PRESENTATION DU DOCUMENT ‘LINEAMENTA’(1)
de la
Deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique.
- John Bonaventure Kwofie,
cssp
INTRODUCTION.
On m’a
demandé de présenter les ‘Lineamenta’ de la Deuxième Assemblée spéciale des
Evêques pour l’Afrique: le thème de cette Assemblée est ‘
L’Eglise en Afrique au service de
la réconciliation, de la justice et de la paix’. Le sous-thème
scripturaire, ‘
Vous êtes le sel de la terre..., Vous êtes la lumière du monde’ (Mat
5:13-14) nous rappelle le lien spécial de cette deuxième Assemblée avec la
première Assemblée spéciale des Evêques pour l’Afrique. Concrètement, c’est
affirmer que les exhortations du premier Synode sont encore valides. Le
deuxième Synode est une célébration d’un anniversaire visant à évaluer
l’impacte du premier Synode et à aider l’Eglise à faire face dans sa mission
d’évangélisation aux courants ‘déshumanisants et oppresseurs’ à l’oeuvre dans
la société Africaine. Ces courants font obstacle au travail de l’Evangélisation
et dégradent la dignité des Africains.
Je
présente quelques remarques préliminaires:
-
La dimension
ecclésiologique: nous notons, au point de départ, que l’Eglise en tant que
famille de Dieu en Afrique est le modèle ecclésiologique présent dans tout le
document. C’est comme un fil qui lie ensemble les différentes parties du
document et lui donne cohésion et direction. Il est utile de remarquer que les
‘Lineamenta’ soulignent le sens de la famille qui caractérise la vision
africaine du monde et nous amènent ensuite à voir clairement les questions qui
se posent à l’Eglise en tant que famille. L’Eglise-famille de Dieu est le signe
de la présence du Christ parmi nous. Chaque membre de l’Eglise-famille de Dieu
est impliqué dans la lutte pour transformer l’Afrique. Les Laïcs doivent
retrouver leur rôle dans cette lutte.
-
La dimension
christologique: Un second point à noter est la nature christocentrique du
document. “Regarder, voir à nouveau dans le Christ’ est présenté comme un
remède contre les malheurs de l’Afrique. Le Christ vit parmi nous dans la
Parole proclamée et dans le Pain Rompu et Partagé pour la vie du monde. Il y a
là une forte dimension charismatique qui offre une autre vision dans la
recherche de la réconciliation, de la justice et de la paix et de la libération
dont l’Afrique a besoin. Ce sont là des problèmes urgents auxquels l’Eglise
doit faire face dans sa mission d’évangélisation en Afrique.
- La
dimension politico-économique: Le
document reconnaît que nous ne pouvons pas ignorer notre passé colonial quand
nous traitons de l’histoire économique et politique de l’Afrique. En même
temps, nous ne devons pas rester figés dans notre passé et rester aveugles
devant les problèmes actuels qui contribuent aux malheurs sociaux, économiques
et politiques d’un continent favorisé par tous les facteurs de production dont
il dispose. Le commerce des armes, les guerres fratricides et civiles, la
tension politique et ethnique, le tribalisme, le bas degré de l’éducation
scolaire, les pratiques commerciales injustes, les conditions excessives
imposées par les programmes structures d’ajustement, l’exploitation, les
salaires injustes et les contrats déséquilibrés (# 14,16), etc., ont tous
contribué à la détérioration de l’ordre social et économique du continent.
Il est juste de noter que l’Afrique est un vaste
continent qui compte plus de 50 pays avec tant de diversité. Elle est aussi
grande que les Etats-Unis, le Mexique, la Chine et l’Europe mis ensemble
(Anne-Marie Frérot). La situation socio-économique et politique n’est pas la même
pour tous les pays sur le continent. Certes, quelques pays ont une situation
différente à raconter. Mais nous sommes, pour l’immense majorité, confrontés à
une réalité particulièrement inquiétante.
QUELQUES POINTS DOMINANTS DANS LES ‘LINEAMENTA’.
Le
commerce des armes.
