La conversion du missionnaire
14 décembre 2007 par Dcc Blog
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Je travaille au Paraguay depuis plus d’un an et demi, au cœur d’un
quartier populaire, insalubre. Les gens vivent difficilement dans le
bidonville de “Bañado Sur”. Malgré tout, ils font preuve d’une foi sans
borne, simple mais prégnante. C’est ce contexte qui m’a touchée, changée et
appelée à devenir missionnaire.
J’ai été très surprise en arrivant de
trouver les églises presque vides les dimanches! J’avais en tête l’image de ces
communautés d’Amérique Latine chantant et dansant durant les messes, comme on
les voit parfois à la télévision. Or ici, rien à voir! Les églises
Paraguayennes ont quelque chose de semblable aux églises Françaises, aux
assemblées clairsemées et vieillissantes et aux célébrations assez monotones.
Mais si l’on ne s’arrête pas à cette première image, la
Foi est bien présente dans tous les foyers Paraguayens, et pas un seul
ne se revendique athée.
Un
quotidien empreint de Dieu
Souvent cette
Foi
se manifeste de manière assez
“populaire”. Des bougies sont allumées devant des statuettes de saints.
Lors de la fête de ces derniers, comme Saint Michel, des processions animent la
rue. L’odeur d’encens envahit les maisons pour chasser les “mauvais esprits”.
Cela prend des formes surprenantes pour nos yeux d’Européens : un verre plein
est laissé devant la statue des saints, et on se charge de le remplir dès que
la divine figure a tout bu.
Finalement,
chaque moment de la vie est empreint de
spirituel. Les enfants demandent la bénédiction de leurs parents lorsqu’ils
rentrent de l’école. Les Paraguayens se signent en passant devant une église,
recourent en cas de maladie à une “medica” (femme de Foi qui impose les
mains et prie pour les malades). On ressent aussi cette empreinte dans les
chants qui proviennent des diverses chapelles, qu’elles soient catholiques,
protestantes ou évangélistes. La plus représentative de ces marques du divin
dans le quotidien reste la réponse habituelle des Paraguayens lorsqu’on leur demande
leur état : “
Tout va très bien grâce à
Dieu”. Les gens ne vont peu être pas beaucoup à l’église, mais Dieu se
manifeste dans les choses simples de la vie. Je suis toujours frappée par la
Foi confiante et pleine d’espérance qui les anime dans ce monde qui leur est
souvent hostile.
Un appel à
construire le Royaume de Dieu en ce monde
La congrégation
la plus présente au Paraguay est historiquement la Compagnie de Jésus –
justement illustré par le film Mission. Sur les traces de Saint Ignace, ils
essaient de travailler à l’amélioration du quartier, en partenariat avec les
religieuses du Sacré - Cœur de Jésus. Mais leur tâche n’est pas toujours
facile, et on leur reproche parfois de tomber dans l’assistanat et le “troc
religieux” (une messe contre une aide).
Il
faut reconnaître cependant que l’Eglise est la seule à pallier aux problèmes
sociaux du quartier, l’Etat étant totalement absent dans ce domaine.
Quelques uns des services offerts par la paroisse sont une clinique
communautaire, une cantine communautaire, une mini entreprise d’artisanat pour
les femmes, la pastorale de la petite enfance, etc.
Je ne me sens pas réellement
missionnaire en tant que volontaire, j’ai même
l’impression au contraire d’avoir été évangélisée en venant au
Paraguay!
Les gens m’invitent au dépouillement
matériel, à la simplicité des échanges et des relations. Ce sont des
phrases souvent entendues, mais qui pour moi ont pris une résonnance nouvelle.
J’ai retrouvé un chemin de Foi ; une Foi plus simple, plus concrète, moins
“planante”. J’ai été touchée par la face humaine de Jésus, qui nous appelle
à faire venir le “Règne de Dieu” dès aujourd’hui, dans le monde dans
lequel on vit!
En voyant la
misère et les injustices ici au Paraguay, je ressens le
devoir d’être missionnaire à mon retour, de transmettre mon indignation
devant ce monde à deux vitesses. Plus que jamais, la Foi doit se manifester
par des actes, un
engagement de vie.
Marie- Pierre MEDECIN, volontaire au Paraguay