NOUVELLES DE MISSIONNAIRES

Journal d’Armel reçu ce 19 Janvier 2009

Père Armel DUTEIL
Mission Catholique - BP 2016
CONAKRY - (Guinée)
Tél. : 00224 64 40 92 18
CCP NANTES 3832.64 A
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Mardi 9 Décembre :

Au retour, bien des choses m’attendent. En particulier pour les activités contre le SIDA qui se continuent et pour la célébration du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, demain. Je prends d’abord le temps de saluer Jean-Louis et Jacqueline qui sont venus nous donner un coup de main pour la Procure et les autres services de l’Archevêché. Ils nous ramènent le calendrier 2009 sur le thème du prochain synode pour l’Afrique : Réconciliation, Justice et Paix qu’ils ont imprimé pour nous.

Nous allons pouvoir le mettre en vente immédiatement. Jean-Louis et Jacqueline m’ont apporté quelques « victuailles » (saucisson, fromage) introuvables ici ! Cela permettra de marquer le coup pour les fêtes de Noël ! Ensuite, je me dépêche de rejoindre l’Evêque, car il y a de nombreux problèmes en suspend à régler ; ça se fera au fur et à mesure. 

Mercredi 10 Décembre : 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

C’est important pour nous. Pour la première fois, cet anniversaire sera célébré en Guinée, à l’intérieur du pays, dans le Fouta Djalon, à Lake. À Conakry, une conférence est donnée à l’université par Andréa RICCARDI, le responsable de Sant Egidio, organisation qui travaille beaucoup pour la paix et la réconciliation en Afrique. Pour moi, plus prosaïquement, je continue mes interventions dans les différentes classes du lycée de Dixina pour présenter la commission « Justice et Paix ».

C’est important pour faire réfléchir les jeunes à la situation actuelle du pays et à leur responsabilité. J’espère installer une Commission Justice et Paix au sein du Lycée. On verra ! 

Jeudi 11 Décembre :

Les actions et manifestations contre le SIDA se continuent. Dimanche, il y a eu un grand rassemblement dans la paroisse de Nong comme prévu. Un autre se prépare pour demain. Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec les 12 animateurs qui suivent une centaine de personnes vivant avec le SIDA.

Nous faisons le point sur les actions menées qui sont très délicates et ne vont pas sans poser de nombreux problèmes. Nous échangeons nos idées pour améliorer nos façons de faire.

Je trouve un moment pour parler avec Nuno, responsable du SCD (Service de Coopération et de Développement) qui est venu visiter les volontaires envoyés par son Organisation, en Guinée. En particulier Bernard, responsable de l’atelier de soudure, Savoir-Fer, pour les enfants de la rue.

Nous faisons le tour des activités, visitons l’atelier pour contacter les formateurs et apprentis, évaluons les façons de faire et allons voir l’Evêque pour préparer l’avenir.

Je suis très heureux de revoir Nuno, car nous nous connaissons depuis plus de 30 ans et j’ai participé à plusieurs sessions de préparation au départ des volontaires, dans les années 1976-1979 et encore, lors de mes congés, plusieurs fois par la suite. Nous parlons de ces trois années, que j’ai passées en France en animation missionnaire : d’abord avec les travailleurs immigrés, les étudiants africains et à propos des relations avec les autres religions ; mais aussi dans les écoles et quartiers, auprès des Français, sur les problèmes du développement, et dans les paroisses et Mouvements, sur la vie des autres Eglises. Je garde un excellent souvenir de ce travail, en particulier avec les jeunes, français ou étrangers. 