Le commerce des armes a causé des difficultés économiques
et des souffrances indicibles, il a nourri la tension politique, il a fait se
déplacer des gens à la fois à l’intérieur des frontières de leur pays, et les à
amenés à franchir des frontières nationales, et il a été la source de risques
graves pour les civils. Des leaders politiques africains et des hommes
d’affaires sans scrupules prennent part à ce commerce de façon à maintenir leur
pouvoir et à s’enrichir à n’importe quel prix (# 17). L’achat de ces armes a
provoqué le pillage des ressources de ces pays pour payer la facture. ‘
C’est
là une grave injustice et un vol’ (#78). L’Afrique est devenue un
marché pour la vente d’armes telles que des pistolets, des fusils des mitrailleuses,
et des mines. Nous avons vu des cas terribles d’accidents dus aux mines
anti-personnelles en Angola et au Burundi. Les mines sont inhumaines et privent
les gens de leur terre et de leur infrastructure parce qu’elles échappent à
toute question de cessez-le-feu. Un rapport de la BBC du 15 mars 2000 estime à
cent millions le nombre de petites armes illicites qui circulent en Afrique. En
2000 et 2001, la Slovaquie, par exemple, a exporté des armes au Libéria et en
Angola. Beaucoup des armes exportées étaient des armes en surplus dont la
Slovaquie voulait se débarrasser alors qu’elle se préparait à entrer dans
l’Union Européenne en 2004. Les Lineamenta affirment justement que le commerce
international des armes est un facteur-clé qui maintient l’Afrique dans une
situation de guerre perpétuelle (# 17).
Le problème qui se pose à l’Afrique est comment mobiliser
ses forces pour mettre fin à ce commerce inique. En 2000, dix pays d’Afrique
(Kenya, Ouganda, Soudan, Rwanda, Tanzanie, Burundi, RD du Congo, Erythrée,
Ethiopie et Djibouti) ont signé un accord en vue d’arrêter la prolifération
d’armes légères dans la région des Grands Lacs et aussi dans la Corne de
l’Afrique. Ces pays sont d’accord pour
une coopération et une coordination accrues de leur police, et de leurs
officiels des douanes et des renseignements. La Somalie malheureusement était
absente parce qu’elle n’avait pas de gouvernement. La Somalie était absente,
hélas, par manque de gouvernement. La force de cet accord est, par conséquent,
à son plus faible point.
Le
faible degré de l’alphabétisation.
Le problème économique et politique de l’Afrique ne peut
pas être décrit sans une référence à la faiblesse de son alphabétisation. A
l’aurore de l’indépendance, seulement 16% de la population de l’Afrique était
alphabétisée. En Afrique subsaharienne, avec une population d’environ 200
millions, seulement 8000 avaient leur diplôme d’études secondaires. Il n’y
avait pas d’université dans les anciennes colonies françaises. Ce qui veut dire
que l’Afrique commença à se gouverner elle-même alors qu’il lui manquait des
professionnels formés au début des années 1960 (Meredith, 151). Le manque
d’alphabétisation sape nos démocraties fragiles et conduit à l’exploitation
injuste de nos ressources, au manque d’équilibre dans les accords commerciaux, et aboutit aussi à tromper les
cultivateurs ruraux, etc.
En décembre 2000, les Nations Unies proclamèrent les
années 2003 à 2012 la décade d’alphabétisation, et en confièrent la
coordination à l’Unesco. Le but était de diminuer de moitié avant 2015 le
nombre des adultes analphabètes. Selon un rapport de l’Unesco de 2002, quatre
sur dix Africains de l’Afrique sub-saharienne ne peuvent ni lire ni écrire. Ce
rapport estimait en outre que des 21 pays où la non-alphabétisation des adultes
est au-dessus de 50%, 13 sont situés dans l’Afrique sub-saharienne. Les femmes
non-alphabétisées en sont les 2/3 (voir ‘The Long Road to Literacy in Africa ’
sur GOTOBUTTON
BM_1_ www.unesco.org). Le directeur général de l’Unesco demande aux gouvernements à travers le
monde d’assumer leurs responsabilités dans la lutte pour un monde alphabétisé
et de garantir une éducation de base pour tous les citoyens.
Les ‘Lineamenta’ affirment que le degré d’alphabétisation
de l’Afrique continue à être le plus bas dans le monde (#15,21) dû surtout à la
détérioration du système d’éducation. Nous attendons des gouvernements
Africains qu’ils fassent preuve d’un engagement plus grand pour offrir des
facilités pour l’éducation, pour créer un environnement favorable pour les
études, et pour former de bons enseignants pour les salles de classe. La
création d’un environnement littéraire est essentiel si on veut déraciner la
pauvreté, arriver à une égalité des sexes, à poser les fondements pour une
société démocratique et assurer un développement continu.
