Paradis fiscaux et judiciaires

POUR EN FINIR AVEC LES PARADIS FISCAUX
Jean Peyrelevade vice-président du Modem.

 



Faut-il supprimer les «paradis fiscaux» ? Oui, bien entendu.

Est-ce techniquement difficile ? Même pas, il y suffirait d’un peu de volonté politique. Encore faudrait-il savoir de quoi l’on parle exactement. Une même appellation recouvre des réalités fort différentes et cette confusion sémantique facilite la défense par les Etats concernés des privilèges territoriaux auxquels ils tiennent le plus : le tout, sur lequel ils sont presque partout en règle, cache la partie où ils tiennent à ne pas le devenir. Il faut donc être plus précis dans l’accusation

 

Une telle faille dans le dispositif compromet tout effort mondial de régulation financière : les institutions et les actifs qu’elles gèrent iront toujours chercher refuge auprès du moins - disant réglementaire, cette migration portant atteinte à l’efficacité de l’ensemble. La solidité de la chaîne étant celle de son maillon le plus faible, la réponse technique et politique à cet état de carence est simple. Il suffit, le moment venu, que les régulateurs interdisent à leurs banques nationales toute transaction avec ces territoires (Menace qui fut largement utilisée dans la lutte contre le blanchiment). Encore faut-il, auparavant, affirmer le principe d’une régulation mondiale, ce qui n’est pas encore acquis.

 

Comment y mettre fin ? Rien de plus facile. Les Etats-Unis ont fait en sorte que nulle part au monde le secret bancaire ne puisse plus être opposé à leurs autorités fiscales. Une réglementation de 2001, dite des «intermédiaires qualifiés», impose à toute banque étrangère de leur déclarer la liste des citoyens américains ayant un compte chez elle. Celles qui refusent de se soumettre à cette discipline s’exposent à être interdites d’activité sur le territoire américain. Les grandes banques se sont toutes inclinées. Conclusion : il n’existe plus de secret fiscal, ni suisse ni luxembourgeois, à l’égard des Etats - Unis.

Qu’attend la France pour faire de même et demander l’application d‚une sorte de clause de la nation fiscalement la plus favorisée ? Et si Nicolas Sarkozy est sincère dans sa volonté de lutte contre les paradis fiscaux, qu’attend-il pour demander le vote par le Parlement des textes correspondants ?


- Le quatrième et dernier aspect ne relève pas des paradis fiscaux, mais du «dumping fiscal» pratiqué de la manière la plus officielle, la plus transparente, la plus explicite qui soit. Ainsi de l’Irlande et d’un certain nombre de pays d’Europe centrale en matière d’impôt sur les sociétés, ainsi du Royaume - Uni avec son régime dit de «résident non - domicilié», scandaleusement favorable aux riches étrangers venant s‚installer sur son territoire puisqu‚ils sont pratiquement exonérés de tout impôt sur le revenu. La réponse est ici de nature purement politique. Elle consiste à réaffirmer sans cesse la nécessité d’une harmonisation fiscale européenne et à mettre publiquement en cause des comportements aussi peu coopératifs que ceux de Londres, de Dublin et de quelques autres capitales. N’est-ce pas cela aussi la refondation du capitalisme ?