Souffrances de cinq Camerounais. Je me prépare à partir au Lycée présenter la Commission Justice et Paix, quand arrivent deux Camerounais qui me racontent leur histoire. Avec trois autres amis, ils mangeaient tranquillement chez eux, à côté d’un bar, quand arrivent des militaires, dont le meneur de la mutinerie, d’il y a quelques mois. Ils étaient sans doute saouls et drogués, en tout cas ils ont sérieusement tabassé le propriétaire du bar. Quand ils se sont aperçus que ces cinq Camerounais avaient été témoins de l’affaire, ils les ont furieusement frappés en les accusant d’avoir volé un rétroviseur de leur voiture. Ils leur ont tout pris : téléphones portables, argent, papiers, passeports…. Et les ont amenés au camp. Là, ils ont continué à les frapper, à leur verser de l’acide de batterie sur le corps et à les menacer en leur disant que de toutes façons ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient, personne ne pourrait rien leur dire. Finalement, ces Camerounais ont été chassés du camp, mais ils continuent à être menacés et se retrouvent sans protection. Le certificat médical qu’ils ont fait établir à la sortie du camp a été pris par la police. Bien sûr, ils voudraient rentrer au Cameroun, mais ils n’ont plus aucun papier. Ils ont été voir une association des droits de l’homme qui leur a dit qu’on ne pouvait rien faire pour eux. Ils ont été au HCR, mais on leur a dit qu’ils ne sont pas déclarés comme réfugiés. Alors, ils sont venus me voir. Avec l’Evêque et Roberto, l’aumônier de prison, nous avons cherché ce que nous pourrions faire. En Guinée, il n’y a ni ambassade, ni même consulat du Cameroun. Il faudrait aller à Dakar ou Abidjan. Il y a bien une association des Camerounais, mais le président a été menacé par les militaires et depuis il a peur. Nous contactons le CICR (la Croix Rouge) pour qu’ils aient au moins un laisser - passer, mais ils ne peuvent pas les recevoir avant lundi prochain. Nous leur assurons le maximum de protection et de moyens de vivre. Mais il reste le coût du voyage pour le Cameroun : 2.000 € pour cinq personnes. Bien sûr, cela dépasse nos possibilités. Nous allons nous tourner les Caritas (Secours Catholique) d’Allemagne et des Etats-Unis. Roberto va suivre les affaires, car je dois absolument aller à BOFFA pour préparer les fêtes de Noël.

 

Vendredi 12 Décembre : Ordination épiscopale du nouvel Evêque de NZEREKORE, Raphaël GUILAVOGUI.

C’est une célébration très importante, car il n’y a que trois diocèses dans toute la Guinée (90 % des Guinéens sont musulmans) et nous attendions la nomination de cet évêque depuis longtemps. Bien sûr, je suis invité, mais il y a deux jours de voyage à faire, sur une route très mauvaise (c’est à la frontière de la Côte d’Ivoire) et je n’ai vraiment pas le temps d’y aller, vu tous mes engagements. Nous espérons que cette nomination permettra un nouveau démarrage du diocèse. Et qu’elle fera grandir les liens et une vraie collaboration entre tous les Chrétiens de Guinée. Car il y a une grande mobilisation à cette occasion. C’est important que cela continue ! 

Samedi 13 Décembre : Je retrouve les animateurs - jeunes pour la prévention du SIDA.

C’est un groupe qui travaillait très bien, du temps où il était soutenu financièrement par une ONG Américaine. Mais le soutien s’est arrêté et les activités aussi ! Et vu les conditions économiques dramatiques du pays, on ne peut pas leur demander de travailler à plein temps, bénévolement. C’est un problème auquel nous nous trouvons confrontés en permanence. Il y a énormément à faire, mais les moyens manquent. Nous voyons comment relancer les activités malgré tout. Non pas à temps plein, mais en profitant des occasions qui se présentent dans leurs différentes activités. Pas seulement pour parler du SIDA, ce qui est facile, mais pour participer à une véritable éducation sexuelle des jeunes, ce qui est moins simple. Et aussi leur donner le courage et les accompagner pour passer un test de dépistage. C’est la première fois que je rencontre les membres de ce groupe et ils semblent très heureux de cette rencontre qui les relance. Nous allons continuer. 

