Guatemala: Syndicat coupé à la base
Appel n° 312 (du 6 décembre 2007 au 31 janvier 2008)
Voici plusieurs années, les
multinationales fruitières comme
Chiquita ont fait le choix de
se défaire
des plantations qu’elles possédaient.
Pour
s’approvisionner, elles font désormais appel à des sociétés locales dont
les pratiques anti-syndicales sont bien connues. La côte Sud du Guatemala est
de plus en plus attractive pour ces sociétés bananières, avec l’existence d’une
main d’oeuvre locale encore très peu organisée à l’heure actuelle. Dans un
contexte extrêmement difficile, des syndicats tentent de voir le jour dans ces
plantations, mais ils subissent une répression sans concession. C’est le
deuxième appel en un mois que nous réalisons à leur demande (voir appel n°311,
du 25 octobre 2007 Guatemala : retour des escadrons de la mort). Cette fois,
c’est
Chiquita qui est visée : la
multinationale ne peut s’affranchir des
responsabilités qu’elle s’est elle-même engagée à assumer !
Depuis
le 21 novembre 2007, les
propriétaires
de bananeraies de la côte Sud du Guatemala ont clairement
opté pour la stratégie de la tension afin
d’étouffer toute tentative d’organisation des ouvriers des plantations. Un
syndicat a tenté de se mettre en place : certains responsables ont été dispersés,
quand d’autres ont accepté de monnayer leur silence. Les premières démarches
conduisant à la création de ce syndicat datent de juillet 2007.
Les ouvriers décident alors de s’organiser
pour négocier un accord collectif avec leur employeur, Frutera Internacional.
Ils revendiquent l’application du salaire minimum légal et réclament que leur
patron établisse les déclarations sociales réglementaires. Ils veulent aussi en
finir avec la succession de contrats précaires (moins de 50 jours) qui permet à
l’entreprise d’échapper à certaines charges sociales. Selon la réglementation
guatémaltèque, le syndicat dépose donc une première liste, théoriquement
confidentielle, de ses membres auprès du Bureau du ministère du Travail du
département d’Escuintla et la création du SITRABANSUR
(1)
est actée dans les publications officielles du pays le 14 novembre 2007.
Menaces sur les
ouvriers :
À
la plantation Olga Maria, où travaillent les syndicalistes, la situation va
brusquement se tendre à partir de cette date. Ainsi, le lendemain, à 14 h, les
dirigeants de l’entreprise (Alberto Fuentes Barcenas et Luis Arturo Calderon
Orellana) accompagnés du responsable des ressources humaines convoquent sans
préalable une vingtaine de travailleurs inscrits sur une liste. Tous les arguments
sont avancés pour inciter les ouvriers à renoncer au syndicat qu’ils ont
implanté. Les menaces de licenciement succèdent à celle de la fermeture pure et
simple de la plantation. Il sera même évoqué le versement de primes (440 •) à
ceux qui abandonneraient leur engagement syndical. Dans la nuit du 16 novembre
2007,
quatre membres du service privé de
sécurité de la plantation, fortement armés, s’invitent aux domiciles des
responsables du syndicat. Ils les rendent responsables de la fermeture
éventuelle de la plantation et exigent qu’ils renoncent. Le 17 novembre 2007,
le syndicat informe officiellement les autorités judiciaires et le ministère du
Travail des pressions dont il est victime. Le soir même, le Secrétaire Général
du SITRABANSUR, German Aguilar, est sequestré dans les bureaux et violemment
menacé. On lui intime l’ordre de transmettre la liste complète des membres de
son syndicat. Il est enfin libéré à 18 heures, le 18 novembre 2007. Le
lendemain
plusieurs ouvriers sont
victimes de brimades et de harcèlement. On alloue à certains des outils
défectueux et on pointe ensuite la mauvaise qualité de leur travail. Deux
autres travailleurs sont affectés dans un secteur isolé de la plantation. Sur
le chemin, les responsables de la sécurité les interpellent et les menacent de
mort. Le lendemain, c’est le directeur de la plantation qui profère les menaces
: «
si le syndicat ne renonce pas,
on verra bientôt flotter des corps dans la rivière. » Puis il
conseille ironiquement aux syndicalistes de ne pas se déplacer seuls en ville.
Syndicalistes
expulsés, Chiquita concernée
Enfin, le 21 novembre 2007, dans une
grande confusion, 24 ouvriers et leurs familles sont chassés de la plantation
sans ménagement. Certains finissent par accepter des
sommes d‚argent pour quitter la région. Mais la moitié d’entre eux fait front
et résiste aux pressions. Le 23 novembre 2007,
la juge du tribunal d’Escuintla se rend à la plantation. Le
personnel de sécurité lui
bloque le
passage et lui en interdit l’entrée. De la même manière, un
inspecteur du travail venu constater la
situation des ouvriers expulsés, sera éconduit. La plantation Olga Maria
produit des bananes commercialisées par le biais de la société Frutera
Internacional. dont le propriétaire est Francisco Bolaños, un homme bien connu
des syndicats des bananeraies pour ses pratiques brutales, et qui entretient
des relations avec des membres éminents de la magistrature du Guatemala.
