Les putschistes s’organisent en Comité National pour la Démocratie et le Développement. Le gouvernement reconnaît ce Comité et l’ensemble des militaires se rallie à eux, sans effusion de sang. Merci à Dieu. Le capitaine, Moussa Dadis CAMARA est proclamé Président.
À Boffa, je vais voir la directrice préfectorale de l’enseignement pour nous mettre d’accord sur les sanctions à prendre au niveau de notre école, suite aux fuites au moment des compositions. Puis nous allons présenter nos condoléances au Préfet, pour la mort du Président.
Ensuite, nous retrouvons les responsables du Conseil paroissial, de la Fraternité et du Groupe de Prière charismatique, pour tirer les conclusions pratiques suite à la réconciliation de samedi. Il faut que tout cela soit fait avant Noël, pour célébrer la fête dans la paix et l’entente.
La Messe de « minuit » est célébrée à 19 heures, couvre-feu oblige ! La messe est très belle : les choristes l’ont bien préparée et tout le monde participe. L’ambiance est très priante et recueillie. Nous ne manquons pas d’intentions de prières cette année. Au moment de la communion, on vient chercher un des militaires chrétiens, le responsable du port, pour lui annoncer qu’il est nommé Préfet ! Tous les anciens préfets du pays sont ainsi changés et remplacés par des militaires.
La coopération décentralisée. Après la messe, nous nous retrouvons chez un des responsables de la communauté pour un petit réveillon, avec trois jeunes Français qui travaillent à Boffa pour les puits et forages, et leurs responsables venus de Charente Maritime.
Je trouve cette idée de coopération décentralisée intéressante. J’y étais très impliqué pendant 10 ans au Sénégal, dans le cadre du Partenariat entre « Lille et la région du Nord » et « St Louis et la région du Fleuve ». Ce type de coopération permet des contacts directs entre personnes. Et cela permet à l’aide d’arriver directement à la base, au lieu d’être récupérée et détournée au sommet, au niveau des autorités. Le problème, c’est que les Français qui interviennent ne connaissent pas très bien la culture et les vrais problèmes africains. Ni les vrais problèmes du développement, les écueils à éviter et les solutions à trouver. C’est pour cela que nous sommes souvent consultés à ce niveau, car nous avons une bonne connaissance du terrain et sommes bien intégrés à la population dont nous parlons la langue. Cela est très important pour la participation de tous et la défense des plus faibles, en particulier des analphabètes qui ne peuvent pas s’exprimer en français, et qui sont très nombreux dans les villages. Cependant, je dois dire qu’avec le temps et l’expérience, cette coopération s’est beaucoup améliorée.
Les voyages en Afrique. Je ne reste pas longtemps au réveillon, car la conversation tourne autour des différents pays que les responsables ont « faits » en venant en 4x4 depuis la Charente Maritime. Ce n’est pas mon « truc ». Je n’aime pas beaucoup que des gens qui passent trois jours dans un pays dont ils ne parlent même pas la langue, et qui prétendent tout en connaître, se permettent de tout juger avec une grande assurance ! Et les problèmes humains m’intéressent plus que les cascades, les animaux, les forêts… ou les grottes du pays dogon. Il n’empêche que ces voyages peuvent être très enrichissants et profitables pour tous s’ils sont bien préparés, avec des bons contacts dans le pays et vécus avec un minimum de respect… et d’humilité. Et aussi d’esprit critique par rapport à ce que les habitants peuvent raconter pour faire plaisir aux étrangers de passage.
Jeudi 25 Décembre : Fête de Noël.
Avec Buzus, l’un des deux stagiaires, nous partons tôt car nous avons deux communautés à visiter à plus de 100 km, sur des routes très mauvaises (plus de 3 heures de route). Ugochukwu, le second stagiaire, est parti depuis hier avec Kennedy, l’un des deux formateurs du Noviciat, pour assurer la préparation et la célébration de Noël dans deux autres communautés. Armand, l’autre formateur, est parti donner un coup de main à Dalaba (400 km), une paroisse des montagnes du Fouta Djallon.
Il ne s’agit pas seulement de dire la messe de Noël. Nous commençons par une réunion de communauté pour voir ce qui a été vécu depuis notre passage en juin, avec l’Evêque. Et préparer les activités des deux mois qui viennent.