Jeux éducatifs aux droits de l’homme et de l’enfant.

Je vous en ai déjà parlé plusieurs fois. Nous les avions composés au Sénégal avec Amnesty International. Je les ai adaptés à Mongo à la culture des Kissiens, traduits en anglais pour les utiliser dans les camps de réfugiés du Libéria et Sierra Leone, et aussi en Kissi, en Kono et en Menda, trois langues de la Forêt.

Depuis que je suis venu à Kataco, je n’ai pas eu la possibilité de les faire utiliser, faute de moyens pour prendre en charge les animateurs. Je suis maintenant sur une piste. Mais le pays a beaucoup changé à cause de tous les événements de ces deux dernières années, et puis Kataco ce n’est pas la Forêt du sud de la Guinée. Et Conakry non plus. Nous avons commencé à jouer ce jeu avec les enfants de l’internat de Boffa pour observer comment ils réagissaient ; maintenant, avec l’aide des deux commissions nous cherchons comment les repenser pour la situation nouvelle dans laquelle nous nous trouvons actuellement ; et il faut les repenser presque complètement. C’est à cela que j’occupe mes soirées depuis quelque temps, ainsi que mes quelques autres (rares) temps libres. 

Dimanche 14 Décembre : Justice et Paix.

Ce matin, je pars dans une paroisse que je n’ai pas encore visitée à Conakry (il y en a 19 pour la capitale). J’y viens pour lancer une commission « Justice et Paix ». J’en dis quelques mots aux annonces et nous nous retrouvons avec les volontaires après la messe. Ils sont nombreux à être restés, beaucoup de jeunes, et ils semblent décidés. Nous mettons donc tout de suite en place les actions à mener. Dans toutes les communautés de quartier, les différents groupes et mouvements, ils vont d’abord mener une enquête pour voir les situations d’injustices et de manque de paix autour d’eux. Dans un mois, un délégué de chaque groupe viendra apporter les résultats de leur enquête et ils en feront une synthèse. À partir de là, ils décideront des premières actions à mener. Avant de les quitter, je me retrouve avec Joseph, membre de la commission diocésaine qui continuera à les suivre, et avec le conseil paroissial. Puis je pars à la gare routière, où j’attends 4 heures avant que le taxi-brousse pour BOFFA se remplisse. Car on ne part jamais avant que le taxi soit plein : il faut rentabiliser le voyage. C’est vrai que ça ne coûte pas cher : 20.000 FG, soit 3 € pour 150 km, bien qu’un litre d’essence coûte près d’1 €, malgré la dernière diminution. Alors, pour s’en sortir, il faut charger à bloc : 7 personnes dans une petite berline, 10 dans un break ! J’arrive en pleine nuit, mais pas besoin de réveiller mes confrères, j’ai les clés !  

 

Lundi 15 Décembre :

Le matin, à 6 heures 30, je dis la messe pour la paroisse. Il n’y avait pas eu de messe en semaine depuis le 2 Novembre. (Le dimanche, les prêtres du Noviciat viennent). Et dès 8 heures, je pars justement au Noviciat pour commencer ma session sur le célibat consacré et la vie religieuse. 

Pendant toute la semaine, j’anime donc cette session sur le célibat consacré (religieux) avec les six novices. Ce temps de noviciat est un temps de formation spirituelle et de préparation à la vie religieuse et missionnaire. Il est important de poser des bases solides. En particulier pour qu’ils puissent vivre leur célibat d’une manière heureuse et épanouissante. Une semaine entière, ce n’est pas trop et cela se passe très bien car ces novices sont de jeunes adultes qui ont déjà terminé le premier cycle de leur formation et fait un stage en pays étranger. Ils sont, de plus, motivés et engagés. Cela me fait aussi du bien à moi-même de vivre cette session et ça me rajeunit !

