité tout ce qui blesse, dégrade et tue l’homme.
C’est en respectant la personne humaine qu’il est possible de promouvoir la
paix et c’est en bâtissant la paix que sont jetées les bases d’un authentique
humanisme intégral. C’est ici que trouve réponse la préoccupation de tant de
nos contemporains face à l’avenir. Oui, l’avenir pourra être serein si nous
travaillons ensemble pour l’homme. L’homme, créé à l’image de Dieu, a une
dignité incomparable ; l’homme, qui est si digne d’amour aux yeux de son
Créateur, que Dieu n’a pas hésité à donner pour lui son propre Fils. C’est cela
le grand mystère de Noël, que nous venons de célébrer et dont l’atmosphère
joyeuse se poursuit jusqu’à notre rencontre d’aujourd’hui. Dans son engagement
au service de l’homme et de la construction de la paix, l’Église est aux côtés
de toutes les personnes de bonne volonté et elle offre une collaboration
désintéressée.
Qu’ensemble, chacun à sa place et avec ses propres talents,
nous sachions travailler à la construction d’un humanisme intégral qui peut
seul assurer un monde pacifique, juste et solidaire. Ce souhait s’accompagne de
la prière que je fais monter vers le Seigneur pour vous-mêmes, pour vos
familles, pour vos collaborateurs et pour les peuples que vous représentez.
Benedictus pp XVI
© Librairie éditrice vaticane. Texte original :
français. Titres et intertitres de la rédaction.
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