L’émergence de nouveaux créanciers et la riposte des anciens
Un an après la mise en place de
l’Initiative d’Allègement de la Dette Multilatérale et la promesse du G8
d’apporter sa contribution active à la réalisation des Objectifs de
Développement du Millénaire, certains pays pauvres sont confrontés à des
décisions difficiles : de nouvelles sources de financement s’offrent à
eux, mais la Banque Mondiale menace de les sanctionner s’il y ont recours.
La Banque prévoit de restreindre les
fonds alloués via son guichet concessionnel, l’AID, à tout pays contractant un
crédit à des conditions non-concessionnelles auprès d’organismes de crédit
commerciaux ou de nouveaux créanciers souverains. La Banque, usant de la
terminologie économique, qualifie ces créanciers de « passagers
clandestins » (free-riders). Les institutions de Washington affirment que
ces derniers profitent des largesses dont elles ont fait preuve en annulant
certaines dettes, et qu’ils menacent la soutenabilité de la dette à plus long
terme des pays ayant bénéficié desdites annulations de dette. La
Banque Mondiale souhaite donc
« motiver » les gouvernements des pays à faible revenu en leur
signifiant qu’ils recevront moins de fonds de sa part s’ils ont recours à ces
nouvelles sources de financement.
La réaction de la Banque risque fort de handicaper encore
davantage les gouvernements de ces pays dans la réalisation des ODM, et de les
inciter à contracter d’autres prêts plus onéreux pour suppléer au manque
qu’elle aura créé. Les pays emprunteurs pourraient bien se voir entraînés dans
une spirale contre-productive, pendant que leurs créanciers seraient libérés de
toute responsabilité.
La communauté classique de créanciers semble tout particulièrement
préoccupée par les activités de
puissances émergentes disposant de liquidités monétaires importantes ,
telles que la Chine. Les créanciers et les donateurs de longue date considèrent
à juste titre la disponibilité de telles réserves de devises comme une menace,
à la fois pour leur statut monopolistique dans le domaine du développement et
pour la capacité des pays à faible revenu à maintenir un niveau d’endettement
soutenable après les séries d’annulations de dette de ces dix dernières années.
Malheureusement,
les pays riches
d’admettent pas que l’intérêt des pays pauvres envers ces nouveaux financements
plus onéreux résulte en grande partie de l’insuffisance des montants d’aide
concessionnelle qu’ils fournissent à ces derniers. Le manquement à leurs
propres promesses met certains pays en développement face à un dilemme de
taille : se développer au risque de ré - accumuler une dette
insoutenable, ou être condamné au sous-développement à cause d’un déficit
chronique de ressources disponibles.
En outre, n’étant
pas liées
à de lourdes conditionnalités telles que celles qui accompagnent trop
souvent les prêts de la Banque Mondiale et du FMI,
les nouvelles ressources proposées peuvent s’avérer très intéressantes
pour les pays bénéficiaires. On peut certes se réjouir de l’absence de
conditionnalités économiques, mais le fait est que les nouveaux créanciers
négligent également des aspects comme les droits humains et civils, ou encore
la protection de l’environnement. Le risque est réel, par conséquent, de voir
apparaître de nouvelles dettes illégitimes. Les activités et les politiques de
ces nouveaux acteurs doivent donc faire l’objet d’un suivi attentif.
La mise en place éventuelle de mesures punitives de la Banque
Mondiale contre les pays emprunteurs à faible revenu, ainsi que l’absence
totale de toute sanction possible contre leurs créanciers, sont
particulièrement
révélatrices de
l’inéquité et du manque d’efficacité qui prévalent dans l’architecture de la
dette internationale aujourd’hui. Ce nouveau contexte fait d’autant plus
ressortir l’absence d’un mécanisme de règlement transparent et équitable qui
permette réellement de dissuader les comportements opportunistes et d’évaluer
de façon juste la part de responsabilité devant être imputée à chaque partie.
C’est donc une très bonne occasion pour repenser le système actuel, en forçant
le « club » habituel de pays créanciers à reconnaître que
l’architecture de la dette internationale est insuffisante et déloyale et donc
à l’amender.
Ces mêmes pays riches doivent prendre conscience que l’on en
arrive là aujourd’hui en grande partie parce qu’ils ne font pas ce qu’ils
s’étaient solennellement engagés à faire. Les pays pauvres accepteraient
volontiers des financements moins chers s’ils pouvaient en obtenir plus, comme
cela leur avait été promis à Monterrey et lors de bien d’autres sommets.
Dénoncer la Chine comme étant « un
pays en pleine croissance mais encore relativement pauvre » parce qu’elle
accorde des financements plus onéreux au monde en développement n’est
pas une solution.
Les pays riches doivent tenir leurs promesses. S’ils accordaient enfin
les fonds qu’ils ont promis d’allouer, le problème des “passagers clandestins”
n’existerait plus.
Pour consulter le rapport complet (en anglais) :
http://www.eurodad.org/articles/default.aspx?id=757
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