Mais je ne suis pas revenu à BOFFA depuis début Novembre. Il y a donc beaucoup de choses à voir. Il faut aussi continuer les formations, réorganiser les activités et relancer la paroisse. Aussi, chaque jour à 17 h, je quitte le noviciat pour rencontrer un groupe différent.

Ce lundi, je commence par les catéchistes. La catéchèse a commencé dès le lancement de l’année scolaire et se déroule normalement. Ce qui est un bon point. Mais il y a quand même beaucoup à améliorer. D’abord le suivi par les parents de la catéchèse donnée aux enfants. Ensuite, le soutien par les parrains et marraines, car chaque enfant (et adulte) doit avoir un parrain ou une marraine dès le début de sa catéchèse ; mais cela a de la peine à se mettre en place. Les problèmes ne manquent pas non plus du côté des catéchistes. La catéchèse est encore trop un enseignement théorique et moralisant. Alors qu’il s’agit de faire découvrir une personne, le Christ, et une Bonne Nouvelle, l’Evangile. Il ne suffit pas de les connaître théoriquement, mais d’en vivre. Nous voyons comment améliorer notre éducation religieuse. En effet, les catéchistes parlent trop et ne font pas assez participer les enfants. Nous cherchons aussi comment aider les enfants à vivre pendant la semaine ce qu’ils ont découvert pendant la catéchèse (mettre en pratique ce qu’ils ont appris). Et comment évaluer, la semaine suivante, ce qu’ils ont vécu ; ce n’est pas facile et les catéchistes n’y sont pas habitués. Ils auraient plutôt tendance à faire la catéchèse simplement comme on enseigne les matières profanes à l’école. C’est plus facile ! Mais, comme tous, nous cherchons à faire pour le mieux, j’ai bon espoir. Nous évaluerons tout cela à ma prochaine visite

 

Mardi 16 Décembre : Les communautés de quartier.

Ce soir, rencontre avec la communauté du quartier ALMAMIYA. Là, il y a vraiment beaucoup à faire. À mon dernier passage, j’avais longuement expliqué ce qu’est une telle communauté. Les gens m’ont assuré qu’ils avaient bien compris et qu’ils étaient d’accord. Mais pour passer à la réalité, c’est autre chose ! Au lieu de voir les situations d’injustice dans le quartier, les personnes à aider et les réconciliations à faire, on passe toute la réunion à parler du repas à préparer pour l’offrir aux novices samedi prochain. Et cela accompagné d’attaques personnelles, de jalousies et de sous-entendus. Je leur dis ce que j’en pense et nous voyons comment faire à l’avenir. Mais il faudra reprendre les choses en profondeur samedi, à la rencontre du conseil paroissial.

 

Mercredi 17 décembre 2008 : Rencontre avec l’équipe apostolique (prêtres et religieuses).

Là aussi, suite à des maladies et différents problèmes, notre équipe s’est aussi distendue. Le problème est d’ailleurs général et nous en avons parlé à la session pastorale de lancement de l’année autour de notre Evêque.

L’équipe des religieuses a changé et je suis également nouveau dans la paroisse. Nous faisons le tour des différentes activités de la paroisse et nous voyons donc comment répartir nos différentes responsabilités. Mais nous voulons baser notre engagement sur la prière : nous décidons de réciter ensemble l’office (le bréviaire) tous les matins à l’église, avant la messe, et tous les soirs chez les sœurs. C’est très important pour nous et nous y tenons. 

L’école primaire.

À midi, j’ai été obligé de laisser la session pour venir régler un certain nombre de problèmes. D’abord la question des salaires. Nous avons prévu une augmentation de salaires à partir du 1er Janvier. Ils vont passer en moyenne de 150.000 à 200.000 francs guinéens (environ 30 euros). C’est insuffisant, mais c’est le maximum que nous pouvons faire sans trop augmenter la scolarité des élèves. Sinon, les parents pauvres n’enverront plus leurs enfants à l’école et l’enseignement sera réservé aux enfants de familles riches, ce que nous voulons à tout prix éviter. Nous sommes pris entre deux feux, et ce n’est pas facile de tenir les deux fronts en même temps.