Le
Secteur Agricole.
Les ‘Lineamenta’ considèrent
l’échec du secteur agricole comme étant l’une des causes
principales des maux socio-économiques en Afrique. Le secteur agricole en
Afrique dépend encore largement de techniques rudimentaires de production
agricole qui font de l’agriculture plus une question de survie que de
commerce. Le secteur agricole en
Afrique dépend aussi beaucoup de facteurs naturels tels que le climat et la
terre. Le climat est dur et incertain,
les pluies inadéquates, et la sécheresse un hasard constant, et par conséquent
la production alimentaire est pauvre et
inadéquate, couvrant à peine dix pour cent de ses besoins (# 16).
Le traitement du secteur agricole par les ‘Lineamenta’
nous montre une Eglise qui s’intéresse
à la question plus large du développement de la société. Tout programme
qui vise à la réduction de la pauvreté doit reconnaître le secteur agricole et
le besoin qu’il a d’une réforme. La majorité de la population de l’Afrique est
rurale et dépend largement de l’agriculture pour sa vie. L’agriculture compte
pour environ 35% du GDP du continent, et 70% de tous ses emplois. Par
conséquent, si ce secteur est négligé ou improductif, un pourcentage plus vaste
de l’Afrique est affecté négativement.
Le
Phénomène de la Migration.
Les ‘Lineamenta’ relève le phénomène de la migration (#
16) comme un autre problème qui affecte l’Afrique, comme le montrent
les multitudes de réfugiés, immigrés et
l’exode rural (# 23). Ces derniers
mois, les medias se sont intéressés à
la migration des Africains vers le nord et l’ouest. Nous avons entendu des
jeunes racontant leurs expériences effrayantes lorsqu’ils essayaient de
traverser l’océan large et profond qui sépare l’Afrique de l’Europe. Leur but
est d’échapper aux malheurs économiques de leurs pays, le manque d’emploi, des
salaires inconsistants et décourageants, la productivité basse du secteur
agricole; etc. Leur rêve est d’aller vivre en Europe, mais ils sont souvent
déçus. Ces dernières années, de plus en plus de femmes émigrent également, à l’intérieur de l’Afrique, ou en
dehors pour satisfaire leurs besoins économiques. Des femmes professionnelles
telles qu’infirmières ou docteurs sont recrutées dans le Royaume Uni, aux Etats
Unis, en Arabie Saoudite pour de meilleurs salaires. Il y a aussi le trafic
d’êtres humains, souvent des femmes ou des jeunes, pour une exploitation
sexuelle.
La migration est devenue une stratégie pour la survie
économique de la famille. Elle vide l’Afrique de ses travailleurs et
travailleuses, et de ce fait, elle réduit le niveau de la production
économique. Cela se manifeste en particulier dans le départ des personnes
éduquées. Les Lineamenta décrivent ainsi la situation en Afrique: ‘Dans une
certaine mesure, l’Afrique produit ce qu’elle ne consume pas et consume ce
qu’elle ne produit pas’. (# 16).
Le
cancer de la corruption.
Les ‘Lineamenta’ voient dans la ‘corruption’ une grave
injustice qui doit être éradiquée. Ils font remarquer que des Chrétiens sont
eux-mêmes impliqués dans cette ‘corruption’ (# 51). L’Afrique d’aujourd’hui a
besoin d’être libérée de tous les maux qui assiègent le continent, y compris la
corruption (# 74). Le secteur public est marqué par une corruption de toutes
sortes: appropriation de fonds publics destinés au développement, le transfert
de l’argent public dans des comptes en banque personnels à l’étranger. C’est là
un obstacle sérieux au développement.
Les
‘Lineamenta’ notent une ‘opposition croissante à la corruption (# 7). L’union
africaine des ministres a été d’accord pour proposer aux chefs de gouvernement
des mesures sévères pour combattre ce mal. L’Afrique aura besoin du soutien de
pays développés dont les hommes d’affaires offrent des pots-de-vin et
s’associent avec leurs partenaires africains dans ce ‘commerce’. La lutte
contre la corruption en Afrique est un
développement nouveau parmi d’autres qui méritent d’être poursuivis.
Conflits,
Violence et Guerres.
