CROIRE EN UN MONDE PLUS JUSTE, ILLUSION OU ESPÉRANCE
Jean Baptiste Foucault, Inspecteur général finances, solidarités nouvelles face au chômage, convictions, démocratie et spiritualité
Croire en un monde plus juste est une espérance, pas une réalité, pas une certitude, une promesse, une possibilité. Comment faire pour que l’espérance de justice transforme la réalité ?
1° QUELLE LECON TIRER DU PASSE ?
Le progrès technique, social et économique est général.
Le progrès est inégal.
Le progrès est réversible
Le progrès comporte des effets pervers.
Les effets négatifs du progrès vont croissants (problèmes écologiques).
Il n’y a pas d’espérance sans discernement, il y a eu acquisition de richesses mais pas forcément plus de justice.
2° QUE NOUS DIT L’ÉVANGILE À CE SUJET ?
L’évangile ne nous donne pas de critères pour une société juste, pas de mécanisme social bien huilé qui ferait tout à notre place, pourtant la question de la justice est omniprésente. Cinq aspects sont mis en évidence :
- 1° Un appel à la prudence collective (Parabole du bon grain et de l’ivraie).
- 2° Affirmation de la présence du Christ dans les plus défavorisés privés de la carapace protectrice de l’avoir. (Mt 25).
- 3° Devoir de responsabilité (Bon Samaritain), chacun définit les voies et moyens de faire cela.
- 4° Obligation de participation et de solidarité à la vie politique (rendez à César…). En s’obligeant de payer l’impôt, le disciple doit participer à la vie de la cité.
- 5° Devant la pluralité des conceptions de la justice (cherchez le bien commun, les talents), il faut rechercher une attitude de justice visant la radicalité inspirée par l’amour du prochain. (Jeune homme riche, Brebis perdue égarée). Mais il y a toujours un principe de modération (Zachée ne donne que la moitié de ses biens).
Nous sommes ainsi invités à conjuguer sincèrement 3 aspects en même temps :
- 1° Résister à l’injustice, mais avec discernement.
- 2° Rechercher patiemment des grandes régulations collectives qui permettent de rendre la société plus juste.
- 3° Au - delà de la justice du monde, se profile la justice du royaume (ouvriers de la 11° heure !).
3° UN CAHIER DE CHARGES POUR MIEUX SASTISFAIRE L’EXIGENCE DE LA JUSTICE ?
Pour cela il nous faudra :
- 1° Cultiver le désir de justice. Le désir de justice est-il naturel à l’homme ? pour soi ? pour les autres ? pour la collectivité ? Il nous faut sans cesse opposer à l’appât du gain, l’appât du don.
- 2° Considérer les différentes conceptions de justice comme un enrichissement mutuel. Il y aura toujours des compromis, aucun principe personnel ne s’impose aux autres
- 3° Rendre compte de l’élargissement de la problématique de la justice (exclusion, inter générationnel, mondialisation, gestion écologique, entre genres, décalage croissant entre la hausse des standards et les moyens d’y faire face).
- 4° Se situer en termes de rapport de force sociaux.
- 5° Des compromis temporaires sans compromissions (l’égalité des chances ne doit par exemple pas faire oublier l’inégalité des résultats, les inégalités ne doivent pas dépasser un certain seuil).
4° POUR UN MONDE PLUS JUSTE, NOUVELLES VALEURS, NOUVELLES MÉTHODES POUR UN NOUVEAU DÉVELOPPEMENT :
Deux attitudes nouvelles sont à trouver :
- 1°
Poser en termes nouveaux la question de la régulation du capitalisme mondialisé par un système social et syndical de régulation différent.
+) Multiplier les alternatives (économie sociale et solidaire).
+) Des institutions pour une redistribution régionale et mondiale.
+) Taxer les taux de rentabilité exagérés.
+) Faire émerger de nouveaux acteurs (consommation équitable, lutte contre l’exclusion).
- 2°
Un nouveau concept de richesse doit se développer. Il nous faut mieux hiérarchiser nos différents désirs au service d’un autre développement et d’une autre conception de la richesse. (Abondance frugale et solidaire). Un droit pour tous et chacun au luxe qui lui est essentiel, mais pas tout le luxe.
Mieux faire la différence entre le vital et le superflu. Il nous faut répartir également trois activités essentielles que sont le travail, les activités relationnelles et le spirituel.
Nous sommes invités à passer du plein emploi pour tous à un temps de travail choisi, travail qui a un sens, avec une bonne protection sociale dans un environnement de qualité.
3° Faire fonctionner autrement notre démocratie : Nous sommes aussi invités à retrouver que de la démocratie est un système de valeurs qui inclut une dimension spirituelle :
+) Réaffirmer la promesse d’égale dignité (vision spirituelle).
+) Éthique de la discussion
+) Articuler la transformation individuelle et collective
+) Faire mieux accepter à la laïcité les contributions des forces religieuses et spirituelles
+) Un service civique obligatoire … Pour tous.
5° QUEL PRÉALABLE POUR RENDRE LA SOCIÉTÉ PLUS JUSTE ?
C’est le retour au plein emploi qui est le préalable à une société juste, pourquoi :
Le chômage dérègle les équilibres économiques.
Le chômage rompt le monde commun de la cité.
Là où il devrait y avoir entraide, il y a jugement.
Le chômage mène à l’anomie et suscite dépression et violence.
Comment retourner au plein emploi ?
Un engagement puissant de la société civile du monde chrétien.
Pour la prochaine législature, définir la voie française pour un plein - emploi de qualité et accepter d’en payer le prix.
Au plan mondial, 2 modèles sont en concurrence :
- Le modèle libéral : Initiative individuelle mais inégalités
- Le modèle scandinave : Marché du travail très régulé, beaucoup de charges, accompagnement des individus réorientés vers des emplois différents.
En France:
- Il y a confusion entre droits acquis et droits croissants.
- Nous ne voulons pas le modèle libéral, mais ne sommes pas prêts à rentrer dans le modèle scandinave.
- Les politiques menés sont trop souvent détournées de leur sens.
Pour le futur, il faut revenir à un plan emploi ambitieux mais avec 4 impératifs:
- 1° Cohérence - 2° Coordination
- 3° Stabilité - 4° Engagement dans le temps autour d’un schéma clair
Ce n’est qu’avec un haut niveau de prélèvement obligatoire et vers l’orientation de cet argent vers le plein emploi que nous nous en sortirons. Il nous faudra donc choisir l’emploi, plutôt que le revenu. (Salaire / pouvoir d’achat ; initiative pro – emploi ; temps partiel choisi, revoir des politiques d’insertion durables).