Il y a aussi des tensions à régler. Nos deux stagiaires nigérians, venus pour relever l’école et l’internat, font très bien leur travail, toutefois il y a beaucoup de choses à changer et ce n’est pas facile d’abandonner les habitudes passées et le laisser-aller. Nos deux stagiaires sont exigeants et ils ont raison, mais cela entraîne un certain nombre de tensions qu’il faut apaiser. Il faut du temps et beaucoup de tact !

Les fuites aux compositions. Un des enseignants a vendu à l’avance à certains parents les sujets des compositions pour que leurs enfants aient de bonnes notes. Cela est absolument inadmissible. Nous parlons longuement du problème et décidons de commencer les compositions à la rentrée de janvier. Il va falloir sévir, car, en plus, nous nous sommes aperçus que ce n’est pas la première fois que cet enseignant fait le coup ! Je vais avertir l’inspectrice préfectorale de l’enseignement pour que les choses soient claires. Mais il nous faut chercher un nouvel enseignant compétent en pleine année scolaire. Et aussi un surveillant pour le dortoir. L’ancien a réussi un concours et va continuer des études. 

Jeudi 18 Décembre :

Ce soir était prévue une réunion avec une autre communauté de quartier. Mais les enfants sont au catéchisme, les jeunes à la chorale pour la préparation de Noël et les adultes dans la famille de notre Sœur que nous venons d’enterrer. En effet, quand il y a un décès, après l’enterrement tout le monde va dans la famille pour continuer à prier avec elle, l’encourager et la soutenir, mais aussi travailler pour elle : aller puiser de l’eau et chercher du bois pour préparer le repas pour les gens venus d’ailleurs. Et cela se continuera les jours suivants. La mort est très présente parmi nous, mais elle est vécue en communauté. La réunion est reportée à mardi prochain (en fait, elle n’aura pas lieu à cause du putsch militaire). J’en profite pour voir quelques personnes en difficulté et régler quelques problèmes en retard.

 

Vendredi 19 Décembre : Préparation de la rencontre des jeunes.

Nous avons prévu pour les vacances de Noël une grande rencontre des jeunes de la région (le pays baga : bagataye). Cette rencontre a été préparée depuis Octobre par un message aux jeunes de l’Archevêque

Il s’agit de donner la parole aux jeunes et de les écouter pour mieux connaître leur vie et leurs problèmes, et, à partir de là, leur permettre d’établir un plan d’action pour la suite. En effet, le Frère Joseph a été assassiné par deux jeunes qui se droguaient. Les jeunes rencontrent beaucoup de problèmes (mauvaise qualité de l’enseignement, chômage, etc..). Ils font face à l’ethnocentrisme, la corruption et le favoritisme. Les Chrétiens sont une minorité (5 % de la population). Les jeunes Chrétiens se sentent marginalisés et même rejetés et écrasés. Résultat, ils se découragent, ou se replient sur eux-mêmes ou l’Eglise. Ils ont donc beaucoup de peine à s’engager dans la vie du pays et les structures officielles ou les actions gouvernementales. Il y a tout un travail de réflexion et d’action à mener avec eux. Mais d’abord, il s’agit pour nous de les écouter et de comprendre leurs problèmes. Et à partir de là de leur permettre de trouver leurs propres solutions.

Il s’agit d’une rencontre importante. Nous nous retrouvons prêtres, religieuses, frères et laïcs de toutes les paroisses de la région, autour de notre Evêque venu de Conakry (5 heures de voyage aller, autant pour le retour) pour cette journée.  

