DROITS DE L'HOMME
CARDINAL BARBARIN :
:« NE SACRIFIONS PAS LE DIMANCHE POUR GAGNER PLUS »
Rappelons un
fait historique. Quand le débat sur le dimanche faisait rage, au XIXe siècle,
ce n’est pas seulement le
chrétien
Ozanam qui défendit le repos dominical, mais aussi le socialiste athée Proudhon.
Les révolutionnaires, lorsqu’ils avaient voulu éradiquer la religion et
réformer le calendrier, avaient tout de même inventé le «
décadi », sachant bien que l’équilibre de l’homme et le lien social
appellent un repos régulier et commun.
On suspecte
aujourd’hui les évêques de ne rien comprendre au travail. Je laisse le soin de
répondre à ce jeune ouvrier en charcuterie industrielle, baptisé à Pâques 2008.
Dans l’autocar qui l’amenait à l’esplanade des Invalides pour la messe du 13
septembre, il disait combien il avait été touché par les propos de Benoît XVI
au collège des Bernardins, sur la dignité du travail humain. Il avait retenu
que
chez les Grecs, le travail était la
marque des esclaves, alors que la Bible l’honore. Dieu travaille, il
continue d’œuvrer dans notre histoire. Et le travail des hommes apparaît comme
une expression de leur ressemblance avec Dieu, il les rend participants à son
œuvre.
Pour le bien de
l’homme :
Insister sur
l’importance du repos hebdomadaire ne veut pas dire défendre un ordre social
corseté et immuable. On sait s’adapter à des situations diverses ou nouvelles.
Encore faut-il que ce soit pour le bien des hommes.
Lors du
centenaire de la loi de 1905, beaucoup ont souhaité qu’on ne la retouche pas,
pour ne pas mettre en péril l’équilibre social de notre pays. Et la loi de
1906, sur le repos dominical, pourrait-on la vider de son contenu sans dommage,
alors que c’est l’homme tout entier qu’elle protège ? Un éclairage limpide est
donné sur cette question par la célèbre formule de Jésus : «
Le sabbat a été fait pour l’homme, et non
l’homme pour le sabbat. » On comprend aisément les dérogations accordées
depuis longtemps aux
boulangers, au
personnel soignant, aux employés des transports en commun, des restaurants ou
des cafés… Nous sommes
conscients
des renoncements qu’impliquent leurs obligations au service du bien commun,
et il est juste de profiter du débat actuel pour leur dire notre
reconnaissance.
Mais
il faut que ce principe reste fort, car il est
structurant, il est « fait pour l’homme
». Le Décalogue n’est pas seulement une loi cultuelle, il a une portée
morale. Il enseigne des «
paroles de vie
», qui gardent l’homme de l’idolâtrie et qui visent spécialement la protection
du pauvre (« Tu ne feras aucun ouvrage [ce jour-là] ni toi,... ni ton
serviteur, ni l’émigré qui est dans ta ville »).
L’argent rend
fou :
On veut aujourd’hui de nouvelles dérogations pour développer
l’activité économique. Des voix plus autorisées que la mienne réfutent l’argument
: danger pour les petits commerces, simple déplacement d’activité sans création
de richesses, disparition progressive des avantages salariaux si cette pratique
se généralise, coût écologique…
Je me contente de faire remarquer qu’il
n’est pas cohérent de réclamer d’un côté une réforme vigoureuse, pour «
moraliser la finance », dénoncer « golden parachutes » et rémunérations
excessives,
et de vouloir par ailleurs
relativiser le repos hebdomadaire, simplement pour gagner plus. Depuis
vingt siècles, l’Évangile dénonce cette logique sournoise et implacable :
l’argent rend fou.