À Kudinde, la 1ère communauté, j’avais déjà assuré une formation de 5 jours pour les catéchistes. Mais les choses n’ont pas beaucoup avancé. Ce n’est pas facile de dépasser le laisser - aller et de rejeter les habitudes passées. C’est un travail à reprendre sans cesse. Les Chrétiens viennent régulièrement et nombreux à la prière du dimanche. Le problème, c’est leur engagement dans la vie du village en tant que Chrétiens. Nous reprenons donc les différents points que nous avons fixés ensemble pour la vie de nos communautés : nouvelles du village, partage de la Parole de Dieu, catéchèse, lutte pour la justice, paix et réconciliation, soutien des pauvres et de ceux qui souffrent, développement, évangélisation, travail communautaire et questions financières
Chaque communauté est différente. La première est une communauté rurale, regroupant une quinzaine de villages. La seconde, Tugnifizy, sous - préfecture, est composée de fonctionnaires et personnes travaillant dans des services et ONG, et donc étrangers à la région. Les problèmes sont très différents et il faut s’adapter à chaque fois.
Nous rentrons à la tombée de la nuit, bien fatigués mais heureux. Je retrouve Hermann, notre vicaire qui était parti se soigner au Sénégal, qui est rentré la nuit de Noël avec une voiture qui est restée deux mois au garage à Conakry mais est toujours en mauvais état, malgré cela. Hermann a célébré la messe du jour au Centre ; sinon, les catéchistes auraient dirigé une célébration de la Parole de Dieu et les Sœurs auraient donné la communion. C’est ce qui se fait habituellement.
Pendant tout ce temps-là, nous suivons à la radio nationale, mais aussi sur RFI (Radio France Internationale), la BBC, radio Vatican et autres radios étrangères, les différentes déclarations du Comité militaire et de son Président, celles des partis politiques et anciens responsables du pays et celles des organisations internationales. C’est une belle invention que le transistor. Nous pouvons avoir des nouvelles un peu partout dans le pays, même sans électricité, simplement avec deux petites piles ! Nous remercions spécialement RFI qui malheureusement ne peut pas être captée en France, sauf en région parisienne, ce qui est scandaleux : question de monopole. RFI donne la parole aux Guinéens aussi bien de l’intérieur que de l’étranger, nous soutient beaucoup et nous donne des nouvelles claires et « indépendantes ». Mais aujourd’hui, c’est l’enterrement de l’ancien président Lansana CONTE que nous suivons sur la chaîne nationale.
Vendredi 26 Décembre :
Nous nous reposons un peu le matin et accueillons les nombreuses personnes venues nous visiter. L’après - midi, réunion de communauté : Hermann nous fait le compte - rendu de son séjour au Sénégal et nous amène les nouvelles des confrères et de notre Fondation d’Afrique de l’Ouest. En effet, au niveau des spiritains, notre district s’organise pour devenir une province missionnaire autonome, pour être plus adapté aux réalités et aux besoins du pays. C’est important et très intéressant, mais pas facile à mettre en place. Ensuite, nous examinons avec Hermann ce que nous avons fait depuis trois mois. C’est nécessaire pour qu’il puisse prendre la suite, car je ne pourrai pas être souvent à Boffa dans les mois qui viennent.
Samedi 27 Décembre :
Nous prenons le temps d’aller saluer le nouveau Préfet, qui nous reçoit très bien avec son équipe. Ensuite, nous continuons notre réunion de communauté. Ce matin, nous abordons les questions de l’école et de l’internat. Là aussi, il y a beaucoup à dire… et à faire.
Le midi, repas au noviciat comme chaque samedi. Demain ce sont eux qui viendront chez nous.
Hermann apprend que son grand-père et une vieille tante religieuse viennent de mourir. A peine arrivé, il doit donc repartir à nouveau pour le Sénégal (en Casamance, en passant par Dakar… Ce n’est pas la route directe !). Il ramènera la voiture, une vieille Kangoo camionnette de plus de 250.000 km, à Conakry au garage. Nous avons un mal fou à la faire démarrer : problèmes d’allumage entre autres. (En fait, il tombera en panne, mais pourra se faire réparer en route, pour arriver à Conakry en pleine nuit).
Dimanche 28 Décembre : Fête de la Sainte Famille.