Cette rencontre est une nouvelle occasion pour nous de nous retrouver tous ensemble dans l’amitié, et ces occasions sont trop rares. En effet, chacun est pris par son travail et nous sommes très distants les uns des autres. Pour moi qui ai la responsabilité de toute la région, c’est l’occasion de revoir chacun et de partager ses soucis d’une manière amicale, décontractée et informelle. En particulier pour Kataco. Je suis toujours le responsable, mais je n’ai pas le temps d’y aller souvent. C’est Igbe, spiritain nigérian, mon vicaire depuis deux ans, qui assure le travail sur le terrain. Nous revoyons donc le travail pastoral effectué et les problèmes à régler. Il y en a un gros avec la banque alimentaire qui ne fonctionne plus normalement. Là, il faudra que j’y aille car c’est grave. Au retour, avec l’Archevêque, nous passons bien par Kataco, mais la nuit approche et la route est très mauvaise. Nous voulons rouler le plus possible tant qu’il fait jour. Nous rentrons donc tard et fatigués. Mais demain matin, il me faudra terminer la session de formation avec les novices. 

Samedi 20 Décembre :

La session se termine bien. Aux novices, …et à moi-même, de la vivre maintenant. J’aime beaucoup de telles sessions avec des jeunes missionnaires en formation ! Cela me rajeunit et me permet d’approfondir ma propre vocation missionnaire, pour mieux en vivre… ou, en tout cas, essayer !  

L’après-midi, rencontre du Conseil Paroissial. Cette rencontre est un peu le sommet de la semaine. Nous faisons le point des activités menées depuis mon départ de Boffa début novembre, en passant successivement en revue le travail du Conseil paroissial, des communautés de quartier, des Mouvements et des différents groupes. Et aussi le travail des différentes commissions. Personnellement, à ce niveau, je suis satisfait. En Novembre, nous avions assuré la formation de ces différents groupes et les avions organisés. Depuis, chacun s’est mis à l’action. Les choses ne sont pas parfaites bien sûr, il y a beaucoup à améliorer, mais au moins ça commence à bouger. 

 

Le 2ème point, c’est la préparation de la rencontre des jeunes. Après le compte -rendu de la réunion de vendredi, nous voyons avec les jeunes ce qu’ils vont faire. Autrefois, dans le Conseil paroissial, il n’y avait que des personnes âgées, des hommes pour la plupart. Nous avons décidé de donner leur place aux femmes et aux jeunes. Chaque Mouvement et groupe de jeunes envoient maintenant au Conseil paroissial deux responsables, un garçon et une fille. Mais là encore, il a fallu mettre en place une responsable fille à côté du garçon. Cela ne se fera pas sans mal, et nous ferons ce qu’il faut pour y arriver. 

Le 3ème point, c’est bien sûr la préparation de la fête de Noël à tous les niveaux, avec tout ce que cela comporte : pas seulement le repas, ni même la messe, mais aussi la réconciliation pour vivre cette fête dans la paix. Nous demandons à chaque famille, à chaque communauté, groupe et Mouvement, de prendre un temps de réconciliation et de pardon. Nous voyons aussi que faire pour tous ceux qui n’ont pas les moyens de célébrer cette fête. Et aussi pour tous ceux qui sont seuls ou découragés, enlisés dans des problèmes de toutes sortes. 

4ème point : Cette réconciliation nous la commençons déjà sur place. Il y a des grosses tensions entre les différents responsables du Conseil paroissial : jalousies, rancunes, problèmes passés mal résolus. Cela amène des dissensions et disputes entre les différents groupes dont ils font partie. Nous décidons de prendre le taureau par les cornes. Cela va durer jusqu’à 16 heures. Mais il faut ce qu’il faut. Il nous faut régler les tensions entre les membres du Conseil paroissial, mais aussi entre communautés de quartier, fraternité et groupe charismatique. Heureusement, les gens n’ont pas perdu totalement les valeurs de leur culture traditionnelle, en particulier le sens du pardon et de la réconciliation, et l’habitude de régler les palabres sans condamner mais en cherchant à obtenir l’entente et l’accord de tous. Nous pouvons nous appuyer sur cette base pour régler les problèmes.