Les ‘Lineamenta’ consacrent beaucoup de temps à attirer
notre attention sur la situation horrible des conflits, de la violence et des
guerres en Afrique. La situation est en train de détruire le continent. Elle ne
permet pas un environnement pacifique favorable au développement, elle fait
entrer de force les gens dans une crise de réfugiés, elle provoque la faim et
est la cause de souffrances inutiles et de maladies de toutes sortes. Elle
humilie les gens. C’est une contradiction de parler de l’Afrique comme ayant un
sens profond de la famille, de la solidarité et de l’amitié, tandis qu’on voit en même temps tellement de
guerres, de massacres de génocides ethniques, fraternels et régionaux (# 36).
Le message des ‘Lineamenta est clair, ‘vous êtes frères et soeurs’ (voir
Matthieu 23:8), arrêtez les guerres (#40). Faire en sorte que ce message
atteigne les coeurs de tous les Africains est un appel fait à l’Eglise en tant
que famille de Dieu (# 13).
Les faits suivants nous aideront à comprendre la gravité
de la situation:
- Dans
l’est de la
RD du Congo, le pays a
été dans une situation de guerre depuis huit ans: 20 groupes armés, venant de
neuf pays se battent pour contrôler les ressources minières et le bois de la
région. Environ 4 millions de gens ont été tués, faisant ainsi de cette guerre
le conflit le plus meurtrier après la deuxième guerre mondiale. Dans cette
partie du Congo, il n’y a pas de routes en dur, les ponts ont été détruits, les
gens vivent dans la boue et dans des huttes de chaume. Faim et maladie
dominent. Rien ne fonctionne.
- Des
millions de gens, dans la région du
Darfour
au Soudan vivent dans des camps sans abris. D’autres sont morts dans ce
qu’on a appelé un génocide: des Arabes nomades et des non-Arabes, en majorité
des cultivateurs s’opposent les uns aux autres dans une région où terre et eau
sont rares. Derrière ce conflit, il y a le conflit entre le gouvernement et les
groupes rebelles du sud sur la question du partage des ressources venant du
pétrole.
- La
Somalie s’est désintégrée dans un chaos
sanglant qui dure depuis plus de 15 ans, et le pays n’a pas encore de
gouvernement.
-
‘L’Armée de la Résistance du Seigneur’ au Nord de l’
Ouganda continue à entretenir le chaos qui a conduit à la mort de
12.000 personnes et 1 Million 4 se sont enfuis pour sauver leur vie. Environ
20.000 enfants ont été pris comme soldats ou esclaves sexuels.
- L’
Angola a connu, entre 1974 et 2002, la guerre entre trois
groupes différents; une guerre qui servait en fait les intérêts des Etats Unis
et de la Russie. Ce fut la plus longue guerre civile en Afrique.
- Au
Sierra Leone, le Front Uni
Révolutionnaire et les forces gouverne-mentales se sont battues entre 1991 et
2002 pour le contrôle du pays et des diamants. Le FUR utilisait les diamants
pour acheter des armes et le soutien mercenaire de Charles Taylor dans le
Liberia voisin. Le conflit enrôla a grand nombre d’enfants soldats et amputa
les jambes et les bras de nombreux civils. Les diamants étaient appelés
‘diamants de sang’.
- Il y a
eu deux guerres civiles successives au
Libéria
entre 1989 et 2003. Les belles forêts du Libéria sont appelées ‘forêts de
sang’.
- En
1994, 800.000 Tutsi et civils Hutu modérés ont été massacrés par les milices
Hutu armées de machettes au
Rwanda.
Le génocide est devenu l’un des conflits les plus notoires du 20ème siècle.
Entourés
de guerre, les bidonvilles Africains, dépourvus de bonnes installations
sanitaires d’eau portable et d’habitations décentes et solides se développent
plus rapidement que dans le reste du monde (Jason Beaubien,
Wars Hamper Social Progress Across Africa.
Visiter le site
http://www.npr.org;
Jennifer Brea,
Your Guide to World News,
http://worldnews.about.com). Au milieu de tout cela il est facile de comprendre
pourquoi le développement de l’Afrique stagne, est retardé ou gravement en
récession. Sans la paix, il n’y a pas moyen de promouvoir un développement
durable.
Le
concept de ‘Gérance’ et spiritualité d’engagement.
Face à cette situation de détresse, l’introduction du
concept de ‘gérance’ dans les Lineamenta se comprend bien (# 43, 44, 45, 89).