Il y a beaucoup de choses à dire sur la famille vu tous les problèmes que nous vivons actuellement (pauvreté, instabilité, problèmes d’éducation, changements culturels…). Les interventions sont nombreuses au moment de l’homélie qui dure plus longtemps que d’habitude. Ce n’est pas grave, tout le monde est intéressé. Et après la messe, exceptionnellement, il n’y aura pas de réunion. Seulement des salutations et rencontres amicales. C’est Noël ! Les CV-AV (mouvement des enfants) et les scouts se réunissent bien, mais nous avions préparé ces réunions à l’avance. Je me contente donc d’aller les saluer avant de retrouver les novices. Après le repas, je trouve un moment pour parler avec Armand, le maître des novices, revenu de Dalaba, pour faire le compte -rendu et l’évaluation de la session que j’ai donnée aux novices, et voir comment la prolonger. Nous abordons aussi les autres aspects de la vie du noviciat ainsi que de la paroisse. Car ils sont sur place et nous donnent un sérieux coup de main.
Après midi, quartier libre : je peux prendre un temps de repos.
Annulation de la rencontre des jeunes. Normalement, nous devions partir à Kataco pour notre grande rencontre régionale. Mais à cause du coup d’état, il n’a pas été possible de préparer les choses normalement. Nous devons donc annuler cette rencontre au dernier moment. C’est vraiment dommage et nous ne savons pas quand nous pourrons la tenir maintenant. Cependant, nous y tenons beaucoup.
Retour sur Conakry. Le soir, je prépare mes bagages, mais surtout je prépare papiers, livres et document pour travailler pendant le voyage. En effet, dans les taxis-brousse nous sommes très serrés (10 personnes dans une berline - Break, au Sénégal c’était « seulement » 7), mais j’ai l’habitude et depuis le temps, j’ai trouvé les moyens non seulement pour lire mais aussi écrire, même si ce n’est pas très facile. Selon la distance, cela me permet de travailler de 5 à 18 heures tranquille, sans être dérangé. Il suffit de bien préparer le matériel à l’avance. Même à Conakry, j’ai une heure de transport entre la banlieue de Kipe où j’habite jusqu’au centre ville. C’est pendant ce temps que je rédige ma correspondance et prépare mes différentes réunions ou formations. L’Evêque voudrait rencontrer les deux commissions « Justice et Paix » et « Pastorale sociale » mardi matin, pour réfléchir à la situation du pays et préparer un document pour le 1er Janvier. Je profite des moments où il y a du réseau au téléphone pour avertir les quelques membres que je peux contacter. Ils se chargeront de prévenir les autres depuis Conakry. En Guinée, le téléphone marche très mal. Mais depuis ces dernières années où les portables se sont généralisés et coûtent moins cher, on arrive quand même à transmettre quelques messages, même si c’est avec difficultés, ce qui était impossible autrefois.
Mardi 30 Décembre : Préparation d’un message.
Les deux commissions « Justice et Paix » et « Pastorale sociale » se retrouvent autour de l’Evêque pour préparer un message à l’occasion du 1er Janvier aux autorités et au pays.
Je suis spécialement frappé ce matin par la cohésion de notre équipe. Et aussi par le sérieux et l’engagement de chacun. Malgré les risques et les exigences. C’est très encourageant ! Nous insistons sur le rôle et la responsabilité des laïcs. Et ils nous assurent qu’ils sont prêts à prendre leurs responsabilités. Pourtant, ce n’est pas facile dans la situation actuelle.
Après cette rencontre, nous nous réunissons pour mettre au point le programme de janvier avec les visites des paroisses pour la mise en place des commissions paroissiales et les rencontres des deux commissions diocésaines. Je communique les dernières informations au sujet des cinq camerounais dont j’ai parlé plus haut (voir jeudi 11 décembre). Comme ils étaient menacés, nous les avons abrités à l’Archevêché. La Croix Rouge Internationale (CICR) ayant fourni les fonds, nous avons cherché à les faire rentrer au Cameroun. Mais à cause du putsch, cela n’a pas été possible, l’aéroport étant fermé. Ils ont donc décidé de partir par la route au Sénégal, munis de laisser passer, pour rejoindre leur ambassade. En effet, il n’y a pas d’ambassade du Cameroun en Guinée. Malgré ces laisser - passer, ils ont été arrêtés à la frontière sénégalaise et remis à la police guinéenne pour vérification. Depuis, nous avons perdu leur trace. Nous faisons tout pour les retrouver.
Ensuite, je travaille plus spécialement avec ceux qui vont visiter les paroisses le mois prochain. Puis, avec Charlotte qui va entrer dans l’équipe diocésaine de l’OCPH (Secours Catholique, Caritas Guinée : Organisation Catholique pour la Promotion Humaine). Charlotte est Guide et termine ses études universitaires. Très engagée, elle a suivi toutes nos formations et travaille efficacement dans sa paroisse et son Mouvement. C’est un défi que nous relevons. Ce n’est pas évident dans le contexte culturel où nous évoluons de confier une responsabilité diocésaine à une jeune fille. Mais j’ai confiance. Et c’est important pour faire évoluer les mentalités. A nous de la soutenir !
