Une vigilance accrue pour le contrôle
des armes doit étudier leur transport
et leur utilisation finale
A la
fin du mois de novembre 2007, les Membres du Parlement Européen ont adopté à
une écrasante majorité (588 votes pour, 14 contre et 11 abstentions) la
révision de la Directive sur les armes à feu. La Commission et le Conseil
soutiennent fortement cette Directive qui entrera en vigueur en janvier
prochain. Les pays membres auront 2 ans pour que cette Directive soit intégrée
dans leur législation nationale. Il y aura donc davantage d’harmonisation dans
les législations nationales des pays membres.
La
Directive met à jour et d’une certaine manière
remplace la version beaucoup plus faible de 1991. Elle touche les
mouvements des armes civiles au sein de l’Union plus que l’export des armes. Il
faut souligner que la nouvelle Directive a des clauses assez progressistes et
cela pourra être utile dans les plaidoyers et le lobbying dans d’autres groupes
régionaux comme celui de la CEDEAO, de l’Amérique latine, à partir du moment où
l’on peut dire que l’Union Européenne elle-même a pris des mesures strictes
pour réduire la violence par les armes dans ses propres frontières.
Quelles
sont les clauses de cette Directive qui auront un impact important dans la
législation européenne des pays membres de l’UE dans le domaine des
armes ?
Les personnes qui acquerront une arme devront posséder
une licence (un permis) et devront aussi
déclarer toute arme nouvellement acquise. Tous les pays doivent constituer un registre
des armes sur ordinateur et ce pour
2015. Toute personne qui veut acheter une arme à feu doit donner une raison
valable qui justifie cet achat et les autorités nationales doivent décider que
l’acheteur ne présente aucune menace, ni pour lui-même ni pour la sécurité
publique. Les « répliques » et armes à air comprimé qui peuvent être
transformées en armes à feu sont maintenant inclues dans la loi, ce qui réduit
le vide que les criminels exploitaient dans le passé.
L’âge minimum pour la possession d’une arme à feu est fixé à 18 ans dans
tous les pays membres.
L’Union
Européenne, dans sa Directive, se
concentre
davantage sur les mouvements, acquisitions et enregistrement des armes au sein de
l’Union. Certains pays membres ont déjà une législation qui essaie
d’enrayer la circulation trop aisée des armes et leur acquisition sans aucun contrôle. Mais le problème subsiste de la
circulation des armes, au sein de l’Union, à partir ou vers les pays
limitrophes et bien sûr aussi vers les pays d’autres continents, dont beaucoup
de pays ACP.
Nous pouvons nous réjouir de cette Directive
mais il ne faut pas oublier d’autres éléments majeurs qui interviennent pour un
contrôle plus efficace des armes légères et de petit calibre (ALPC). Il faut
par exemple penser au
problème du
transport des armes ; comment établir une régulation stricte de tous
les types de transport d’armement. Il faut pouvoir prendre le moins de risques
possible pour que les armes arrivent à leur destination par les routes qui ont
été établies au préalable. Ceci peut
aider
à diminuer le nombre d’armes détournées avant d’arriver à leur destination
officiellement reconnue. De plus, comme bien des zones de conflit (dans
plusieurs régions d’Afrique sub-saharienne par exemple) ne sont pas accessibles
par voie terrestre ou maritime, le transport aérien est très largement utilisé
et souvent illicite pour l’acheminement d’armes et de munitions dans les zones
à risque. Même si, au point de départ, le transport est légal, en cours de
route, la situation change souvent ; l’utilisation des différences dans
les systèmes nationaux pour le contrôle par exemple, les atterrissages
multiples pour l’approvisionnement en carburant, voire même un déchargement de
la marchandise du premier avion vers un 2
e appareil, l’usage de
documents falsifiés, tout cela aide les responsables des transports aériens
corrompus à bénéficier de la complicité de certains agents d’Etat attirés par
un gain malhonnête, même en ce qui concerne les certificats d’utilisateur
final. Dans bien des pays où les conflits sévissent, l’équipement
technologique, la formation et les ressources des agents nationaux en ce qui
concerne la réglementation du marché aérien privé sont insuffisants et créent
le vide exploité par ceux qui font du transport illégal d’armements et de
munitions leur frauduleux gagne-pain.
Il faut aussi souligner l’importance du
renforcement des contrôles quant à
l’utilisateur final (end user). Les pays membres de l’UE ont partagé
récemment leur intérêt dans un échange d’information pour l’élaboration
progressive d’une compréhension commune des pratiques nationales en matière de
vérification de la livraison et
d’autres contrôles de l’utilisateur final dans le domaine de la technologie et
de l’équipement militaire exportés des pays membres. Il serait même presque
plus important encore de
contrôler
« l’après-livraison » pour renforcer le contrôle de l’exportation
d’armes. Il est vital de
connaître le
pays de la destination finale, le type, la quantité et la valeur de
l’équipement exporté. Ce qui est essentiel aussi, c’est la signature, le
nom, la position de l’utilisateur final, la date du certificat, et une
indication relative quant à l’utilisation finale de ces marchandises. Il faut
aussi s’assurer que les marchandises ne seront pas réexportées et que les
« marchandises exportées ne seront pas utilisées à une fin autre que celle
déclarée ».
