LA PENSÉE PHILOSOPHIQUE CONTEMPORAINE
Philippe Van Parijs 24 Novembre 2006
John Rawls, montre le paradoxe que certaines inégalités sont favorables si elles permettent de développer des catégories défavorisées. Pour Rawls, la question de la société juste n’est pas un point de départ pour une théorie de la justice utile, pas non plus un point d’arrivée possible. (2 livres Théorie de la justice (1971), La justice comme équité (2001)).
Il y a
4 conditions pour toute conception de la justice :
- 1° Libéral : idéal de tolérance, égal respect pour différentes conceptions de la vie bonne.
- 2° Égalitaire : Égal souci des intérêts de la vie de chaque personne
- 3° Faisant droit à la responsabilité personnelle : Égalisation des chances, des possibilités, de la liberté réelle, plutôt que des résultats au niveau du niveau de vie, du bien - être.
- 4° Faisant droit à l’efficacité économique, maximisation soutenable du sort des défavorisés plutôt qu’égalité stricte.
Rawls affirme qu’une égalité peut être justifiée si ceux – là même qui en sont les victimes en bénéficient.
1° LA THÉORIE DE LA JUSTICE DE RAWLS :
3 PRINCIPES :
- 1° PRINCIPE D’ÉGALE LIBERTÉ :
Chacun (chacune) doit jouir des libertés fondamentales les plus étendues compatibles avec la jouissance de ces mêmes libertés par tous et toutes.
- 2° PRINCIPE D’ÉGALITÉ ÉQUITBLE DES CHANCES :
Tous et toutes doivent jouir d’un accès égal à toutes les positions sociales à talents donnés. Pas égalité de probabilité, mais de possibilité (Ex. : Enseignement gratuit obligatoire et efficace).
- 3° PRINCIPE DE DIFFÉRENCE :
Les inégalités socio – économiques (Richesses, revenus, pouvoirs et prérogatives, loisirs) doivent contribuer à améliorer les perspectives de ceux qui occupent les positions sociales les moins avantageuses.
Le principe général est de structurer la société pour que les plus défavorisés puissent obtenir le plus.
2° QUELQUES CRITIQUES DE RAWLS :
- a) Amartya Sen :
Signale 3 limites de l’approche de Rawls :
+) 1° Les capacités sont premières, plutôt que les biens.
+) 2° Suffisance plutôt qu’égalité ou maximum.
+) 3° Approche comparative plutôt que superlative.
Les capacités (de se nourrir, de se vêtir, de se loger, d’être éduqué, de se soigner) sont plus importantes que les biens. C’est la recherche d’une liberté réelle pour tous afin de maximiser ce que reçoivent au fil de leur existence celles et ceux qui reçoivent le moins.
L’économie se concevra comme des dons. La quantité de travail américain gagne plus que celle du Bangladesh, ces dons sont très inégalement répartis. Une allocation universelle au niveau le plus élevé possible en espèces et en nature. La recherche d’un revenu universel permet de distribuer des dons plus forts pour celui qui reçoit le plus faible don.
- b) Gérald Cohen :
Cohen se situe dans le marxisme analytique. L’idéal de Rawls promeut une société bien ordonnée (des institutions conformes à ses principes de justice, le citoyen est adhérent aux principes qui sous - tendent les institutions).
La question des
inégalités est centrale, il y a trois moyens de les prendre en considération :
- Laxiste : Rawls accepte les inégalités si elles permettent d’améliorer le sort des plus pauvres, il soutient aussi ainsi les plus talentueux.
- Stricte : Pour Cohen les incitations sont des rançons à un manque d’éthique
- Chrétienne : le souci des plus pauvres doit guider vers une société juste.
- c) De la société juste au monde juste : Rawls contre Bono (Live Aid 2005).
Pas la charité, mais la justice. La justice de Rawls ne peut s’envisager que dans le cadre idéal de l’état, il ne peut s’applique à l’international.
Différentes perspectives situent le
niveau auquel doit se jouer la justice :
- 1° La communauté : Walzer
- 2° Démocratie : Dworkin
- 3° État : Nagel
- 4° Structure de base de la société : Rawls.
Quelles sont les conditions minimales pour l’exercice de la justice ? 2 conditions :
- 1° Une structure de base coercitive au niveau mondial
- 2° Acceptation d’une relation personnelle de compensation avec quelqu’un d’autre qui peut m’interroger
La question de la nation juste n’est pas le bon point de départ, mais le monde juste est prioritaire.
BIBLIOGRAPHIE :
Philippe VAN PARIJS ,
Yannick VANDERBORGHT L'allocation universelle
Mars 2005 - 110x180 - 128 pages - 8,50 € - Repères, n°412 - Thèses et débats - 2-7071-4526-2