Cela fait 15 jours que j’ai été absent de Conakry, il y a donc beaucoup de choses en suspend à traiter, surtout que je vais être à nouveau absent jusqu’au 5 janvier. Nous nous retrouvons d’abord avec l’équipe OCPH, puis avec le service santé, avec la Procure, puis le secrétariat de l’Archevêché et le Vicaire général. Il y a aussi des problèmes personnels à régler : d’abord celui d’un Français, venu travailler en Guinée pour une entreprise coréenne ; voilà 6 mois qu’il n’est pas payé et il n’a plus rien pour vivre. Ils ne sont pas rares les Européens qui viennent ici, attirés par des contrats mirobolants et qui se retrouvent sur le carreau. Ensuite, un handicapé venu de Kissidougou : il sollicite un coup de main pour construire un petit abri au marché et pouvoir ainsi gagner sa vie.
Je n’ai pas ouvert ma boîte mail depuis plus de 15 jours. Il fait déjà nuit, mais je repique rapidement les pièces jointes sur ma clé car ce n’est pas tous les jours que je me retrouve près d’un cyber. Je pourrai les consulter plus tard sur mon ordinateur ou celui d’un copain et préparer mes réponses.
Mardi 30 Décembre : Rencontre justice et paix.
Autour de notre Evêque, nous analysons tout ce qui s’est passé ces dix derniers jours. Il y a eu tellement de choses ! Tout comme au niveau international, les avis sont partagés. Mais nous reconnaissons que ce n’était pas une bonne chose que de faire des choix légaux et constitutionnels. Cela aurait conduit à continuer un système corrompu et inefficace qui a fait le malheur du pays. D’autant plus que le coup d’état s’est fait sans effusion de sang ni violences. Et le Comité National pour la Démocratie et le Développement a promis de très bonnes choses : lutter contre la corruption, revoir la gestion des nombreuses mines (bauxite, fer, or…) assurée par des compagnies étrangères au détriment de la population guinéenne, mettre en place un gouvernement composé de civils et préparer des élections présidentielles pour décembre 2010. Même si cela nous paraît vraiment tard. Mais nous restons très prudents, car déjà en 1984 le président défunt, Lansana Conté, avait fait de belles promesses et nous avons vu à quoi cela a abouti : pouvoir personnel et quasi dictature, népotisme, corruption, pouvoir de l’armée et appauvrissement général du pays..
Il nous faudra donc rester très vigilants, voir ce que le Comité va faire réellement et leur rappeler régulièrement à leurs promesses. En fait, le président de ce Comité semble sérieux, mais l’armée guinéenne est totalement indisciplinée (nous avons vécu plusieurs mutineries ces derniers temps) ; il y règne la violence, les attaques à main armée, le vol, le viol, le pillage et la torture contre les civils, et la drogue. Le Comité sera-t-il capable de réorganiser une telle armée ? Déjà, dès le 2ème jour, le couvre-feu a été suspendu, parce que des militaires en profitaient pour piller magasins et maisons particulières. Et la maison d’un des dirigeants politiques importants du pays, Dallein DIALLO, a été fouillée sans mandat et avec agressivité, trois fois de suite le 1er Janvier par des groupes de militaires.
Ce Comité a sans doute été très imprudent en faisant des promesses au niveau économique qu’il ne pourra sans doute pas tenir. Aussitôt la rumeur a circulé que le prix du carburant allait diminuer de moitié, ce qui aurait entraîné la baisse du prix du riz et des autres produits de première nécessité. Le Comité a été obligé de démentir, d’où des insatisfactions qui risquent de tourner un jour en manifestations et révoltes. À l’inverse, en positif, dès le 30, le Comité a nommé un premier ministre civil reconnu pour son intégrité et son ardeur au travail.
Nous décidons donc d’inviter à la messe du 1er Janvier, Journée mondiale de prière pour la paix, le Comité et de remettre à chacun l’homélie de notre Evêque dès la sortie. Il faut signaler que, bien que la religion chrétienne soit très minoritaire, le président et le 2ème vice-président, sont catholiques et l’on dit même que c’est pour cela qu’ils ont été choisis car, suite à son travail en profondeur, son courage et sa vérité, l’Eglise Catholique est très respectée en Guinée.