Les autorités qui exportent doivent être
vigilantes lors de l’accord de licence et, quand cela s’avère nécessaire,
qu’elles vérifient qui est l’utilisateur final. Ceci éviterait bien des
détournements ou usage falsifié des exportations. Si des détournements ou des
usages falsifiés sont reconnus, il faudrait que l’information soit échangée entre
les pays membres de l’UE et que l’application des sanctions prévues dans ces
cas soit appliquée par chaque Etat. La collaboration entre Etats a débuté, il
faudrait l’encourager et l’amplifier car cela signifierait que l’UE pourrait
contribuer plus largement et plus efficacement à empêcher l’exportation d’armes
et de munitions qui sont détournées ou utilisées de manière illégale.
Agnès
Charles
2° Vers
2008 : Le plaidoyer d’AEFJN pour le contrôle, par les pays africains, de
leurs propres ressources
1. L’
Afrique est le plus
riche
continent de notre planète grâce à
ses
ressources énormes de minerais et d’énergie et sa grande diversité biologique
et culturelle. Une de ses ressources principales, c’est sa population et
plus spécialement la jeune génération pleine d’énergie et de vitalité. Le
colonialisme du passé est remplacé actuellement par le néo-colonialisme. Les
anciens et nouveaux pays industrialisés
se
disputent le contrôle des ressources
de l’Afrique. Les bénéficiaires se retrouvent dans les grandes sociétés
transnationales et parmi une petite « élite » africaine souvent
corrompue. Les
perdants sont les
populations locales. Elles sont arrachées de leurs terres et perdent leurs
marchés traditionnels, base de leur subsistance. Cherchant à survivre, les déshérites
migrent vers les villes, et s’ils le peuvent, émigrent. Dans plusieurs régions
d’Afrique, le changement climatique augmente la détresse liée à la famine et
les mouvements migratoires incontrôlés. Il en résulte un regain de tension
sociale et de conflits pour les ressources encore disponibles. L’Europe sera
touchée par ces migrations incontrôlables, par le terrorisme et le crime
organisé.
2. Aujourd’hui, dans un monde
globalisé, le
néo-colonialisme et
ses
accords de libre échange,
renforcés par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) les Accords de
Partenariat Economique (APE) de l’UE et d’autres accords bilatéraux sont des
voies vers l’accès aux ressources de plus en plus réduites, à des marchés pour
des produits et à de nouveaux
investissements profitables. Souvent, des régimes dictatoriaux et des
politiciens corrompus favorisent l’exode des richesses de leur pays et ce, en
vue d’un profit personnel .La promotion du bien-être est compromise pour
un regain d’intérêt individuel et de recherche du gain optimal quel qu’en soit
le prix.
3. Comme au temps de la
colonisation, le
rôle de l’Afrique se
réduit à celui de producteur de matières premières brutes et de consommateur de
biens importés de l’étranger. Il y a très peu de création de valeur ajoutée,
peu de développement spontané. Le modèle néo-colonialiste condamne le continent
à une situation de sous-développement.
Aujourd’hui, comme par le
passé,
l’Eglise se doit d’être plus
prophétique et de dénoncer les injustices et les causes de la famine, de la
pauvreté et du sous-développement en Afrique. AEFJN, inspiré par le Royaume de
Dieu annoncé par Jésus, veut dénoncer les injustices criantes qui soutiennent
les nouvelles formes d’exploitation et promouvoir des relations alternatives,
équitables et respectueuses entre l’Europe et l’Afrique. AEFJN encourage des
systèmes de partenariat et de participation qui veulent promouvoir le potentiel
humain de chaque citoyen dans sa totalité.
4. Pendant l’année prochaine,
AEFJN va être spécialement attentif aux aspects particulièrement importants
aujourd’hui des
relations de commerce
équitable entre l’Afrique et l’Europe :
AEFJN soutient le travail fait
pour la
Souveraineté Alimentaire
comme un droit des populations et des états à définir leurs politiques
alimentaires et agricoles propres en vue de leurs besoins.
AEFJN est inquiet des
politiques de l’UE pour les
agrocarburants
car elles pourraient diminuer la production alimentaire, causer davantage de
famines, mener vers une destruction massive des forêts primaires et secondaires
et détruire la biodiversité. Il existe aussi une grande tentation pour les
gouvernements d’expulser les populations locales de leurs terres
traditionnelles et de créer un espace pour l’agriculture industrielle et des
cultures sources d’énergie. Avec l’aide de partenaires en Afrique, AEFJN désire
définir et délimiter des conditions sociales et environnementales strictes pour
l’importation dans l’UE d’agro - carburants.
AEFJN va soutenir des
normes sociales et environnementales
pour les industries d’extraction. Ces
industries causent souvent un dommage environnemental important et sont source
de bouleversements sociaux : les habitants sont expropriés de leurs terres
sans compensations équitables, les forêts sont détruites, la terre et l’eau sont
polluées et inutilisables.
AEFJN continuera de travailler
d’autres aspects de
justice économique
qui menacent le bien-être des peuples de l’Afrique :
L’eau : AEFJN désire que l’accès à l’eau soit un droit
de la personne humaine ; il s’inscrit donc contre toute forme de
privatisation de l’accès à l’eau qui empêcherait les couches pauvres de
l’utiliser.
