DROITS DE L'HOMME
TOUS LES ETRES
HUMAINS NAISSENT-ILS LIBRES ?
DANILO ZOLO
La Déclaration universelle
des droits de l’homme est célébrée ces jours-ci comme un document international
d’importance exceptionnelle. Il s’est agi d’une
tentative importante de fonder et de rendre universels les droits
humains. Le
10 décembre 1948,
l’Assemblée Générale des Nations Unies a solennellement proclamé que les droits
sont une prérogative absolue de tous les individus, quelque soit la nation,
culture ou civilisation auxquelles ils appartiennent.
Le premier article de la
Déclaration va même jusqu’à déclarer que tous les êtres humains «
naissent libres », que dès leur
naissance ils sont «
égaux en dignité et en droits » et qu’ils
« doivent agir encres le autres dans un esprit de fraternité ». Il s’agit d’une assomption philosophique
inspirée de l’idéalisme éthique qui s’est affirmé dans le second après-guerre
en Europe. La philosophie universaliste du «
droit naturel », typique du protestantisme et du catholicisme,
a prévalu de façon emphatique sur toute autre doctrine. Le résultat en a
été que la Déclaration universelle
n’est en rien universelle. Elle impose comme devoir une vision particulière du
monde, imprégnée de l’individualisme, du libéralisme ou du formalisme juridique
occidentaux.
Il n’est pas fortuit que
pendant des années de violentes
polémiques internationales se soient déchaînées sur cet aspect. En
particulier pendant la seconde Conférence Internationale des Nations Unies sur
les droits de l’homme,
en 1993, deux
conceptions totalement incompatibles entre elles se sont affrontées :
-
D’un
côté, il y avait les
thèses de la
Déclaration Universelle, avec sa revendication des
droits individuels, de la liberté et de la vie privée (
privacy).
-
De
l’autre, il y avait la position d’une grande partie des pays d’Amérique latine
et des pays asiatiques, avec Cuba et la Chine au premier rang. Ces pays mettaient au centre les «
droits collectifs », ignorés par
la Déclaration universelle, et en particulier la lutte des peuples contre la
pauvreté et contre la domination économique, financière et militaire des pays
industrialisés.
En réalité la Déclaration de
1948 a exercé et exerce toujours une influence minimale sur les relations
internationales. Elle a émané d’un organisme comme l’Assemblée Générale qui est dépourvue d’un pouvoir normatif
effectif. Ce n’est pas un hasard si le
texte de la Déclaration est structuré
comme une proclamation éthico philosophique, dépourvue de sanctions et
d’instruments exécutifs en mesure de la
réaliser. Pour en prouver la dramatique
inefficience il suffit de consulter les rapports d’
Amnesty International :
plus
de deux milliards de personnes
souffrent aujourd’hui de la violation systématique de leurs droits.
Le phénomène est en proportions
croissantes et concerne un nombre très élevé d’Etats : plus de 150 sur
200, y compris tous les Etats occidentaux. Les violations incluent une
longue série d’atrocités et de
violences : entre autres le génocide, la torture, la peine de mort, les
exécutions sommaires, les disparitions, les homicides politiques, les violences
contre les femmes, l’esclavage, les violences contre les enfants, les exécutons
capitales de mineurs et malades mentaux, le traitement inhumain et dégradant
des détenus.
Mais les tragédies du monde
sont surtout les guerres d’agression, la faim et la pauvreté absolue, dont sont
surtout responsables les pays occidentaux, à commencer par les Etats-Unis et
l’OTAN. Qu’on pense seulement à Guantanamo, à Abu Ghraib, à Bagram, aux
massacres en Irak et en Afghanistan. Et qu’on pense seulement, comme l’a
rappelé récemment Luciano Gallino
,
qu’en Inde, de 1996 à 2007, 250 mille paysans
se sont suicidés, opprimés par la faim et les dettes.
La
raison de leur condition misérable est due aux monocultures imposées par les
corporations européennes et étasuniennes.
Mais tous les hommes ne naissent-ils pas égaux ?
Danilo Zolo est professeur de droit international à Florence, auteur de
nombreux ouvrages et coordinateur du site Jura Gentium (
http://www.tsd.unifi.it/juragentium/it/index.htm
)
Edition de mardi 9 décembre 2008
de
il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/09-Dicembre-208/art4.html
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio