LA JUSTICE SELON LA BIBLE ET SELON LES PRINCIPALES RELIGIONS
SSF Nov6
PLAN :
Est ce qu’il y a en chacun de nous une aspiration à la justice ? (Bertrand Vergely, philosophe).
Sources bibliques du dieu juste (2 voix : Daniel Fahri, rabbin et Marie Noëlle Thabut, bibliste).
Les fausses images de Dieu (Patrice Gourrier, prêtre et psychologue).
À quelle conduite éthique nous invite les religions ? (la justice au quotidien).
1° EST CE QU’IL Y A EN CHACUN DE NOUS UNE ASPIRATION À LA JUSTICE ? B. Vergely : Point de vue du philosophe :
Bertrand Vergely : Le silence de Dieu face aux malheurs du monde.
Le monde se divise en deux car il y a tellement d’injustices.
Deux grandes théories fondent la justice : le fondement naturel ou le fondement positif. La question centrale est : la justice est-elle une invention de l’homme ou l’homme est-il une invention de la justice ?
Pour la tradition chrétienne, la justice n’est ni naturelle, ni positive, elle est transcendante. La justice est une vertu et pas simplement une règle de droit.
La justice a 4 caractéristiques :
- Règle
: La vie humaine doit être réglée, une vie rationnelle
- Égalité
: Fondatrice de l’unité du genre humain, égalité de traitement
- Mérite
: Idée de liberté, certains font plus que d’autres, valeur de l’individu
- Punition
: Si faute à réparer
Ces quatre règles de la justice ont un fondement naturel dans l’humanité :
- En comparant son action par rapport aux autres, nous nous rendons compte que certaines inégalités ne sont pas supportables. La règle d’équité est liée au mérite individuel, la justice est autant une lutte pour l’inégalité positive que l’égalité.
- La réparation et le châtiment sont là pour lutter face au danger de l’impunité. La personne punie reste une personne ; le châtiment a ainsi quelque chose de positif. La notion de châtiment est nécessaire pour une bonne vie en société. Le coupable est protégé contre la société en lui donnant un salut.
- L’égalité est une nécessité pour lutter contre l’inégalité, mais l’égalité à tout prix peut conduire au totalitarisme.
Le monde ou tout est pareil est semblable au totalitarisme. (L’individualité, l’originalité de chacun sont gommées).
- Le mérite est une notion nécessaire lorsque l’égalitarisme est mis en valeur afin de mettre en valeur chaque action de chacun. Le mérite en soi peut conduire à la décadence.
Pascal dit : " Une justice qui ne se fonde pas sur la force est accusée ". La justice est une affaire d’hommes, une affaire d’engagement, elle représente le rapport de la règle à l’homme. La justice n’existe pas, il y a des hommes justes qui se battent pour : - 1° L’égalité - 2° Le mérite
- 3° La punition - 4° L’existence de la règle
La justice est donc une affaire d’hommes. Le sens de l’homme fait apparaître deux aspects :
- 1° La conservation de soi - même ; la pitié
- 2° Le sens d’autrui : la sensibilité, solidarité
La justice est, dans l’homme sensible et vraiment capable de vie à l’égard de lui – même et des autres. La notion de l’homme peut - elle fonder la justice ? Non, l’ambiguïté des droits de l’homme peut justifier tout et son contraire.
Quel fondement reste – t’il pour la justice ? Il nous faut tourner nos yeux vers le spirituel et le transcendant. La justice a donc un fondement spirituel, transcendant et vivant. Dieu est l’action ordonnée de la vie, respect de la vie (de nous – même, des autres) et du monde autour de nous.
La justice se passe donc dans une vie juste lorsque je suis en accordance profonde avec moi – même, avec l’être profond de ma vie.
Jésus propose une double loi : amour du prochain et de Dieu. La justice n’est pas un concept de vie abstrait lorsque nous pouvons dire que tout mérite la vie. Il n’y aura d’universel que le moral (esprit, beau et moral). L’homme est suffisamment digne d’être respecté pour être debout.
La tâche de la justice est ainsi passionnante, elle consiste à rechercher à vivre en équilibre. Chez Platon, l’homme de justice est homme du bien dire, capable de bénir la vie.
2° LES IMAGES DU DIEU JUSTE DANS LA BIBLE : Daniel Farhi : rabbin :
Deux noms sont donnés dans la bible pour parler de l’œuvre de Dieu dans la création:
- Élohim : Dieu, rigueur de la justice
- Adonaï : Dieu d’amour et de mansuétude (a été, est et sera).
Le monde peut de ce fait ne subsister que s’il y a le mélange entre ces deux éléments, rigueur et mansuétude. En hébreux, c’est le même mot. Dans le judaïsme, on ne peut séparer l’un de l’autre.
Le concept de justice, est-il en l’homme ? Pour tester la santé mentale des personnes, nous pouvons voir leur sens de la justice. La bible nous montre que Dieu voit un des fondements de la société dans la justice. La justice humaine est imparfaite, il faut prendre exemple du Dieu de la création pour parler de la justice du cœur et du droit (voir les lois en Ex 21 à 23).
Il y a d’abord 10 paroles, des principes universels et leur application dans la vie courante. Dieu est l’illustration de cette justice.
Exemples de texte bibliques :
- Œil pour œil, dent pour dent
: lecture juste car équité, même niveau de traitement, cette lecture peut se révéler injuste (œil d’un borgne, dent d’un édenté). Tout cela doit être l’objet de réflexion et d’appréciation. Mesure de miséricorde et de rigueur et de justice.
- Au déluge, Noé
est le seul homme jugé d’être juste et intègre. Dieu se répand d’avoir crée l’homme. La justice de l’homme permet de fonder une humanité nouvelle.
- Les justes des nations ont sauvé des déportés par leur sens de la justice, compassion et amour du prochain.
3° LES IMAGES DU DIEU JUSTE DANS LA BIBLE : Marie Noëlle Thabut : Bibliste:
Dieu n’a pas d’arbitraire, il est juste. L’histoire des hommes de la bible est l’histoire d’une longue découverte. Un couple stérile est choisi, il devient le début d’un peuple aimé de Dieu. Abraham eut toute confiance au plan de Dieu.
Dieu est patient avec nos lenteurs : Deut.8,5 : " Comprends donc que Yahvé ton Dieu te corrigeait comme un père corrige son enfant, et garde les commandements de Yahvé ton Dieu pour marcher dans ses voies et pour le craindre ".
Peu à peu le peuple d’Israël a appris la langue de Dieu et à parler avec les mots de Dieu. Selon qu’un texte est plus ou moins ancien, il va traduire les découvertes que Dieu a faites.
Il y a 3 images du Dieu de Justice :
1° Une balance (Plateaux à égalité, bons récompensés et mauvais perdus, justice arithmétique).
2° Dieu, soleil de justice (Malachie 3)
3° Chef d’entreprise qui a perdu la tête. (Ouvriers de la dernière heure). Un avenir est toujours possible à condition de pratiquer la justice, ne pas compter ;
Quelques passages bibliques :
- Après Noé, nous sommes tous sur le même plateau.
- Abraham intercède pour les justes à propos de Sodome, comme un marchand de tapis (Gen. 18,16 à 33).
- Parcourez la ville, renseignez – vous si vous découvrez un homme qui pratique le droit, qui recherche la vérité, alors je pardonnerai à cette ville, dit Yahvé.
Un Dieu qui scrute les pensées (Jér. 5,1).
- Job est face aux personnes qui pensent que Dieu rend à chacun et chacune selon ses œuvres.
- Isaïe 55 : Vous tous, qui avez soif, venez, voici de l’eau, vos pensées ne sont pas mes pensées !
Dieu est tout entier pardon :
Il n’a rien à voir avec nos calculs de mérite.
Job conteste la logique de la balance.
Invitations à la pénitence (Luc 13).
Dieu entend la souffrance de son peuple comme au buisson ardent (Ex 3,7 : J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte. J’ai entendu son cri devant ses oppresseurs ; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste…) Maintenant … va… Je t’envoie auprès de pharaon).
Actes 5,39 : Gamaliel ne veut pas risquer de se trouver en guerre avec Dieu.
Dieu envoie quelqu’un :
- Dieu, le père envoie quelqu’un qui entend la souffrance et qui veut les rendre heureux. Ce projet est le même pour tous pour faire une humanité libre et responsable.
- Dieu n’est pas un Dieu vengeur (Isaïe 35 : la vengeance de Dieu n’est que pardon!).
- Pour Néhémie, la vie entière est un essai pour calmer les ardeurs de vengeance, car toi, Dieu, tu n’est que pardon !
Universalité de la miséricorde de Dieu pour tous les hommes : Saint Paul souligne le projet de Salut de Dieu pour la création d’un peuple nouveau de frères et sœurs en Christ.
4° LES FAUSSES IMAGES DE DIEU : Patrice Gourrier, prêtre et psychologue :
Nous sommes tous pris dans le langage et l’agir. Le témoignage que nous pouvons donner à Dieu est à partir de ce que nous vivons et disons. Cela suppose vigilance lorsque que nous parlons de Dieu, nous risquerons de l’abîmer.
Nous projetons souvent sur Dieu, l’image du Père – vengeur souvent. À force de ne donner que de son superflu, la charité a perdu son sens profond. L’amour aussi a perdu son sens. Beaucoup de personnes attendent un cadre et ce qui est donné, c’est un Royaume. Il faut remettre en valeur la dignité royale de l’homme. Les catastrophes naturelles donnent une image à court terme de l’homme.
Dieu a mis en nous les vertus qui ne demandent qu’à infuser en nous. Ces vertus ont été données par Dieu par grâce gratuite. Il nous faut les développer. Le livre de Ben Sirac, le sage souligne la nécessité de se taire. L’humilité est recherchée (publicain et bon larron). Sache d’où tu viens, ou tu vas et tu te tiens sous le regard de Dieu. Aime et fais ce que tu veux, comme le dit saint Augustin.
Un enjeu capital est : pas de paix sans justice et pas de justice sans pardon.