Les médicaments : Vu l’endémie du SIDA/VIH et l’étendue de la
malaria qui touchent des millions de personnes en Afrique, AEFJN va continuer à
étudier l’accès à des médicaments de qualité à des prix abordables et pour la
production de traitements pharmaceutiques pour les maladies rares et négligées.
Les armes : Il y a urgence à renforcer les contrôles sur les
exportations d’armes et cela à tous les niveaux. AEFJN va pousser les pays de
l’UE à faire du « Code de Conduite Européen » sur l’exportation des
armes un document légalement contraignant pour chaque état membre. Il soutient
également le « Traité sur le Commerce des Armes » (TCA), une nouvelle
procédure de l’ONU qui veut créer une convention internationale efficace dans
le contrôle de l’exportation des armes.
Le trafic des personnes humaines : Il s’agit d’une forme
contemporaine de l’esclavage et d’une violation des droits de la personne
humaine. Ce problème global trouve ses racines dans la pauvreté, le pouvoir, le
patriarcat, la pornographie, le plaisir et le profit. AEFJN s’engage à
accentuer la prise de conscience et la législation qui peuvent prévenir,
supprimer et punir le trafic des êtres humains.
6.
La destruction irrémédiable de la nature et le fossé de plus en plus
large entre les pauvres et les super-riches est une menace pour la paix
mondiale, pour la survie même de la race humaine. Préserver la création de
Dieu offerte à toute l’humanité, promouvoir une société globale où tous,
peuples, races, générations différentes,
peuvent vivre dans la dignité, c’est le défi que rencontre chaque
personne de bonne volonté. L’humanité n’est pas propriétaire de cette terre,
mais plutôt le gérant de toute la création. AEFJN, convaincu que la paix
mondiale traite de la restauration d’un ordre juste et équitable entre humains
au sein de la création, veut motiver tous ses membres pour qu’ils concentrent
leurs efforts dans des actions concrètes en vue de ce but commun.
Pour
AEFJN
José
Augusto Leirâo SVD (Portugal)
Brian
O’Toole C.S.Sp. (Irlande)
Wolfgang Schonecke (Allemagne)
3° AEFJN demande un moratoire pour l’importation de
certains agrocarburants
AEFJN demande à l’Union
Européenne et aux Etats membres un moratoire de 5 ans sur l’importation des
agro - carburants issus de monocultures
intensives à grande échelle en Afrique
et sur toute forme de soutien à de telles cultures pour la production
d’agro - carburants de première et de seconde génération.
La nouvelle politique européenne de l’énergie encourage l’utilisation
d’agrocarburants. Pour répondre à la demande croissante, l’Europe importe des
agrocarburants produits en Afrique notamment.
Les Agrocarburants et les Biocarburants sont les deux noms donnés aux
carburants produits par la transformation de matière végétale vivante, par
opposition aux carburants extraits de matière fossile (pétrole) et raffinés.
AEFJN parle d’ « agrocarburant » car certains modes de production et
de commercialisation génèrent des effets négatifs sur l’environnement et la
société.
AEFJN réserve le nom
« biocarburants » pour les produits réellement durables, depuis
la production jusqu’à la consommation.
1. Quel est le problème en
Afrique ?
La ruée vers les agrocarburants induit en Afrique :
- Expansion
des exploitations industrielles à grande échelle de monocultures pour
agrocarburants, irrespectueuses des Africains et de leur environnement ;
- Concurrence en terre fertile
et/ou proche d’infrastructures ;
- Concurrence
en eau ;
- Déboisement,
dégradation des sols, déplacement de populations, perte de la diversité
biologique ;
- Introduction
de cultures d’OGM ;
- Hausse
des prix de denrées alimentaires ; celle-ci est négative pour les pauvres
et pour les pays dépendant des importations pour leur sécurité
alimentaire.
2. En quoi l’Union
Européenne y contribue-t-elle ?
La Commission européenne met en place une politique énergétique qui, par
divers outils, promeut la production intensive d’agrocarburants à grande
échelle sur le continent africain.
Parmi
ces outils, citons la libéralisation progressive du marché d’importation
d’agrocarburants et les aides à la production d’agrocarburants en pays en
développement, ainsi que les objectifs (10 % d’énergie issue des agrocarburants
dans les carburants de transport), les subventions et les incitants fiscaux.
La CE soutient une économie
agricole consommatrice d’énergie et de matières premières
3. Peut-on certifier une production
« durable »?
Les
Chefs d’Etat européens demandent à la Commission d’établir des systèmes de
certification reprenant quelques critères de durabilité.
‘Durable’ signifie : ne pas compromettre la santé et les ressources
de vie et de développement des générations actuelles et futures.
Les
intérêts économiques et la difficulté de contrôle ne permettront pas d’établir
un système de certificat garantissant une production réellement ‘durable’ d’un
agrocarburant.
Les
14% des émissions de gaz à effet de serre (GES) attribués à l’agriculture
proviennent de l’agriculture de type industriel.
18% GES sont dus aux monocultures et à la déforestation et 14% au
transport. Enfin, la production d’engrais et de pesticides contribue pour
une part aux 14% imputés à l’industrie.
4. AEFJN demande un moratoire
AEFJN demande à l’Union Européenne et aux Etats membres
un moratoire de 5 ans sur l’importation
d’agrocarburants issus de monocultures à grande échelle et sur toute forme
de soutien à de telles cultures en Afrique.