Dès le début, Dieu nous a créés et nous a confié la tâche de ‘gérants’ de sa
création (cf. Gen 2:15; Psaume 8; Sagesse 9:1). Faisant partie intégrante de ce
ministère de ‘gérance’ il y a la responsabilité de cultiver la terre et de
jouir de ses fruits. L’Afrique ne peut jouir des fruits de la terre que
lorsqu’elle a établi la condition fondamentale qui permettra aux Africains
d’avoir leur part dans le développement et de la mettre au service du bien
commun (# 44). Quand le sens de ‘gérance’ manque, la société se désintègre.
C’est dans cette même ligne que les Lineamenta nous
invitent à développer une spiritualité d’engagement (# 88). Selon St Thomas,
une vraie adoration de Dieu doit conduire à une authentique vie chrétienne.
Notre mission d’intendant est une expression de notre engagement à partager
l’acte créateur de Dieu. Partager l’acte créateur de Dieu implique une vive
conscience dans l’accomplissement de nos devoirs individuels. L’amour doit sanctifier
notre travail.
Les
Impératifs d’une bonne ‘Gouvernance’.
Il est essentiel qu’il y ait ‘bonne Gouvernance’ (# 11,
46). Un gouvernement qui soit responsable, transparent, dialoguant, ouvert à la
participation, cherchant le consensus, équitable, inclusif, efficace et fidèle
à la Loi (
www.unescap.org).
Tout en affirmant que le bien commun est la
responsabilité à la fois de l’Etat et de ses citoyens, les ‘Lineamenta’
soulignent la responsabilité de l’Etat pour assurer qu’il y ait ‘cohésion,
unité, et organisation’ dans la société et que tous ses citoyens contribuent au
bien commun (#46). Empruntant à ‘Ecclesia in Africa’ les Lineamenta soulignent
que la ‘bonne administration’ est urgente dans la vie politique, économique et
culturelle du continent. Ils
encouragent ‘la création d’Etats
légalement constitués en Afrique’ (# 12.13 cf. EA # 112) pour promouvoir la
démocratie et la fidélité à la Loi. La décadence s’installe quand la ‘bonne
gouvernance’ fait défaut. Même quand vous avez accompli quelque chose, rien ne
dure quand il n’y a pas de ‘gouvernance’ (James O’Connell,
A Continent in Transition).
L’Education
du Laïcat.
L’insistance des Lineamenta sur l’importance de
l’éducation du Laïcat est une contribution importante. Le sous-titre, ‘Le sel
de la Terre’, souligne le rôle que des laïcs peuvent jouer spécialement ‘là où
seul un ou une laïc peuvent rendre l’Eglise présente’. S’inspirant du premier Synode, les Lineamenta
centrent leur attention sur les Catholiques dans la vie publique
(professionnels ou enseignants, hommes d’affaires ou fonctionnaires, agents au
service de l’observance de la loi, ou politiciens: tous ces catholiques doivent
témoigner de leur foi (EA # 108). La bonne gouvernance est la responsabilité de
tous les secteurs de la société, mais elle demande la formation d’une saine
conscience politique et morale pour l’exécuter.
Les Lineamenta invitent les Eglises locales à établir des
structures de formation dans lesquelles on aidera le laïcat à prendre
conscience de leur responsabilité dans la vie économique et politique et où le
laïcat sera équipé des outils intellectuels pour protéger et promouvoir leur
droits civiques, politiques et sociaux (# 66). Le document aussi appelle
l’Eglise en Afrique à trouver les moyens pour encourager ‘les politiciens
honnêtes qui sont décidés à protéger le patrimoine commun contre toutes les
formes de gâchage et de vol’ (# 15). Cette invitation fait écho à l’appel fait au premier Synode ‘pour de saints
politiciens et chefs de gouvernement qui aiment profondément leur peuple et
désirent le servir plutôt qu’être servis’ (EA # 111).
Réconciliation,
Justice et Paix.
Cela nous amène à la question de la réconciliation, de la
justice et de la paix, un thème central dans les Lineamenta. Quand on pense aux
guerres, aux conflits et à la violence en Afrique, le thème de la
réconciliation, de la justice et de la paix ne peut pas ne pas être
d’importance primordiale dans l’agenda d’un Synode qui avait pour but d’ouvrir
des chemins pour la transformation de l’Afrique. L’Eglise n’est pas seulement
un lieu privilégié où le sujet de la réconciliation et du pardon peut être
traité (# 6) mais encore un ambassadeur envoyé au monde pour plaider en faveur
du pardon, de la réconciliation, de la justice et de la paix. La mission de
chaque membre de l’Eglise est d’être un signe du Christ notre réconciliation,
notre justice et notre paix.