Relecture de la parabole des talents. Tu as reçu très peu de choses et tu n’as même rien pu faire de ce peu de choses ! Tu récoltes où tu n’as pas semé ! même la terre aride peut porter du fruit ; du stérile, Dieu peut faire du fécond ! Dieu punit l’esprit qui est médiocre !
5° LA RELIGION MUSULMANNE ET L A JUSTICE: Méhriza Maïza, conférence mondiale des religions pour la paix:
Il y a 99 noms pour Dieu.
- 2 noms
font référence au Dieu qui juge, l’équitable et
- 4 noms
font référence à l’indulgent, le très clément, le miséricordieux.
Sourate 40,1-3 : Nous sommes créés selon un équilibre, pesez en toute équité, ma miséricorde devancera ma justice. L’homme fait partie de cet équilibre, il assume sa responsabilisation en tant que vicaire de Dieu pour le préserver.
L’injustice sème le désordre en premier sur soi - même. C’est une injustice si l’homme se prend lui - même pour Dieu. Le fait de reconnaître Dieu est un acte de justice.
Dieu le tout puissant peut rétablir la justice, absoudre les péchés et pardonner avec générosité. Les messages révélés servent à expliciter la justice aux êtres humains (Coran 57,25).
Être juste, c’est faire un effort sur soi - même pour donner une place à l’autre (Coran 5,8). Nous sommes invités à nous transformer de l’intérieur. Le pardon permet à la victime et à l’auteur de l’injustice de retrouver leur humanité.
Pour le musulman, il n’y a pas de charité, mais un devoir de solidarité. Les justes sont les gardiens de la paix et de la vie.
6° LE BOUDHISME ET LA JUSTICE : Fabrice Midal, enseignant Boudhiste:
À quelles expériences renvoient les comportements justes ? Comment être plus juste ? À tous les niveaux de notre vie, comment être juste ? Comment trouver le juste milieu ?
Le chemin, c’est la parole, la méditation justes. Le comportement juste n’est ni extrême, ni nihiliste, ni externalisme.
Lorsque quelqu’un souffre, l’ouverture matérielle du cœur est touchée. Quand cette nudité nous touche, nous sommes dans une certaine vulnérabilité, mais aussi ouverts à la confiance. Cela permet de traverser le béton de notre ego. La voie du Bouddha permet d’aller plus loin que son ego vers une purification du cœur et attention à la réalité.
7° LE JUDAISME ET LA JUSTICE : Daniel Farhi : rabbin :
Le livre du Deutéronome montre que la poursuite de la justice est un souci constant. Il ne faut pas favoriser le riche ni le pauvre dans un excès de justice. La justice est identique pour tous, des poids identiques.
Exemples :
L’année sabbatique offrait tous les 7 ans la liberté aux esclaves.
L’année jubilaire, tous les 50 ans (7 * 7ans) la rémission des dettes contractées.
Le talmud montre que cette loi, pourtant juste, peut conduire à ne pas prêter l’année avant l’année sabbatique ou jubilaire de peur de ne pas trop perdre. Tu ne placeras pas d’obstacle sur le chemin d’un aveugle. La charité ne peut pas tout.
8° CHRISTIANISME ET LA JUSTICE : Patrice Gourrier, prêtre et psychologue :
À quelle conduite éthique nous conduit la foi chrétienne ? Rerum Novarum n’est pas encore assez connue !
Le 1er° janvier 2004, la lettre du pape parlant de la destination universelle des biens demande, la suppression des brevets pour les médicaments.
Le christianisme n’est pas une morale, c’est une rencontre personnelle avec Dieu qui change la vie et alors nos comportements deviennent éthiques. Le christianisme n’est ainsi pas la religion de Dieu, mais celle de l’homme. Dans ce domaine, tout ce qui blesse l’homme blesse Dieu, la destruction de l’environnement blesse Dieu.
8° QUELQUES PAROLES DU DÉBAT :
Musulman : L’ennemi n’est pas haï pour lui – même, mais une attitude, un acte rejeté pour lui – même, pour lui –même, invitation très forte à pardonner.
Boudhiste : L’amour des ennemis, nous conduit à étendre cette racine de bienveillance pour ceux qui sont proches, indifférents et aimés.
Judaïsme : Pour pardonner il faut la possibilité de pardon et la demande de pardon. Le pardon inconditionnel est une injustice. L’application normale des lois religieuses ne doit pas couper un juif des lois civiles. Jérémie demandait déjà de prier pour le Pays qui nous reçoit.
QUELQUES PAROLES DE CONCLUSION :
La quête de la justice nous conduit à retrouver le juste milieu, le point de nudité aux prises avec la souffrance de ce monde. Nous sommes ainsi invités à retrouver la vérité spirituelle du fonds de chacun. La justice commence dont par une écoute de ce que chacun vit au plus profond de lui même, de ce qu’il est
La justice n’est pas tant des règles, mais l’homme qui se lève. C’est une vertu à laisser se développer en nous. Nous ne sommes pas fait pour la médiocrité, mais la noblesse, d’essence royale. Avec le stérile, on peut faire du fécond !
Retournons à la profondeur de notre être, la transcendance de la justice passe par là.