Les objectifs sont de :
- Réduire
les investissements dans les monocultures à grande échelle en Afrique ;
- Mettre
fin aux impacts négatifs sur l’environnement et la société du continent
africain ;
- Stopper
la pression sur les prix de denrées alimentaires ;
- Donner
le temps d’informer et de conscientiser les populations et les
dirigeants ;
- Donner
le temps pour la recherche d’autres agrocarburants plus respectueux de
l’environnement et, indirectement, des droits sociaux.
Christine
Fouarge
4° Relations injustes entre l’Union
Européenne et les pays d’Afrique
Nous
avons entendu parler des tomates qui pourrissent au Ghana à cause de la pâte de
tomate bon marché importée d’Italie et d’Espagne. Nous avons lu que le Nigeria
ne réussit pas à vendre ses oignons parce que ceux qui proviennent des Pays Bas
sont moins chers. Nous avons vu l’effondrement de nombreuses usines textiles
submergées par des importations asiatiques dès que les taxes d’importation de
textiles ont été abolies et que la production de coton ne pouvait plus être
subsidiée.
L’Union
Européenne (UE), un des plus puissants partenaires commerciaux est en train
d’essayer d’attirer des pays pauvres des régions Afrique, Caraïbes et Pacifique
(ACP) dans une
relation commerciale
injuste, qu’elle nomme « partenariat », en
imposant la libéralisation d’au moins 80% du marché ACP. Il y a
quelques mois, peu de personnes en Afrique avaient entendu parler de ces
Accords de Partenariat Economique (APE), mais aujourd’hui bon nombre
d’agriculteurs, de syndicats, de jeunes, d’industriels, de membres de la
société civile et du monde des affaires font campagne contre la signature de
ces accords par leurs gouvernements et régions. Dans les quatre régions
d’Afrique en négociation sur ces accords, les Eglises et la société civile ont
été mobilisées pour dire NON aux APE, du fait que ces accords, à leurs yeux,
servent les intérêts de l’UE et pas celui de l’Afrique.
L’engagement
de tous ces secteurs pour s’opposer aux APE tels qu’ils sont aujourd’hui est né
de la prise de conscience que ces accords imposeront la libéralisation. Ce qui
revient à dire l’impossibilité de vendre beaucoup de produits africains avec un
quelconque bénéfice, du fait que les importations subsidiées de l’UE (sucre,
maïs, céréales, tomates et oignons) abaisseront le prix de la production
agricole locale. Les agriculteurs prévoient la réduction de la production
alimentaire ainsi que la
perte de la
souveraineté alimentaire pour laquelle ils luttent aujourd’hui. Les hommes
d’affaire, les travailleurs et les syndicats ont pris conscience du fait que la
libéralisation causera l’élimination du commerce local suite au flot
d’importations bon marché de l’Europe et aux perspectives d’avenir d’un
développement industriel limité. Les
industries
locales ne sont pas à même d’être concurrentielles avec les produits
européens (plastique, papier, textiles, cuir) au niveau qualité et prix. Le
résultat étant la fermeture d’usines, l’accroissement du chômage, le
développement ralenti et la détérioration des conditions de vie, qui augmentera
la migration des zones rurales vers les zones urbaines et de l’Afrique vers
l’Europe.
La
première conséquence « visible » des APE sera la
perte du revenu gouvernemental, en raison de l’engagement à réduire
les taxes d’importation à zéro pour la plupart des produits venant de l’UE. A
peu près
30% des revenus des
gouvernements africains proviennent des taxes d’importation. Celles-ci
seront abolies pour la plupart des produits de l’UE, une fois les APE signées.
La région de l’ouest africain verra une chute au niveau des revenus de taxes de
2,2 milliards de dollars US, équivalent à 2% du PNB. Ce qui signifiera un
déclin du bien-être (enseignement et
santé)
pour tous les pays ACP d’au
moins 800 millions de dollars US, et de plus de 180 Millions de dollars US en
produit national brut ou PNB. Le déclin du bilan commercial total atteindra 1,2
milliard de dollars US, de même qu’une baisse du commerce régional de plus de
400 Millions de dollars US.
Les sociétés de ces pays auront trop peu de temps pour s’adapter au processus
de libéralisation. Dans deux ans les tarifs d’importation devront être ramenés
à zéro pour 2/3 des produits agricoles et industriels provenant de l’UE. Le
tarif du 1/3 restant devra être ramené à zéro d’ici à 15 ans.
L’aide promise pour la reconstruction
industrielle ne sera pas suffisante. Même la Banque Mondiale est préoccupée
par les implications à long terme de quelques-unes des mesures que l’UE veut
inclure dans les APE, du fait qu’elles pourraient limiter la liberté des
gouvernements de promouvoir le développement économique national et régional.
Seul quelques secteurs bénéficieraient des APE – le bœuf et les textiles en
Namibie, les fleurs coupées et les légumes frais au Kenya, etc.
L’échec de l’Union Européenne
Malgré
la forte pression exercée par l’UE pour convaincre les pays ACP, en particulier
les plus riches (non LDC), seul 8 pays de la communauté est africaine (CEA) et
la région de l’Afrique du Sud ont signé une APE avant décembre 2007. L’UE
utilise la « carotte » de
l’« aide » pour forcer les pays ACP à signer les APE. Beaucoup de pays
africains sont réticents à ou incapables de signer un accord sur base des
termes proposés par l’UE. Les discussions APE avec l’Afrique Centrale et celle
de l’Ouest sont restées bloquées. Pour faire face à cet « échec »,
l’UE propose de signer les APE en deux étapes : un « accord partiel
portant uniquement sur les marchandises » avant la fin 2007, en laissant
de côté les autres matières que l’UE veut inclure dans les APE, telles la
libéralisation des services et des investissements, et qui seront négociées
pendant 2008.
