DROITS DE L'HOMME
LA FOI AU SERVICE DES DROITS DE L’HOMME
Treize ONGs
chrétiennes se sont retrouvées samedi 6 décembre à Paris pour réaffirmer leur
attachement à la Déclaration de 1948 énoncés par l’ONU à l’aube de l’hiver 1948
et leur unité autour de cet engagement, malgré des sensibilités multiples
Certaines ONGs
disposent d’un statut consultatif auprès de l’ONU (Franciscans International,
Pax Christi, Caritas…). Ensemble, elles regroupent des dizaines de milliers de
membres dans le monde, avec des moyens d’action très divers, à l’image de ceux
déployés par l’Acat : envoi de courriers pour faire pression sur les
gouvernements, lobbying auprès des institutions, sensibilisation des autorités
religieuses, coopération entre associations…
Un engagement de
chaque instant :
Pour Marc
Zarrouati, président d’honneur de
l’ACAT
- France, cette commémoration donne l’occasion de valoriser «
l’engagement des Chrétiens dans l’espace
public » sans pour autant chercher à «
récupérer
» l’événement. «
C’est une forme de
réponse à ceux qui nous trouvent repliés sur nous-mêmes, estime-t-il. Loin de
s’enfouir, les Chrétiens portent eux aussi le souci des droits de l’homme et
proposent des stratégies nouvelles. »
Néanmoins,
ajoute Anne-Cécile Antoni, l’actuelle présidente, «
nous ne prétendons pas détenir toutes les solutions. Par nos ressources
spirituelles et l’expérience tissée au fil des siècles, nous souhaitons
contribuer au débat contemporain. »
Accompagnement
des clandestins, aide aux réfugiés, lutte contre la peine de mort, santé des
plus pauvres, éducation ou crise alimentaire : le chantier est vaste pour
toutes ces associations, qui ont fait de la défense des droits fondamentaux un
engagement de chaque instant. Bien sûr, «
il
est matériellement difficile de défendre
tous ces droits à la fois, reconnaît le P. Antoine Sondag, chargé des
études et des recherches internationales pour le Secours catholique. Chaque association s’est donc spécialisée. Mais
nous ne sommes pas pour autant indifférents aux autres droits, convaincus au contraire
de leur unité et de leur indivisibilité : en défendre un revient à les défendre
tous. » Une pluralité qui constitue à ses yeux un «
levier pour l’action », à même de susciter un «
processus d’éducation ».
Un même
enracinement au service des droits fondamentaux :
Pour comprendre
une telle diversité, quelques détours historiques s’imposent, tant les
tragédies et les événements marquants du XXe siècle ont influencé l’émergence
successive des différents mouvements. L’un des plus anciens, la
Cimade, a été lancé en 1939 pour venir
en aide aux populations évacuées d’Alsace et de Lorraine.
La Seconde
Guerre mondiale fut aussi le terreau du mouvement
Pax Christi, créé en France au lendemain du conflit afin de
promouvoir la paix. La Commission pontificale Justice et Paix n’a vu le jour
qu’en 1967, avec la publication par Paul VI de l’encyclique
Populorum progressio .
Justice et Paix - France sera créé la
même année pour sensibiliser les catholiques aux droits de l’homme. D’autres
mouvements sont encore plus récents, tel le
Service jésuite des réfugiés (JRS), fondé en 1980 pour les réfugiés
vietnamiens, ou
Franciscans
International, reconnu par l’ONU en 1989 pour son action en faveur des plus
pauvres.
Des origines
distinctes, donc, mais un même enracinement au service des droits fondamentaux.
En effet, par le mandat qu’elle se donne, chaque association prend à son compte
un ou plusieurs articles de la Déclaration : « Concernant l’ACAT, c’est
l’article 5, qui dispose que “
nul ne sera
soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants”, qui fonde l’essentiel de notre action », illustre Anne-Cécile
Antoni.
"Un travail
de justice" :
Le JRS, lui,
s’appuie sur les articles 13 et 14 pour défendre le droit d’asile : «
Devant la persécution, toute personne a le
droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. » Des
identités spécifiques qui n’empêchent pas des évolutions notables, comme
l’explique Michael Schöpf, membre du JRS Europe : «
Liés historiquement au sort des réfugiés, nous nous consacrons de plus
en plus à tous ces étrangers qu’on ne peut ni régulariser ni expulser, et dont
la situation devient préoccupante. »
En accompagnant les mutations de la
société, les ONGs chrétiennes débordent souvent leur vocation initiale, tout en
veillant à préserver leur spécificité religieuse.
La spiritualité
? Telle est sans doute la force et la singularité de ces organismes
catholiques, orthodoxes, réformés ou œcuméniques. «
Nous ne voulons pas gommer ce qui fait le cœur de notre engagement et
nous traçons sereinement notre sillon », souligne Marc Zarrouati, pour qui
c’est «
en assumant tout cet héritage que
nous continuerons à enrichir l’œuvre des ONG ».
Et de citer,
pour mémoire,
l’influence décisive des
Chrétiens sur la question de l’impunité dans le droit international, depuis
une trentaine d’années : «
Instaurer une
paix solide et pérenne passe par un travail de justice ; aujourd’hui, cela
semble aller de soi, mais cela n’a pas toujours été le cas. Les Églises
chrétiennes, en s’appuyant sur le psaume 85 (“la justice et la paix
s’embrasseront”), ont contribué à installer cette idée dans l’espace public. »
De l’Action des
Chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) au Comité intermouvements
auprès des évacués (CIMADE), en passant par le Comité catholique contre la faim
et pour le développement (CCFD), les associations chrétiennes s’invitent dans
le concert des célébrations du 60e anniversaire de la Déclaration universelle
des droits de l’homme.
François-Xavier MAIGRE