Les Lineamenta insistent sur le fait que travailler pour
la réconciliation, la justice et la paix pourrait être un domaine où les trois
religions principales en Afrique, les Religions Africaines Traditionnelles,
l’Islam et le Christianisme pourraient collaborer. Il ne peut pas y avoir de
paix sans la collaboration de ces religions (#24). Toutes les trois religions
contiennent les éléments nécessaires pour faciliter le dialogue et le service
du continent. Lié à cela est le projet pour l’
éducation pour la paix (# 76). ‘La non-violence et la paix sont des
entités culturelles; elles doivent être bâties, enseignées, apprises’. Par
conséquent, nous ne pouvons pas laisser la recherche de la paix à des
individus. Ce doit être une action collective.
La
mort des masses.
On s’attendrait à ce qu’un document centré sur la
transformation de l’Afrique consacrerait une attention considérable à la
pandémie du Sida. A première vue, il n’en est pas ainsi. Le Sida est mentionné
seulement une fois comme une ‘situation troublante’ (# 8). Mais la situation
est plus grave que cela. L’Afrique
sub-saharienne semble être la région la plus infectée par HIV et le Sida dans
le monde. Le Sida a tué plus de gens en Afrique que les conflits. On estimait à
24.5 millions de personnes qui vivaient avec HIV à la fin de 2005, et environ
2.7 millions de nouveaux cas apparaissent chaque année. L’année passée 2
millions de personnes sont mortes de cette épidémie. Plus de 12 millions
d’enfants sont orphelins à cause du Sida (UNAIDS, “
2006 Report on The Global AIDS Epidemic »). Les dix années à
venir seront plus terribles parce que tous ces cas d’infection aboutiront à la
mort. Il est impératif que la communauté internationale développe massivement
la prévention, le traitement et les soins demandés par cette épidémie. Les
masses meurent pendant que les compagnies pharmaceutiques continuent à faire de
‘la politique’.
En 1999, les Etats Unis menacèrent l’Afrique du Sud de
sanctions commerciales parce que l’Afrique du Sud essayait de développer des
remèdes génériques et moins chers pour lutter contre le Sida, etc. La Recherche
Pharmaceutique et les Fabricants d’Amérique (PhRMA) et les compagnies comme
Bristol-Myers Squibb, Glaxo-Wellcome et Pfizer qui travaillent dans l’industrie
des remèdes contre le Sida accusèrent l’Afrique du Sud de violer les règles de
l’Organisation du Commerce Mondial. Et pourtant, l’Afrique du Sud voulait
simplement faire face à une situation urgente en produisant des remèdes moins
chers, ce qui ne viole en rien les règles de l’Organisation du Commerce
Mondial. Il est évident que le but inavoué des compagnies pharmaceutiques est
le ‘profit à tout prix’ tandis que les masses continuent à mourir. La pression
des compagnies pharmaceutiques continue ( GOTOBUTTON BM_5_
www.globalissues.org).
AUTRES QUESTIONS IMPORTANTES.
L’initiative
‘NEPAD’.
Idéologiquement parlant, l’année 2002 pourrait être
appelée l’année du grand nouveau commencement. Ce fut l’année où fut lancé New
Partnership for Africa’s Development (Le Nouveau Partenariat pour le
Développement de l’Afrique) (NEPAD) et ‘l’Union Africaine’ (AU). NEPAD a été
baptisée ‘le programme économique de l’Union Africaine’. Le lancement de ces
deux institutions provoqua tellement de débat pour savoir si oui ou non,
l’Afrique faisait maintenant face aux défis du développement. Le contenu de
NEPAD ne semblait pas clair. Les gens,
par conséquent, devinrent soupçonneux. Ces soupçons nourris par l’évaluation de
cette nouvelle initiative économique étaient basés sur les échecs des
politiques économiques précédentes; le Plan d’Action de Lagos (LPA) des années
1980, le Cairo Agenda des années 1990, le Plan OMEGA d’Abdoulayed Wade du
Sénégal, le Millennium Plan of Action de l’année 2000 de Thabo Mbeki, les
politiques d’ajustement structurel domestique (PAS), etc. De même, la
Commission Economique de l’Afrique établi par les Nations Unies en 1958;
destinée à aider à articuler les plans de développement national et régional, à
fournir une coopération technique, et à soutenir les luttes anticoloniales de
l’OAU, cette Commission ne semble pas avoir abouti. Sur un plan plus pratique,
les Africains ont perdu confiance dans leurs leaders politiques et craignent
que NEPAD soit un autre programme élaboré pour distraire la population, et ne
soit pas un programme sérieux élaboré pour faire face à la situation de
l’Afrique.