Après avoir remercié le président et le comité pour ce qu’ils ont fait de positif, nous allons donc leur rappeler leurs promesses. Nous les assurerons de notre soutien et aussi de notre vigilance. Ensuite, nous lancerons un appel aux différentes couches de la population, adapté à chacune : les partis politiques, les syndicats, les militaires, les jeunes. Puis un appel spécifique aux Chrétiens. Et nous offrirons tout cela à Dieu dans la prière.
À plus long terme, nous proposerons un document, demandé par le Comité lui-même, au nom de l’Eglise Catholique, avec nos propositions pour la reconstruction de la société et du pays, sous leurs différents aspects : culturel, économique, social et politique. Nous ferons nos propositions pour la transition et les élections. Mais cela demande un travail approfondi et de longue haleine.
Mercredi 31 Décembre 2008 : Rédaction du message du 1er Janvier.
Toute la journée se passe à la rédaction du message de demain, à partir des nombreuses réflexions d’hier. Il y a beaucoup d’idées. Il faut choisir et aller à l’essentiel.
Nous sommes toujours à la recherche de nos amis camerounais disparus. Roberto, l’aumônier de la prison, vient me rejoindre pour cela.
Les messages de vœux et coups de téléphone arrivent nombreux pour l’année nouvelle. Cela fait plaisir !
L’année nouvelle me trouve à ma table de travail, la tête pleine de pensées et d’amis. C’est une bonne façon de commencer l’année. Qu’elle soit pleine d’amitié, de rencontres épanouissantes et de partage pour nous tous. Pleine de force et aussi d’espérance devant les difficultés qui ne manqueront pas.
Jeudi 1er Janvier 2009 : Bonne année à tous. Amour, paix et joie pour tous. Réconciliation et Vérité pour la Paix. Le message de Benoît XVI nous rejoint au cœur de nos problèmes : pour vivre vraiment dans la paix, luttons contre la pauvreté.
Je célèbre l’Eucharistie dans une paroisse de la ville. Après la messe, nous mettons en place une commission paroissiale de « Justice et Paix ». Ce n’est pas parce que c’est le 1er Janvier que nous allons nous arrêter ! Au contraire, l’année nouvelle est l’occasion de commencer des choses nouvelles.
Après cette rencontre avec Madeleine de Laurentia nous réfléchissons au fonctionnement de l’OCPH. Puis je vais saluer la communauté anglophone. Nous parlons des conditions de vie difficile des étrangers en Guinée et des problèmes des migrants et de leurs souffrances.
Nous sommes toujours à la recherche de nos amis camerounais. Je parle avec Gérard qui revient des services d’émigration. Sans résultat. Il est vrai que ce ne sont pas les meilleurs jours pour les recherches. Nous allons continuer.
Comme je suis en ville et qu’il me reste un peu de temps, je vais ouvrir ma boîte mail à nouveau, sans arriver au bout de mes messages. Et je regrette de ne pouvoir répondre à chacun que quelques mots, faute de temps. Que faire ?
Vendredi 2 Janvier 2009 : Session Justice et Paix dans le doyenné du Fouta.
Tôt le matin, je pars pour la gare routière, car la route est longue. Et j’ai bien fait. Nous sommes tombés sur un taxi - brousse en mauvais état : problèmes de suspension. Arrivés au kilomètre 36, point d’entrée de la ville, nous refusons d’aller plus loin et demandons au chauffeur d’appeler un autre taxi brousse. Cela met du temps. Et quand il arrive, il dit qu’il n’a pas de carburant. Or, suite aux rumeurs d’avant - hier, les stations services sont fermées. Il faut acheter du carburant au marché, le double du prix normal. C’est ainsi que les revendeurs se font de l’argent, à chaque fois qu’il y a des problèmes ou simplement pénurie. Enfin, on part. Les barrages des militaires se sont multipliés sur la route. Et le chauffeur n’a pas les papiers de la voiture. Il s’en sort en donnant de l’argent aux gendarmes.
La session va regrouper les volontaires de cinq paroisses du Fouta Djallon pour une formation en Justice et paix. Ensuite, ils devront s’organiser par eux-mêmes car ils sont loin de Conakry et nous n’aurons pas le temps de les visiter souvent.
Finalement, le carburant a baissé de 5.500 FG à 4.800 (environ 0,60 € par litre) le gas-oil. C’est mieux que rien. En ce temps de grande pauvreté, toute baisse est bonne à prendre.