Quelques pays de l’Afrique centrale et
de l’ouest ont demandé à l’UE une extension de deux ans des exemptions de
Cotonou, selon lesquelles les pays africains pouvaient exporter la plupart de
leurs produits sur le marché de l’UE sans quota, ni taxes douanières. Mais
jusqu’à présent l’UE a refusé cela.
Un dilemme entre les profits à court et à long terme
La
Commission Européenne a menacé 31 des pays ACP les plus riches, parmi lesquels
le Kenya, le Cameroun, le Nigeria, le Zimbabwe, la Namibie, que s’ils ne
signaient pas un APE avant fin 2007, l’UE supprimerait les exemptions de
Cotonou dès le 1
er janvier 2008. Ce qui revient à dire que les
exportations vers l’UE seraient frappées de taxes douanières. Sous la pression
de certains de leurs secteurs (les exportateurs de bœuf et de textiles du
Botswana, les producteurs de fleurs du Kenya et de Zambie) qui seraient
affectés par ces mesures, les gouvernements africains doivent choisir entre les
profits à court terme (en signant les APE pour répondre aux exigences des
exportateurs) et ceux à long terme, parce que ces accords se feraient au
détriment du développement de beaucoup de couches de la population. Le
choix est entre la garantie de marchés pour
leurs exportations agricoles maintenant et le maintien d’un degré de protection
pour promouvoir la croissance industrielle future – ce que beaucoup de pays
développés ont fait dans le passé. La perte des exemptions de Cotonou pour les
13 pays sub-sahariens non développés représente 3,9% de leurs exportations vers
l’UE. Ceci les mettra en concurrence directe avec les sociétés du Brésil et de
l’Inde. Le reste des 79 pays ACP moins développés pourra encore exporter sans
taxe, ni quota en vertu de l’initiative européenne « Tout sauf des
armes », quoique avec des règles plus complexes qu’à l’origine.
En
échange de la libéralisation, l’UE accordera un accès dès le début 2008, pour toutes les importations vers l’UE à
l’exception du sucre et du riz des partenaires APE. Cela apparaît comme très
bien, mais les règles sanitaires de l’UE et les règlements techniques
maintiendront beaucoup de produits africains, surtout ceux faits avec
« valeur ajoutée » hors de l’UE.
Pour ou contre l’intégration régionale
L’UE
a présenté les APE comme des instruments d’ »intégration régionale ».
Ce fut la raison pour laquelle les pays les plus pauvres de l’Afrique ont
accepté de négocier les APE. Et pourtant les APE créeront de gros problèmes
dans l’intégration régionale du fait que certains pays appartiennent à plus
d’un « groupement régional » avec des conditions commerciales avec
l’UE différentes.
Les
nouveaux accords ont causé des divisions dans deux des six blocs géographiques
négociant les APE avec l’UE. Le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Rwanda et le
Burundi qui constituent la communauté est africaine (CEA) ont signé le 27
novembre un accord « partiel » pour les marchandises uniquement, dont
une partie portait sur la pêche. La CEA est en négociation avec les 16 membres
du bloc est et sud africain, mais ils ont signé un APE séparé. Dans la
communauté sud africaine de développement (CSAD) le Botswana, le Lesotho, le
Mozambique et le Swaziland ont signé un accord similaire le 23 novembre.
L’impact des APE en Afrique
Pour
la plupart des pays africains les APE amèneraient à une baisse de la production
intérieure et à une hausse de l’importation de produits manufacturés, tandis
que la production et les exportations agricoles, alimentaires et de produits de
ressources naturelles n’augmenteraient que modestement. Les ventes pour les exportateurs
ACP augmenteraient probablement à une cadence plus lente sur le marché de l’EU
que la croissance des exportations de l’UE sur les marchés ACP. Les
exportations relativement efficaces de l’UE auraient en conséquence plus à
gagner de l’accès presque sans taxes aux marchés protégés de l’ACP que les
exportateurs ACP ont à gagner sur les marchés de l’UE qui leur sont presque
ouverts.
Les
APE auront le potentiel de détruire l’économie de ces pays. Le développement
durable de l’Afrique, l’éradication de la pauvreté et l’intégration régionale
ne peuvent être atteints que sur base d’une stratégie mue par les besoins et
les priorités des Africains. Ceci aurait dû être à la base de toute relation
entre l’Afrique et l’UE.
Begoña
Iñarra
(traduit par Yves Devolder)
5° L’accès à des médicaments de qualité en Afrique
Le fait que des malades atteints du VIH meurent sans
avoir vu un médecin, le grand nombre de médicaments vendus sur les marchés
locaux, la décroissance de la qualité de la santé publique et l’accroissement
des médecines traditionnelles sont quelques conséquences d’un problème plus
profond, l’impossibilité pour tout le monde, en Afrique, d’avoir accès à des
médicaments de qualité.
