Justice et Paix : SEMAINE SOCIALE.


CONFLIT ET JUSTICE

Jacques Arènes 24 novembre 2006
La psychanalyse ne connaît pas la notion de justice. Mais un désir de sortir du déséquilibre et de revenir à un ordre que les autres ont et que l’on n’a pas. La recherche de la justice vient du désir de l’action le plus juste appropriée, au plus près du désir de la personne.

Beaucoup de personnes se méfient du désir de justice, méfiants de la réparation sans aucun tord pour soi – même. La revendication unique d’un pour soi où l’autre se découvre comme persécuteur. On s’occupe ainsi plus du tort que l’autre m’a fait que de ce que moi j’ai fait.

Chaque personne a ainsi une théorie de la justice (Juste, injuste, don, dette). La psychanalyse s’interroge sur la généalogie du désir de justice. Le conflit est interne à la personne. Le but est de se changer soi - même, de discerner, dans le cadre des conflits, ce qui vient de soi et des autres. C’est un travail sur soi dans une logique de discernement, de séparation (soi et l’autre qui nous envahissent) et de réparation. Dans ce dessein, le réel de l’événement est mis de côté. Il y a ici tentation du tout réel ou du tout psychologique.

QUELS SONT LES LIEUX D’INJUSTICE ET DE JUSTICE ?

Le lieu de l’origine de chaque sujet est le premier lieu d’injustice. Dans le passé, quelque chose est arrivé qui n’aurait pas dû arriver. La vie bonne n’est pas réglée par la réparation. Chacun négocie avec son destin passé. La demande de justice s’adresse ainsi aux parents : " Qu’est ce qu’ils m’ont fait ? ". Nous pouvons assumer la chance d’être en bonne santé. Question de la part donnée. La justice peut conduire à désirer de réparer le donné initial.

La figure du trauma est l’irruption du monde extérieur par un événement qui nous as démunis. Le réel devient lui - même traumatique. Ce n’est plus le rapport avec le conjoint que devient traumatique, mais le conjoint lui – même. La situation dangereuse du trauma s’élargit à la personne elle – même. Le vœu de justice devient ainsi une quête sans fin. Le trauma apparaît car on a quitté le monde de la culpabilité. On perd aussi la liberté, on rejette la lourdeur de la responsabilité en la reposant sur un autre.

La justice devient le lieu d’un partage, où chacun reconnaît sa part, entre moi et l’autre. Cela peut conduire à éliminer le modèle manichéen. Le conflit devient assumé dans l’ambivalence des relations. La justice a les yeux bandés car elle ne peut faire jouer trop l’affectivité.

Le danger vient en présence d’un attracteur auto – référentiel qui rend la justice impensable. La justice narcissique ne peut conduire à guérison.

Le lieu de la justice et du conflit est le lieu du fraternel. L’appel à la justice devient appel à une instance tierce pour une égalité de traitement et des parts. La fraternité est le lieu ou l’altérité est la plus douloureuse : le frère me pose la question de ma part posée à côté de la sienne. Chacun souhaite être aimé singulièrement et être aimé de la même façon que l’autre (égalité). L’égalité est ainsi du domaine de l’avoir et la singularité du domaine de l’être.

Les enfants non - désirés doivent toujours être désirés et aimés, ils ne sont pas le fruit du hasard. Ils cherchent constamment une seconde naissance. Ils voudraient constamment que le désir de l’autre soit constamment en train de nous valider.

La justice n’est pas mienne ni tienne, mais elle s’inscrit dans une logique de l’accueil et du don et de la dette. Il y a tension entre soi et l’autre, entre justice donnée et reçue. Qui va donner la justice ? Il faut parfois reconnaître qu’une réparation n’est pas toujours possible, ni souhaitable. La logique de la réparation est la loi du talion, mais tout ne peut se réparer. On ne peut donner quelque chose que l’on a pas d’avance reçu.

Suicide et dépression sont de plus en plus présents. La souffrance de la vie est difficile à porter et conduit souvent à la fatigue psychique. Le suicide des jeunes est souvent le résultat d’absence de repères et de lois du désir de l’autre.
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