Frutera International fournit la multinationale agro-alimentaire Chiquita pour
les marchés états-uniens et européens. Cette situation est le résultat de la
politique de la multinationale qui préfère se fournir auprès de sociétés
locales, plutôt que d’assumer la responsabilité des conditions de travail dans
les plantations. Or,
en 2001, Chiquita
s’est engagée publiquement pour la liberté d’association, les normes minimales
de travail et l’emploi dans le secteur bananier en Amérique latine (cf. en
savoir plus). C’est la raison pour laquelle les syndicats des bananeraies et
les organisations de solidarité ont interpellé la multinationale pour qu’elle
intervienne auprès de son sous-traitant. Mais pour l’heure, la direction de la
société guatémaltèque nie toute implication... Devant la gravité de la
situation et en conformité avec les principes de l’accord qu’elle a signé,
Chiquita doit intervenir. C’est à nous de le lui rappeler.
POUR EN SAVOIR PLUS :
Appel en lien avec :
Euroban
(European Banana Action Network) : Peuples Solidaires
participe à ce collectif d’associations et de syndicats des pays européens, qui
oeuvre en faveur d’une économie durable de la banane, et de l’amélioration des
conditions de vie des petits producteurs et des travailleurs des plantations.
Au sein d’Euroban, Peuples Solidaires soutient les organisations de
travailleurs et sensibilise les consommateurs français.
-
COLSIBA
: Coordination des syndicats des ouvriers des
bananeraies en Amérique Centrale. Chiquita En 2001, un accord sur la liberté
d’association, les normes minimales de travail et l’emploi dans le secteur
bananier en Amérique latine a été signé entre Chiquita, et COLSIBA, la
coordination des syndicats des bananeraies d’Amérique Centrale, sous l’égide de
l’UITA (Union des travailleurs de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de
l’hôtellerie du monde entier :
www.iuf.org)
-
La
banane à tout prix : Peuples Solidaires a produit un grand
nombre de documents de sensibilisation sur les conditions de production et le
marché international de la banane. Outils disponibles auprès de ORCADES :
6 BIS, rue Alban Haller ZI REPUBLIQUE
II 86000 POITIERS
COMMENT AGIR ?
Vous pouvez accéder à cet Appel, le voir en version
"pdf" en allant sur notre site à l'adresse :
http://www.peuples-solidaires.org/IMG/pdf/APPEL312_PDF.pdf
Vous pouvez télécharger directement la lettre à envoyer en cliquant sur le lien
ci-dessous :
http://www.peuples-solidaires.org/IMG/rtf/LETTRE_312.rtf
Vous pouvez aussi recopier manuellement ou faire un copier/coller du texte de
la lettre situé à la fin de ce message, en l’adaptant à votre style.
Si vous n'êtes pas membre du Réseau-Solidarité, et que vous souhaitez
participer à nos prochaines actions ou simplement en savoir plus, cliquez ici :
http://www.peuples-solidaires.org/article204.
<http://www.peuples-solidaires.org/article204.html>
html <http://www.peuples-solidaires.org/article204.html>
Par E-mail : envoyer un message à :
mrodriquez@chiquita.com
Envoyez votre message de solidarité à notre partenaire :
unsitragua02@yahoo.co
ECRIVEZ !
Par lettre : téléchargez le modèle ci-dessous ou recopiez-le en l‚adaptant
à votre style.
Envoyez au destinataire, sans oublier d‚inscrire vos coordonnées et de signer.
Timbre : 0,85 •
Coupon partenaire : pour que
l’UNSITRAGUA ait un aperçu concret des soutiens sur lesquels il peut s’appuyer,
retournez-lui votre coupon !
E-mail : mrodriquez@chiquita.com - Cc :
unsitragua02@yahoo.co
Délai de réaction : dès réception,
et jusqu’au 31 janvier 2008.
Lettre de protestation:
Traduction de la lettre de protestation :
J‚ai été informé(e) par l‚association Peuples
Solidaires (France) de la situation à la Plantation Olga Maria qui appartient à
l‚entreprise Frutera Internacional, S.A., et produit des bananes pour Chiquita.
Je suis extrêmement préoccupé/e par le licenciement, les menaces de mort et les
séquestrations subies par les membres du SITRABANSUR dans cette plantation.
Chiquita, ne peut nier sa responsabilité, d‚autant qu‚elle s‚est publiquement
engagée en 2001, auprès de COLSIBA et l‚UITA, à garantir la liberté syndicale.
Par conséquent j‚exhorte Chiquita à :
- réintégrer immédiatement tous les syndicalistes injustement licenciés
- assurer la sécurité effective des syndicalistes
- chercher, ensemble avec ses sous-traitants et fournisseurs, une solution
négociée avec les syndicats.
(Salutations)
Traduction du message de soutien :
Chers amis de UNSITRAGUA,
J‚ai été informé/e) par Peuples Solidaires de la situation dans la plantation
Olga Maria.
Je suis indigné(e) par le licenciement, les menaces de mort et les
séquestrations subies par les membres de SITRABANSUR , et j‚ai envoyé une
lettre à M. Rodriguez, Vice-President de Chiquita l‚exhortant à répondre
immédiatement à vos demandes.
(Salutations)