Malgré les efforts entrepris par les institutions
nationales et internationales, la plupart des malades, en Afrique, ont encore
des difficultés pour obtenir des médicaments de qualité. Nous nous
intéresserons seulement ici aux maladies négligées qui ont une incidence
première en Afrique ainsi la malaria, la TB, le VIH, la leishmaniose, la
maladie du sommeil, etc.
Durant la dernière décennie, le domaine
international en lien avec les médicaments a connu des changements
significatifs. De nouvelles barrières se dressent avec des conséquences
néfastes pour la santé collective et celle de tout un chacun. Nous étudierons
seulement les
maladies négligées qui
ont un impact important en Afrique comme la malaria, la TB, le VIH, la
leishmaniose, la maladie du sommeil, etc.
La recherche
et le développement des médicaments
La recherche et le développement de médicaments sont
liés à la propriété intellectuelle. Les
brevets assurent un monopole sur la production et la vente de l’invention,
perçu comme une garantie pour recouvrer les frais de la recherche. Ainsi, un
monopole étalé sur 20 ans est accordé à la firme qui produit le nouveau
médicament et elle peut décider du prix et des pays où le médicament sera
vendu. L’industrie pharmaceutique préfère investir dans les pays riches où
marché et bénéfices sont importants et néglige les besoins des peuples des pays
pauvres, vu les marchés réduits avec un minimum de profit. Sur un total de
1.556 médicaments nouveaux, 6 seulement sont destinés à des maladies tropicales
alors que la population à risque s’élève à plus 55 millions pour la maladie du
sommeil et à plus de 350 millions pour
la leishmaniose. Il faut aborder le problème autrement, créer de nouvelles
initiatives. Des institutions charitables, des ONGs, et parmi elles AEFJN ont
entrepris un vaste effort tant sur le terrain que dans le plaidoyer. Des partenariats entre secteur public et
privé ont vu le jour pour des recherches plus spécifiques. Ils ont des
actionnaires d’horizons différents, bien que l’essentiel des fonds provienne
d’organisations philanthropiques. Les gouvernements sont responsables
d’accorder les fonds en corrélation avec leur PNB. Il faudrait aussi que les
produits créés qui résultent du programme
de recherche soient vraiment destinés à la population atteinte. Dans un
rapport sur ces questions, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a incité
les gouvernements à assurer un fonds suffisant pour développer et faciliter
l’accès à des produits qui visent les maladies qui touchent la plupart des
pays.
La qualité des médicaments
Dans tous les pays, il y a une autorité qui garantit
l’efficacité, la salubrité et la qualité des médicaments. Malheureusement, en
Afrique, dans la plupart des pays, à cause d’un manque de ressources
financières, ces centres n’ont qu’un contrôle limité sur la qualité des
médicaments fabriqués, importés et distribués dans le pays. Certaines
institutions internationales ont des programmes de soutien aux gouvernements
africains pour leur choix de médicaments. Elles publient la liste des lieux de
fabrication et celle des produits approuvés. Cette initiative a introduit un
règlement qui prouve que les normes internationales peuvent être d’application
en Afrique. Elle est aussi une menace pour les producteurs qui doivent savoir
que la vérification de la qualité est un pré-requis pour tout achat. L’autorité
européenne de régulation (EMEA) donne un avis scientifique sur des produits
pour une utilisation hors de l’UE. Toutes ces initiatives se limitent à trois
maladies (VIH, malaria et tuberculose) et ne couvrent pas la liste des
médicaments de base de l’OMS. Le manque de ressources dans la plupart des pays
africains les empêche d’avoir un accès direct aux sites de production, ainsi
qu’aux canaux de distribution pour ces produits.
Dans certains pays, le contrôle est très strict
lorsque les produits sont vendus dans les pays occidentaux tandis que ceux qui
sont destinés aux pays pauvres ne subissent pas la même précision. C’est en
principe le pays receveur qui est responsable de contrôler la qualité. Mais
comment certains pays africains sans
ressources suffisantes peuvent-ils assurer ce contrôle ? Les perdants
sont les malades qui n’ont aucune garantie quant à la qualité et l’efficacité
d’un médicament acheté parfois en pharmacie. La Belgique s’est dotée d’une
nouvelle législation pour le contrôle des médicaments destinés à l’exportation.
La France jouit d’une procédure légale qui permet « pour des raisons de
santé publique » de refuser l’exportation de médicaments non autorisés.
En lien avec la qualité des médicaments, on voit
quelles pourraient être les conséquences sur la santé des gens de médicaments
produits sans transparence. Cet aspect
est souvent négligé par les donateurs autant que le par le personnel de santé.
Au cours de ces dernières années, les populations
deviennent de plus en plus conscientes du problème soulevé par les faux
médicaments. Ceux-ci sont souvent mis en circulation par le marché noir et ces
produits peu ou contre efficaces cachent au consommateur l’origine et
l’identité du médicament. Pour enrayer ce fléau, il faut non seulement combattre
les « médicaments de la rue » mais plus encore il faut rendre les
médicaments de qualité plus accessibles.