En réalité NEPAD n’est pas un programme totalement
nouveau de partenariat. Quelques autres programmes l’ont précédé. L’UN-PAAERD
(1990-98) fut le premier programme systématique de partenariat avec la
communauté internationale basé sur ‘le principe d’engagement mutuel, de
responsabilité et de coopération’. La communauté internationale, à travers
l’UN, devait mobiliser des ressources et les gouvernements Africains devaient
participer en mettant sur pied des organismes gouvernementaux pour mettre le
programme aux niveaux national, sous-régional et régional (Africa and
Development, 97).
En dépit des critiques, la fondation du NEPAD atteste
deux choses: a). L’Afrique est parvenue à réaliser le lien entre gouvernance et
développement, et b) Les pays Africains doivent travailler ensemble pour surmonter
la crise économique du continent. La questions reste encore valide; est-ce que
le NEPAD va marcher?
L’Afrique
et la communauté internationale
Tous les indicateurs socio-économiques prouvent que
l’Afrique a besoin de la collaboration de la communauté internationale pour
combattre les courants qui militent contre le développement du continent. Ces
dernières années, et spécialement grâce à l’initiative du NEPAD, une nouvelle
prise de conscience du fait que l’Afrique appartient à l’Afrique grandit en
Afrique. Cette prise de conscience devra être complétée par un processus
interactif de partenariat par la communauté internationale. L’Afrique devra
sans aucun doute employer ‘ses abondantes ressources naturelles pour un
développement soutenu qui permette à l’Afrique de se suffire à elle-même’, de
telle façon qu’elle puisse bénéficier des avantages du commerce et de
l’industrie (TICAD, Tenth Anniversary Declaration Sept 2003). Dans une telle
entreprise, nous attendons des leaders politiques des pays Africains qu’ils
exercent ‘une leadership engagée et progressive’, pour faire face au défi de la
collaboration et de la coopération avec les partenaires des pays développés.
Dans ce modèle de partenariat, la communauté internationale devra collaborer
avec l’Afrique de façon à consolider la paix qui progresse en Afrique et à
mettre fin aux conflits en cours. La communauté internationale ferait beaucoup
de bien à l’Afrique si elle prenait des mesures pour arrêter le trafic illégal
d’armes légères et destructrices en Afrique. Lisa Misol, une chercheuse de la
« Arms Division » of Human
Rights Watch disait que ‘NATO et les membres de la communauté européenne
pourraient faire davantage pour arrêter ce trafic illégal’.
CONCLUSION: Investir pour casser le piège de la pauvreté.
Pour conclure notre réflexion, je voudrais souligner,
dans un résumé, l’impact que les
Lineamenta veulent avoir. A la lumière de nos considérations, nous
pouvons voir que l’Eglise en Afrique fait preuve d’une grande attention pour la
situation déplorable de l’Afrique, et entend s’engager pour aider à identifier
les causes profondes des problèmes, et quels efforts pourraient être faits pour
changer la situation. L’Afrique a besoin de faire sept « investissements
capitaux » si elle veut casser le piège de la pauvreté qui
emprisonne le continent. Ces investissements sont identiques aux objectifs
fixés par le
UN Millennium Summit en
septembre 2000 et qui doivent être réalisés en 2015. Ils répondent aux
principaux défis au développement du monde. C’est ce qu’on appelle le
Millennium Development Goals. Jeffery
Sachs, dans son livre,
The End of Poverty, énumère six investissements capitaux. Mais je crois qu’un septième est
nécessaire; l’investissement dans le domaine spirituel. L’ordre dans lequel cette
liste est présentée ne donne pas de mérite ou de valeur spéciale à aucun type
d’investissement. Dans des circonstances normales, nous nous attendrions à ce
que tous les facteurs soient combinés de façon à contribuer à faire de la
pauvreté une réalité de l’histoire.