5ème point : Il ne restait qu’à voir la question du repas pour le noviciat : les communautés et autres groupes se sont proposés de fournir le repas au Noviciat chaque samedi, à tour de rôle. Ils ont « tenu » pendant deux mois, mais pour le deuxième tour, cela devient un problème. Nouveau signe de pauvreté croissante. Il est de plus en plus difficile aux gens de trouver simplement la nourriture pour chaque jour. Quand nous récitons le Notre Père, ce n’est pas de la poésie !

 

Dimanche 21 Décembre : 

Aujourd’hui la messe est une célébration pénitentielle. Nous célébrons les réconciliations d’hier avec le rite de l’eau. Puis c’est un geste de pardon entre maris et épouses, entre parents et enfants et entre responsables et autres chrétiens. Alors la joie peut éclater et le geste de paix prend toute sa signification. La journée de demain lundi sera réservée aux confessions et aux rencontres personnelles.

Après la messe, rencontre des deux commissions de « Justice et Paix » et « Pastorale sociale ». Il faut reconnaître que c’est nouveau à Boffa et c’est un engagement exigeant qui peut même être dangereux. Il faudra du temps pour arriver à des actions concrètes mais nous allons continuer.  

Les jeunes. Depuis Octobre, ils se retrouvaient chaque dimanche pour réfléchir au message de l’Evêque aux jeunes.

Aussi, nous nous retrouvons tous ensemble pour faire la lecture finale. C’est l’occasion de préciser un certain nombre de choses, en particulier sur l’Evangélisation (qui n’est absolument pas du prosélytisme) et sur le Royaume de Dieu, un Royaume de justice et de paix, ouvert à tous et à construire dans le monde (la société). Il nous faut approfondir tout cela, car les jeunes sont plus enclins à s’engager dans l’Eglise où ils se sentent à l’aise que dans la vie du pays. Il faut dire qu’ils ne sont qu’une petite minorité (5 % de chrétiens, et 90 % de musulmans), que les problèmes du pays sont énormes et l’engagement est difficile et très risqué (corruption, impunité des auteurs de violences, laisser aller et découragement général, …). Mais on ne peut pas laisser les choses comme ça, il faut bien réagir.

L’équipe des responsables va se retrouver tous les jours cette semaine pour mettre au point la rédaction finale, à partir des réactions du groupe. Cela va faire un très bon document qui pourra servir de base de réflexion pour l’ensemble des jeunes.

 

Mardi 23 Décembre : Mort du Président Lansana CONTE.

À 3 heures du matin, notre Evêque m’annonce la nouvelle au téléphone. Nous voyons quelle attitude avoir : vigilance de notre part et demander calme et retenue à la population.

La situation évolue vite : un groupe de militaires, dirigés par un capitaine, affirme avoir pris le pouvoir. Mais le président de l’Assemblée Nationale qui constitutionnellement doit assurer la transition, affirme tenir les choses en main. De même que le premier ministre. L’armée semble divisée. Heureusement, chacun reste sur sa réserve et il n’y a pas de mort !  

Réunion de communauté. Tout cela ne nous empêche pas de continuer notre travail. Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec les deux stagiaires pour faire le point de toutes les rencontres de la semaine passée et en tirer les conclusions pour nos activités paroissiales et notre vie de communauté. Suite à cela, je retrouve les responsables du Conseil Paroissial et des différentes commissions.

