Novartis refuse à l’Inde
le droit de produire des médicaments bon marché
22 novembre 2006
L’Inde est le plus grand producteur de médicaments génériques au monde. Il y a quelques années, le pays a révolutionné l’accès aux médicaments bon marché. Mais cette position est aujourd’hui mise en danger par la multinationale Novartis, qui poursuit le pays devant la justice...
Premavati, veuve de 60 ans, vit dans la banlieue de Delhi en Inde. Elle souffre d’un lymphome non hodgikinien (type de cancer) et à du dépenser toutes ses économies – plus de 40.000 roupies, soit environ 700 € – en médicaments. "Mon mari est décédé, il y a deux ans", nous confie Premavati. "Nous n’avons plus d’argent. J’ai deux fils. L’un est simple ouvrier, l’autre est sans emploi. Ma fille de 30 ans a deux enfants et est veuve, elle aussi... Où vais-je trouver l’argent nécessaire pour les médicaments ?" se demande-t-elle. "J’ai déjà dépensé tout ce que j’avais. Si personne ne m’aide, je vais mourir sans traitement."
Près d’un milliard et demi de personnes sans médicaments
Toute personne dans le besoin doit avoir accès aux médicaments et aux soins médicaux, quels que soient son sexe, son âge ou ses revenus. Malgré cela, dans les pays en voie de développement, environ 1,42 milliard de personnes ne peuvent pas se procurer les médicaments essentiels à leur survie. Pour une simple raison : ils ne peuvent se les payer.
Gopa Kumar, chercheur au Centre for Trade and Development (Centre pour le Commerce et le Développement), un groupe de pression basé à New Delhi : "En Inde, la majorité de la population n’a pas d’assurance maladie ou ne bénéficie d’aucun programme de soutien. Dans certains cas, 80% des revenus sont consacrés à l’achat de médicaments."
"Je me demande si les responsables politiques écoutent la population", déclare Dr Gopal Dabade, du Drug Action Forum, un groupe basé dans l’Etat du Karnataka. "Si nous n’exerçons aucune pression sur le gouvernement, et si nous ne faisons rien afin de rendre les médicaments plus accessibles, les pauvres continueront de souffrir et de mourir."
Les brevets contre la santé
L’Inde est le plus grand producteur de médicaments génériques au monde. Près de 67% des médicaments produits sont destinés à l’exportation vers des pays en développement. Il y a quelques années, l’Inde a révolutionné l’accès aux médicaments bon marché contre le VIH en produisant et commercialisant les trithérapies. Cette révolution fut possible car les brevets n’avaient pas cours dans le pays... jusqu’à ce que la loi indienne sur les brevets soit amendée en 2005 afin d’être conforme aux exigences des ADPIC (Accords de propriété intellectuelle qui touchent au commerce) de l’OMC. Cet amendement a ouvert la voie à une période d’au moins 20 ans durant laquelle de nombreux produits seront protégés par des brevets, y compris les médicaments. En clair, toute une série médicaments vont désormais coûter plus cher, devenant ainsi de moins en moins abordables pour les pauvres.
"Je me souviens à quel point c’était difficile de payer mon premier traitement", déclare Umashanker Pandey, 35 ans. "J’ai perdu 6 kilos ces trois derniers mois. Mon corps n’a pas réagi aux antirétroviraux du premier traitement et je ne peux pas m’offrir le second."
"Les gens comme moi ne comptent pas..."
"Je suis inquiet car les gens comme moi ne comptent pas, même pas pour notre gouvernement. Je ne sais pas combien de gens dans ma situation ont déjà commencé à compter leurs jours", confie-t-il. La femme de Umashanker et le cadet de ses cinq enfants, âgé de huit ans, sont également séropositifs.
Umashanker connaît 18 personnes dans sa ville natale qui sont dans la même situation que lui. Il est urgent qu’ils entament un second traitement, mais ils ne peuvent pas le payer. En fait, des centaines de milliers de personnes comme Umashanker pourraient êtres sauvés si les ADPIC et les lois nationales qui en découlent permettaient de faire passer les vies humaines avant les bénéfices des firmes pharmaceutiques.
L’attaque de Novartis
Seulement voilà : le géant pharmaceutique Novartis ne l’entend pas de cette oreille. La multinationale s’est récemment vue refuser un brevet pour un médicament contre le cancer (Glivec) mais conteste cette décision... et défie aujourd’hui la loi indienne sur les brevets.
En effet, alors qu’elle proclame publiquement qu’elle "aspire à une citoyenneté mondiale responsable et consciencieuse basée sur la confiance, la transparence et la responsabilité financière", Novartis poursuit le gouvernement indien en justice afin de limiter le droit de ce pays de produire des médicaments à prix réduits.
En agissant de la sorte, Novartis va à l’encontre des ADPIC, qui stipulent que les pays en développement peuvent produire et importer des versions meilleures marchées des médicaments dans l’intérêt de la santé publique.
Le danger est réel : si Novartis remporte la bataille, une lourde menace pèsera sur la capacité de l’Inde de produire et d’exporter les médicaments génériques. Y compris ceux contre le VIH dont bénéficient des millions de personnes dans les pays du Sud.
Vous pouvez agir !
Envoyez dès aujourd’hui un message au Directeur général de Novartis afin de lui exprimer votre indignation et d’exiger de l’entreprise
1. Qu’elle abandonne les poursuites en appel contre le bureau indien des brevets pour le médicament contre le cancer Glivec®/Gleevec®.
2. Qu’elle abandonne les poursuites juridiques qui ont pour but d’amender la loi indienne sur les brevets.
3. Qu’elle s’engage publiquement en faveur du droit des pays en développement de produire des médicaments bon marché dans l’intérêt de la santé publique.
Plus d’infos :
Xavier Declercq, directeur de la Mobilisation, Oxfam-Solidarité Tél : 02 501 67 13 - GSM : 0475 220 791
Etienne De Belder, chercheur sur les questions de commerce et de développement, Oxfam-Solidarité Tél : 02 501 67 56 - E-mail : ede(at)oxfamsol.be
Les détails de l’action juridique de Novartis sur le site de la Déclaration de Berne .
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