- Le
premier investissement est dans
le
secteur public. Les pays Africains ont besoin d’un système judiciaire et
politique qui fonctionne, qui promeuve les droits de l’homme et assure le bon
fonctionnement des démocraties et de l’application de la Loi. Nous désirons
voir un commerce et des lois commerciales qui protègent nos ressources humaines
et naturelles contre l’exploitation.
- Le
deuxième investissement est dans
le
secteur de la santé pour assurer et développer la santé des citoyens et
assurer une bonne qualité de vie. Un programme efficace pour la prise de
conscience de la santé publique aidera à réduire les contagions qui menacent la
population. Une bonne santé et une nourriture équilibrée conduiront à une bonne
productivité économique. Le
Millennium
Development Goals propose trois objectifs qu’on peut grouper sous le
chapeau de la santé: réduire la mortalité infantile (Objectif # 4), améliorer
la santé nationale (Objectif # 5), et lutter contre le VIH/SIDA, le paludisme
et autres maladies (Objectif # 6).
- Le
troisième investissement est dans
le
secteur des affaires: il doit assurer que les outils et équipements
nécessaires pour les services de l’agriculture et de l’industrie et de la
production, existent et sont abordables.
- Le quatrième
investissement doit se faire dans la mise en oeuvre de
l’infrastructure du pays.
De bonnes routes, l’électricité, l’eau, les installations sanitaires, le
système de télécommunication, etc. sont autant d’installations critiques pour
améliorer les services de tout pays.
- Le
cinquième investissement doit se faire dans
le capital naturel et faire face au problème de la fertilité en
diminution du sol dans la terre cultivable en Afrique, et protéger les réserves
d’eau et les forêts. La variabilité climatique est un défi énorme. La plupart
des contrées auront besoin d’un système d’irrigation pour soutenir et
développer la production agricole. L’objectif # 7 de
Millennium Development Goals est d’assurer une durabilité
environnementale.
- Le
sixième investissement devra se faire dans
le
domaine de l’éducation. Le but sera
d’établir un bon système d’écoles, de promouvoir science et technologie, de
développer l’éducation professionnelle, et d’encourager la recherche. Il y aura
là une source de force soutenue pour l’amélioration sociale et le développement
humain. Le MDG # 2 met l’accent sur la nécessité de parvenir à une éducation
primaire universelle.
- Le
septième investissement se fera dans
le
domaine spirituel. C’est la capacité de pardonner, de se réconcilier, de
repartir, et de travailler pour la justice et la paix. Cela apporte une
libération réelle et la guérison à notre société ‘blessée’. Ces valeurs sont le
fondement sur lequel peut être bâtie une saine vie sociale, économique et
politique dans tout pays et elles sont essentielles pour le progrès. Cependant,
on ne les obtient pas du soir au matin. L’Eglise en tant que Famille de Dieu
fait face à ce défi dans sa mission d’évangélisation.
Généralement parlant, les Lineamenta affirment deux
choses: a) Les leaders Africains ont pour tâche première de chercher une
solution africaine aux problèmes de l’Afrique (# 7). Les gouvernements
individuels ont besoin les uns des autres dans cette entreprise, b) l’Eglise,
le Sacrement du Christ, se reconnaît elle-même comme ‘une communauté qui
guérit, réconcilie, pardonne et encourage’ (# 40). En même temps, elle ne peut
pas le faire seule mais en collaborant avec les autres religions du continent.
Questions
pour une réflexion ultérieure:
1. Quelle direction les Lineamenta donnent-ils pour que l’Afrique puisse
contribuer efficacement à la reconstruction en Afrique?
2. Quels sont les points majeurs qui sont
absents des Lineamenta.
3. Il y
a eu de nombreuses initiatives pour tirer l’Afrique de ses difficultés
économiques. Pourquoi ces initiatives
n’ont-elles pas réussi?
Bibliographie
1. Adesina, J.O. ed.2005,
Africa and Development challenges in the New Millennium.
2. Beaubien, Jason,
Wars Hamper Social Progress Across Africa. Visit GOTOBUTTON
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http://www.npr.org.
3. Brea Jennifer, ‘
Africa’s civil Wars’, GOTOBUTTON
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4. Meredith Martin, 2006,
The State of Africa.
5. O’Connell James,
A Continent in Transition
6. Sacks Jeffery, 2005,
The End of Poverty
7. UNESCO Report, 2002,
The Long Road to Literacy in Africa, Visit GOTOBUTTON
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www.unesco.org