 

« SITUATION DU PAYS »

 

Le lundi 22 Décembre 2008, le Président de la République, le général Lansana CONTE, mourrait vers 18 heures. Il était atteint d’un diabète profond depuis plusieurs années et n’était plus en état de diriger le pays. Il avait pris le pouvoir par un coup d’état à la mort de Sékou Touré, en 1984, et s’était maintenu au pouvoir au moyen d’élections truquées. Au début, il avait lancé le libéralisme et l’initiative privée au niveau économique, les nationalisations de Sékou Touré n’ayant pas fonctionné et ayant réduit le pays à un état de pauvreté permanent malgré les énormes richesses du pays. Il avait mis en place une démocratie formelle. Mais peu à peu, le groupe d’amis et parents se sont lancés dans une corruption de plus en plus grande. Pour garder son pouvoir, le président s’est appuyé sur l’armée qu’il a énormément favorisée (augmentations de salaire et promotions, distributions de sacs de riz, etc…). Cette armée, indisciplinée et inefficace s’est lancée dans les tueries, les vols, les viols et la drogue, déjà au moment de la guerre du Libéria et les attaques rebelles venues de Sierra Léone en 2000-2001. Cela a augmenté en 2006, a culminé lors des manifestations de 2006 et surtout de janvier - février 2007, où l’armée a tiré sur la foule.

Et cette année, l’armée s’est mutinée alors que le président renvoyait le gouvernement mis en place suite aux manifestations de 2007, pour remettre en poste des personnes de son entourage. C’était le règne de la corruption et de l’impunité, le pays n’étant plus gouverné. 

Le mardi 23 décembre, c’était le président de l’Assemblée Nationale qui devait assurer le maintien du pouvoir et organiser des élections présidentielles dans un délai de 60 jours. Mais le mandat de ce président, de même que celui de la plupart des députés du parti au pouvoir, était arrivé à expiration depuis deux ans. Et vu leurs exactions et leur inefficacité, ils étaient rejetés par la population. Et comment organiser des élections présidentielles en 60 jours, alors que les élections législatives n’ont pas pu être organisées depuis deux ans et que les listes électorales ne sont pas à jour ! 

Sans attendre l’enterrement du président, un groupe de militaires s’est levé et ils ont organisé un comité national pour le développement et la démocratie. Il y a eu quelques jours de flottement entre ce comité et les représentants « légitimes » du pouvoir, d’autant plus que les militaires eux-mêmes sont divisés entre eux. Mais, heureusement, il n’y a eu aucun affrontement, contrairement à ce qui se passait d’habitude. Ni mort, ni blessé. Peu à peu, le comité a réussi à s’imposer. L’ancien gouvernement s’est rallié à lui. Il a remplacé les anciens préfets et gouverneurs de région par des militaires et mis les généraux à la retraite. Il est dirigé par un capitaine, Moussa Davis CAMARA, qui a promis de remettre de l’ordre dans le pays et, en premier lieu, de lutter contre la corruption. Et aussi de revoir les contrats miniers de la bauxite (aluminium), du fer et de l’or, ce qui serait bien normal, ces contrats ayant été signés par corruption et étant au détriment total du pays, ce qui fait que les Guinéens se retrouvent très pauvres dans un pays très riche. Ces militaires affirment qu’ils ne veulent pas garder le pouvoir et qu’ils organiseront des élections « libres et transparentes » en décembre 2010. D’abord, cela nous semble très éloigné. Et nous nous rappelons que Lansana Conté avait dit la même chose et qu’il est resté au pouvoir pendant 24 ans ! Et même si le capitaine Moussa CAMARA semble sérieux et honnête, que dire de la majorité des militaires ? Il ne suffit pas de mettre les anciens généraux à la retraite pour changer l’armée en profondeur. La population attend de voir ce qui va se passer et nous sommes très inquiets. 

Au niveau international, beaucoup de pays et d’institutions condamnent ce qui s’est passé, et c’est vrai que c’est un coup d’état. Mais il a sans doute évité une guerre civile et de nombreux morts. Et le comité actuellement au pouvoir vaut sans doute mieux que ceux qui devaient succéder au président Conté selon la Constitution, et auraient continué les pratiques de l’ancien gouvernement corrompu et inefficace. Nous avons encore beaucoup à faire en Guinée, et nous allons nous y atteler. On ne change pas un pays en un jour. Et un président, le meilleur possible, ne pourra pas faire grand-chose s’il n’y a pas un changement profond au niveau de toute la population.