Nouvelles d'Afrique
LA MALÉDICTION
DES RESSOURCES NATURELLES EN AFRIQUE CENTRALE : L’UE PEUT-ELLE CONTRIBUER
A DES RELATIONS ÉCONOMIQUES PLUS JUSTES ? (1)<
A. Pour que
les ressources naturelles soient gérées d’une façon transparente et
durable :
Ø
L’UE doit inclure la transparence, la bonne gouvernance et le principe
de consentement libre, préalable et informé des populations locales dans l’ensemble de ses
politiques et des accords légaux vis-à-vis des pays riches en ressources
naturelles (comme les Accords de Cotonou, les accords de commerce et
d’investissement, les Stratégies par pays, les Programmes indicatifs nationaux,
ou la Responsabilité Sociétale des Entreprises).
Ø Plus spécifiquement, l’UE
doit
encourager l’adhésion à l’ITIE(2)
des pays partenaires, des Etats-membres et de toutes les compagnies européennes
actives dans le secteur extractif.
Ø L’UE doit
rendre obligatoire le reporting financier
pays-par-pays des compagnies européennes de ce secteur via la Directive
Transparence 2004/109/EC, qui sera revue en 2010. L’UE doit aussi s’assurer que
la
révision de la norme IFRS 8 par le
Bureau des Standards Comptables Internationaux et que la proposition d’une
nouvelle norme Industries Extractives (remplaçant l’IFRS 6) soient des
opportunités pour contraindre les compagnies à soumettre, dans leur rapport
annuel, les informations comptables ventilées pays-par-pays.
B. Pour que
l’exploitation des minerais cessent d’alimenter les conflits armés dans la
Région des Grands Lacs :
Ø L’UE doit soutenir
l’établissement de
mécanismes de
certification identifiant l’origine des minerais afin de permettre aux
acteurs économiques de différencier les ressources “propres” de celles
finançant les conflits et de les contraindre à commercialiser uniquement les
minerais certifiés. À cette fin :
o
Le
Parlement Européen doit encourager la Commission Européenne à utiliser sa
participation au sein
Processus de
Kimberley pour encourager et aider les gouvernements de la Région des
Grands Lacs à améliorer le contrôle interne de l’exploitation et du commerce du
diamant.
o
Concernant
les autres minerais susceptibles d’alimenter les conflits (or, coltan,
cassitérite et wolframite), le Parlement Européen doit encourager la Commission
Européenne et les Etats-Membres à contribuer urgemment à l’instauration de
mécanismes de certification.
o
L’UE
doit soutenir la mise en œuvre des initiatives régionales en la matière
(3).
Ø L’UE doit
renforcer les capacités des institutions
locales à formaliser, réguler et développer le secteur minier en vue de
favoriser le commerce légal de minerais. Pour ce faire, l’UE doit leur
accorder son soutien technique et financier,
entre autres via des investissements permettant la transformation sur place des
minerais et la création d’une valeur ajoutée au bénéfice des économies
nationales.
Ø L’Union Européenne doit
assurer l’application de sanctions à
l’égard des compagnies européennes impliquées dans l’exploitation et/ou le
commerce illégal des ressources naturelles. L’UE doit ainsi enquêter et
traduire en justice les compagnies européennes identifiés, notamment par le
Panel d’Experts des Nations Unies sur l’Exploitation Illégale des Ressources
Naturelles, comme étant impliquées dans de telles pratiques illégales.
C. Pour
renforcer la responsabilité sociétale des entreprises européennes actives à
l’étranger dans le secteur des ressources naturelles :
Ø L’UE doit adopter une
directive contraignante sur la
responsabilité sociétale des entreprises prévoyant l’établissement d’une
compétence extra-territoriale du juge
européen, dans l’intérêt des pays hôtes et de leurs populations ainsi que
des compagnies elles-mêmes confrontées aujourd’hui à une grande insécurité
juridique en la matière face à la diversité des cadres existants.
Ø L’UE doit inclure, dans
cette législation, le
devoir de
diligence, la responsabilité des sociétés mères pour leurs filiales et l’ensemble de leur chaîne
d’approvisionnement et le reporting social et environnemental obligatoire.
Ø L’UE doit
encourager l’adoption d’initiatives
contraignantes et cohérentes en ce sens au sein des institutions internationales,
dont les Nations Unies, et soutenir les initiatives régionales, notamment celle
menée au sein de la Conférence internationale de la région des Grands Lacs en
la matière
(4).
D. Pour que
la gestion des ressources naturelles favorise le développement au Sud :
Ø Sur base de la résolution du
Parlement européen du 13 janvier 2005 (P6_TA(2005)0008), l’UE doit s’engager à
annuler sans conditionnalité les dettes
bilatérales des pays du Sud afin de garantir la souveraineté économique des
pays(5)
et de
tenir compte de la dette
écologique cumulée par les pays industrialisés. L’UE doit également plaider
en ce sens au sein des instances internationales.
Ø
L’UE doit veiller à la cohérence entre toutes ses politiques et les
objectifs de développement qu’elle s’est fixés. Le Parlement Européen doit
en conséquence s’assurer que l’UE mette en conformité sa politique
d’approvisionnement en ressources naturelles (par ex. : Raw Materials
Initiative/COM(2008)699) avec ses objectifs de développement à l’égard des pays
producteurs de matières premières.
Contact au
sein du Réseau Belge Ressources Naturelles (RBRN) :
1- Recommandations au Parlement
Européen par Réseau Belge Ressources Naturelles (RBRN) Audience Publique, 9
décembre
2- Initiative pour la
Transparence des Industries Extractives
2-
Par exemple, le
« Protocole sur la lutte contre l’exploitation illégale des ressources
naturelles » de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs
(CIGL) du 30 novembre 2006 prévoit, en son Article 11, la mise en place d’un
mécanisme régional de certification des ressources naturelles. La mise en œuvre
de ce Protocole est prévue à l’Article 9 du « Pacte sur la sécurité, la
stabilité et le développement dans la Région des Grands Lacs » de la CIGL
signé le 15 décembre 2006 à Nairobi.
4- Voir Articles 9 et 17 du
« Protocole sur la lutte contre l’exploitation illégale des ressources
naturelles » de la CIGL du 30 novembre 2006.
5- lus généralement, référence
peut-être faite à la « pleine souveraineté des peuples en matière de
développement » reconnue par la Déclaration sur le droit au développement
du 6 décembre 1986 et le Pacte international sur les droits économiques,
sociaux et culturels (PIDESC).