Livraison
appropriée dans un monde globalisé
La globalisation du secteur pharmaceutique a mené à
l’ouverture de marchés mondiaux et au manque de lois internationales. De
nouvelles pharmacopées, des ingrédients actifs et des médicaments de base sont
produits et vendus aujourd’hui partout sur la planète. L’origine d’un
médicament est souvent difficile à trouver vu les nombreuses étapes à franchir
lors de sa distribution. Les normes de régulation ne sont pas appliquées de
manière semblable par les différents producteurs et distributeurs. Une pression
très forte s’exerce pour obtenir des prix très bas au détriment de la qualité
et cela amène certains distributeurs à réduire les coûts des matières premières
et d’altérer la conservation et
l’assurance de la qualité du produit. Certains donateurs, inconscients des
dangers liés à un manque de qualité ne prennent pas en compte les exigences sur
la qualité des médicaments dont la qualité n’est pas prouvée et qui peuvent
être administrés aux patients. Une solution globale pourrait être prise grâce à
une action concertée de tous les agents concernés - l’OMS, les
producteurs, distributeurs, centres de contrôle de la qualité, gouvernements,
donateurs, etc. – pour établir des normes internationales qui sont
d’application avant que le produit ne parvienne dans les pays pauvres.
Le prix des
médicaments et l’accès financier
L’accord
sur la propriété intellectuelle de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a
joué un rôle déterminant en Afrique pour l’accès aux médicaments. Le monopole
du brevet retarde l’apparition de génériques (médicaments moins coûteux qui
contiennent l’élément actif du produit), garde les prix élevés et empêche
l’accès à de nouveaux médicaments. L’exemple qui illustre le mieux cela, c’est
celui des traitements antirétroviraux (ARV) qui coûtaient entre 10.000 et
15.000 $ par an, bien au-delà des possibilités de beaucoup de pays africains où
le besoin se faisait criant, mais grâce à un cri d’alarme international lors
d’un procès devant une cour, le prix des médicaments a fortement chuté jusqu’à
150$ par an en juillet 2006 et cela
continue encore de descendre. Les politiques des firmes pharmaceutiques d’un
prix volontaire ont joué un rôle dans les phases initiales, mais ce fut
insuffisant. Ce n’est que lorsque les pays ont usé de la « licence
contraignante » pour la production de génériques que la chute des prix est
devenue substantielle.
Alors
qu’en 1990, seulement 5% des médicaments étaient génériques, aujourd’hui, avec
les marchés envahis de produits chinois et indiens, les génériques sont très
nombreux. Auparavant, 90% des produits actifs étaient fournis en Europe et aux
USA, et
aujourd’hui, 80 % de ces
produits viennent de Chine et d’Inde. La plupart des génériques viennent
aussi de ces 2 pays, certains de très bonne qualité (mais pas tous).
La Déclaration de Doha encourage les pays à user des
« flexibilités » des ADPIC, spécialement les licences contraignantes
pour diminuer l’impact négatif de la protection des brevets. Mais, dans la
réalité des faits, les
pays capables de
produire rencontrent beaucoup de difficultés pour faire usage de ces droits.
Quand la Thaïlande a délivré 3 licences contraignantes, le propriétaire du
brevet, Abbot, a retiré de ce pays, pour y être enregistrés, tous les nouveaux
médicaments. En 2006, Novartis a contesté le droit du gouvernement indien de
délivrer une « licence contraignante » et l’a amené devant les tribunaux.
En août 2007, la Cour suprême de Madras a légiféré que le gouvernement indien
n’avait pas violé la constitution de ce pays et pouvait décider du droit à la
santé contre les droits commerciaux.
Manque de
moyens financiers
À cause des programmes d’ajustement structurel des
années 80 et le contrôle budgétaire très strict sur la santé publique, des paiements pour y accéder furent
imposés. Ce coût imposé aux patients a fortement affecté les systèmes de santé,
publics ou privés. Les malades qui ne peuvent payer ces sommes se tourneront
vers le secteur informel ou ne se feront pas soigner du tout. Ceci crée
l’ouverture au marché noir de produits pharmaceutiques contrefaits ou à la
pratique illégale de la médecine. Le patient doit encore ajouter aux frais
médicaux ceux du transport, de la nourriture etc. L’accès à la santé est un
droit pour tous. Et le
manque d’accès
sera un échec à l’accomplissement des Objectifs du Millénaire dans le domaine
de la santé. Il est donc de première importance de trouver des sources durables
de financement.
(1)
6° Face à
l'Europe, l'Afrique fait entendre sa voix au sommet de Lisbonne :
Européens et Africains ont adopté dimanche à
Lisbonne les principes d'un partenariat "d'égal à égal", censé ouvrir
une nouvelle page de leurs relations, au terme d'un sommet où l'Afrique a fait
entendre ses exigences, parfois avec véhémence, sur cet avenir commun.
Des désaccords ont été publiquement exprimés sur les
négociations commerciales en cours entre les deux continents, sur le passif
colonial, ou encore sur le Zimbabwe, dont le président Robert Mugabe s'est
livré à une violente diatribe contre l'Union européenne qui l'avait critiqué la
veille. La "stratégie conjointe", adoptée par 27 pays européens et 53
pays africains (52 de l'UA et le Maroc) et résumée dans une Déclaration de
Lisbonne, est accompagnée d'un plan d'action pour les trois prochaines années,
avant un prochain sommet prévu en Afrique et que la Libye souhaite organiser.
