"Que cherchez-vous
dans ce réseau... ?
à affamer encore davantage l'Afrique ?.."
abc Burkina n° 214
De nombreux réseaux participent aux différentes campagnes sur la souveraineté
alimentaire, ou pour des Accords de Partenariat Economique entre l'Europe et les
pays ACP (Afrique, Caraïbe et Pacifique) respectueux des besoins des
populations de ces régions. Le réseau AEFJN (en français Réseau Foi et Justice
Afrique-Europe :
http://www.aefjn.org/fr/bienvenue.htm
) en fait partie.
Depuis
1988, ce réseau international basé sur la foi et mandaté par 45 Instituts
religieux et missionnaires catholiques oeuvrant en Afrique et en Europe,
travaille à promouvoir des relations économiques équitables entre l'Afrique et
l'Europe.
Des
groupes de religieux(ses) dans différents pays d'Afrique et d'Europe, les
Antennes d'AEFJN, sont attentifs à nos préoccupations au niveau de leurs pays
respectifs, tandis que, dans l’administration de chaque Institut membre, une
personne - contact intègre nos objectifs dans les programmes de "Justice
et Paix" de l’Institut.
À
la base, comme dans les autres réseaux, le travail d'animation n'est pas
toujours facile. La bonne volonté ne suffit pas, comme en témoigne
l'échange de correspondance entre deux membres de ce réseau que nous vous proposons.
Nous le publions car il rend bien compte des réactions, que nous pouvons
percevoir. Et il montre à l'évidence, la nécessité d'être le plus clair
possible, et de s'assurer d'être bien compris. Je suis sûr que de nombreux
animateurs ont vécu et vivent de telles situations.
Voici
un premier courrier faisant état de difficultés de communautés vivant en
Afrique pour participer à la campagne : "L'Europe est vache avec
l'Afrique"
"Je profite de ce courrier pour vous
expliquer la non - participation des soeurs
de notre congrégation à la pétition contre la vente de lait en poudre par
l'Europe à l'Afrique. Nous avons des soeurs dans la région sud-est (d'un
pays africain), une région très pauvre, enclavée, que personne ne prend en
considération. Le climat y est dur, il n'y a pas d'élevage de vaches laitières
mais l'élevage de boeufs. Les soeurs sont privées de beurre par contre elles
apprécient de trouver dans les commerces du lait en poudre. Lorsque j'ai visité
les communautés de cette partie du Cameroun, je leur ai parlé du réseau foi et
justice et de la campagne menée pour le développement de l'élevage en Afrique
en interdisant la vente du lait en poudre à l'Afrique. De la part de toutes les
communautés sans exception, la réaction a été un tollé général.: "Que
cherchez-vous dans ce réseau... à affamer encore davantage l'Afrique ?.." Au point de vue intellectuel
votre démarche semble bonne, mais elle est utopique. Ce n'est pas par la
suppression de la vente de lait en poudre qu'il faut commencer mais plutôt par
l'essai de l'élevage de vaches laitières dans la région". Leur réaction
par rapport à la vente des poulets surgelés à l'Afrique avait été semblable.
Devant la colère de soeurs missionnaires face à cette pétition, il m'a semblé
plus honnête de ne pas la présenter aux soeurs de la Congrégation. Peut-être
ai-je tort ? Mais je ne suis pas assez au clair avec cette question pour
proposer aux soeurs de signer la pétition. Vraiment, je le regrette."
Voici la réponse d'un
membre du réseau de l'antenne de Paris :
"Bonjour,
Merci pour la franchise avec laquelle vous exprimez vos
difficultés ou du moins celles de vos soeurs sur le terrain.
Je suis très sensible à leur cri d'alarme concernant le lait
et je comprends que, après cela, vous ne vous soyez pas sentie en mesure de
proposer cette campagne même ici en France.
La pauvreté se tient dans un cercle vicieux et il faut
trouver la bonne entrée pour briser ce cercle. .../...
Peut-être ne nous sommes nous pas
bien fait comprendre.
Il s'agit de laisser les pays d'Afrique décider de
leur politique alimentaire qui demande:
1- À nourrir les populations au moindre coût (donc importer
pour l'appoint, et pourquoi pas d'autres pays d'Afrique plus
"laitiers" par ex)
2- Et à favoriser le développement d'une production locale
(ce qui demande du temps). et qui sera d'un coût supérieur pendant longtemps
encore.
Les campagnes demandent à l'Europe d'arrêter de subventionner les exportations qui
interdisent à l'Afrique de développer leur agriculture (maïs, poulet,
lait), et à ne pas imposer à l'Afrique l'ouverture totale de ses frontières
commerciales. Et non d'interdire d'importer !
La
solution d'un élevage de vaches laitières, dont parlent par vos
soeurs est bien dans l'axe de cette campagne, surtout si dans cette
région on élève déjà des boeufs, ce qui veut dire que ce genre d'élevage y est
possible.
Je me permets de vous renvoyer le
document à partir duquel la campagne a été présentée au Forum du 6
novembre dernier. Il vous donnera des arguments pour informer vos soeurs en
Fance et surtout au Cameroun.
Merci de nous avoir donné
l'occasion de cet échange qui montre votre engagement dans ce type de
plaidoyer.
Je vous assure de ma cordiale amitié.
Enfin, voici la réponse au courrier ci-dessus
:
Merci pour l'attention que vous avez
apportée à ma réaction... Merci aussi pour la rapidité de votre réponse et
pour les précisions que vous me donnez sur la campagne lait... Elles sont
éclairantes!...
En vous lisant, je prends conscience que
j'ai fait quelques raccourcis qui durcissent les moyens mis en oeuvre par la
"campagne lait" pour développer la production du lait en Afrique.
Par exemple lorsque je parle d'interdire
l'exportation du lait en poudre en Afrique, alors que cette campagne demande à
l'Europe d'arrêter de subventionner les
exportations qui empêchent le développement de l'agriculture en Afrique.
Cette erreur peut bloquer ceux et celles qui entendent ces propos.
Je vous ai parlé du désaccord des soeurs
de ma congrégation... par contre je veux vous partager deux autres réactions
tout à fait différentes, celle de Monseigneur X, évêque de Y. Cet évêque
est très soucieux du développement de son peuple... Il a un élevage de boeufs
(nous sommes en Afrique et non en France!)... et lorsque je lui ai parlé d'élevage
de vaches laitières dans cette région... il ne voyait pas cela impossible
Une deuxième réaction qui va aussi dans
le même sens que la précédente, c'est celle du chancelier de l'évêché de Z.
Cette solution de promouvoir l'élevage de vaches laitières dans cette région
était pour lui source d'enthousiasme. En arrivant à l'évêché de Z, il aurait
aimé élever une vache... mais l'évêque ne l'y a pas autorisé.
Je vous partage ces quelques réactions pour vous
montrer que les réunions que vous organisez au
Réseau Foi et Justice sont des lieux de prise de conscience qui nous
obligent à parler de certaines questions vitales touchant l'avenir de l'Afrique
aussi bien à nos soeurs en France qu'au Cameroun et à d'autres personnes
soucieuses du développement de ce pays.
Encore merci de votre attention et de votre réponse
En lisant cet échange
et en vous transmettant ce courrier, je me dis que notre travail en réseau
a sa raison d'être !
Koudougou, le
16 janvier 2007
Maurice Oudet
Président du SEDELAN
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