Le passif colonial a été un des sujets sensibles. Dans une intervention très
remarquée à l'ouverture du sommet, M. Konaré a exigé un "devoir de mémoire
vis-à-vis de la traite négrière, de la colonisation, de l'apartheid, du
génocide rwandais". De son côté, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi
appelait les Européens à rembourser les ressources "volées" lors de
la colonisation ou alors à se tenir prêts à accueillir les migrants africains
chez eux. La question épineuse des accords de partenariat économique a
également occupé une grande place lors de ce sommet, M. Konaré dénonçant le
"forcing" des Européens dans les négociations avec les pays ACP
(Afrique, Caraïbes, Pacifique). (CYA)
Déclaration de Lisbonne - Sommet UE-Afrique
Le Sommet réunissant, à Lisbonne, l’Union européenne
et l’Afrique, nous a offert une occasion unique de nous pencher ensemble sur
les défis qui se posent actuellement à nos deux continents et ce, l’année où
nous célébrons le cinquantenaire de l’intégration européenne et le
cinquantenaire du début de l’indépendance africaine.
Nous nous sommes
réunis en ayant à l’esprit les leçons et les expériences du passé, mais aussi
en étant convaincus que notre avenir commun exige une démarche audacieuse, qui
nous permette de faire face avec confiance aux exigences de la mondialisation
que connaît notre planète.
Depuis notre première rencontre, en 2000 au Caire,
bien des choses ont changé. En Afrique, nous avons assisté à la création de
l’Union africaine, qui offre un nouveau cadre continental pour traiter les
questions africaines et qui est désormais devenue une voix reconnue du
continent, ainsi que de son instrument économique, le nouveau partenariat pour
le développement de l’Afrique. En Europe, l’UE a vu le nombre de ses membres et
de ses domaines d’activité augmenter, elle a approfondi son processus
d’intégration et assumé de nouvelles responsabilités sur la scène mondiale. À
l’échelle mondiale, nous comprenons mieux aujourd’hui à quel point
l’interdépendance qui nous caractérise est vitale et nous sommes décidés à unir
nos efforts, sur la scène internationale, pour relever les grands défis
politiques de notre époque, tels que l’énergie et les changements climatiques,
les migrations ou les questions de l’égalité des sexes.
Conscients de nos ambitions, conscients de tout ce
que nous partageons aujourd’hui et que nous avons partagé par le passé, nous
sommes résolus à bâtir un nouveau partenariat politique stratégique pour
l’avenir, en dépassant nos relations traditionnelles établies sur le mode
bailleurs de fonds/bénéficiaires et en nous appuyant sur des valeurs et des
objectifs communs dans notre recherche de la paix et de la stabilité, de la
démocratie et de l’État de droit, du progrès et du développement.
Nous développerons ce partenariat entre égaux,
fondé sur l’adhésion effective de nos sociétés, afin d’obtenir des résultats
significatifs au regard de nos engagements fondamentaux, à savoir:
-
La réalisation des objectifs du Millénaire pour le
développement,
-
La mise en place, en Afrique, d’une architecture de paix
et de sécurité robuste,
-
Le renforcement des investissements, de la croissance et
de la prospérité à travers l’intégration régionale et des relations économiques
plus étroites;
-
La promotion de la bonne gestion des affaires publiques
et des droits de l’homme; et
-
La création de possibilités de façonner la gouvernance
mondiale dans un cadre ouvert et multilatéral.
Nous sommes résolus à doter ce nouveau partenariat
stratégique des moyens et instruments nécessaires, qui lui permettront
d’atteindre les objectifs de la stratégie commune et du plan d’action que nous
avons adoptés aujourd’hui; pour ce faire, nous avons créé un mécanisme de suivi
global et efficace, grâce auquel il sera possible d’atteindre ces objectifs et
de présenter des résultats lors du troisième Sommet, qui aura lieu en 2010.
Nous sommes convaincus que ce Sommet restera dans
les mémoires comme un moment de reconnaissance de la maturité et de la
transformation de notre dialogue de continent à continent, ouvrant de nouvelles
voies et possibilités d’actions collectives pour notre avenir commun.
Afrique-Europe – Quelles alternatives?
Les sociétés civiles de deux continents ont aussi rendez-vous à
Lisbonne
Des organisations des sociétés civiles européenne et
africaine se réuniront les 8 et 9 décembre parallèlement au sommet de l'Union
Européenne/Afrique. Ces organisations alerteront les leaders politiques et
l'opinion publique des deux continents sur les désastres causés par la
compétition commerciale, l'exploitation économique des écosystèmes, les
démarches sécuritaires de l'UE sur les questions migratoires et sur le mépris
de la plupart des droits économiques et sociaux fondamentaux.
Le second
sommet de l'Union Européenne/Afrique se tiendra à Lisbonne le 8 et 9 décembre
prochain. Ce sommet doit permettre, en accord avec la Commission Européenne, le
changement de la « Stratégie Européenne en Afrique » vers un vrai
partenariat pour une « stratégie euro-africaine ». Les thématiques
principales au programme de la rencontre sont: les changements climatiques et
la politique énergétique; la gouvernance, les droits de l'homme et les
migrations; la mobilité et l'emploi. Les pays africains ont pour priorité de
discuter de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
La discussion
sur les Accords de Partenariat Économique (APE), à laquelle la présidence
portugaise avait initialement renoncé, est devenue récemment une question
centrale dans les discussions. À l'image des protestations de certains blocs
régionaux, les différences croissantes qui existent dans les négociations
poussent à croire que Lisbonne servira de lieu privilégié pour de nouvelles
discussions.