L'Église se mobilise et s'engage
HOMELIE
OBSEQUES D’ANTOINE GUICHARD
16 DECEMBRE 08
«
Voici notre Dieu ; en Lui nous espérions et Il nous a
sauvés… »
« Restez
en tenue de service. Heureux les serviteurs que le maître trouvera
ainsi… »
Voilà deux paroles qui
éclairent bien notre célébration de cette après-midi. Paroles d’espérance
devant un événement toujours difficile à comprendre, avec une grande part de
mystère, surtout lorsqu’il est brutal et nous laisse avec nos questions.
Le départ d’un confrère,
d’un frère, d’un ami, d’un parent est
toujours
douloureux. Souffrance de la rupture. Réveil de souvenirs, de moments forts
de la vie, de ce que nous avons partagé ensemble. Invitation à regarder une vie
missionnaire et religieuse, une vie de pasteur, non pour chercher quelques
vains mérites, mais pour la présenter dans un geste d’offrande et d’action de
grâces au Seigneur qui connaît le cœur de chacun, qui sait voir au-delà des
limites et des faiblesses humaines.
Nous avons la chance comme
Chrétiens d’avoir des repères qui balisent la route, qui dans les moments
difficiles nous font lever la tête vers un avenir de bonheur. Attente d’un Dieu
sauveur, source de notre espérance.
Promesse d’un monde nouveau que le prophète Isaïe décrit à sa manière dans la 1
ère
lecture. Un grand festin préparé pour tous les peuples : plus de deuils,
ni de pleurs ; la mort est détruite pour toujours et laisse place à une
joie sans fin. Voilà ce qui advient, ce qui est promis, à nous qui nous sommes
de passage en ce monde, où nous avons déjà à accueillir et reconnaître Celui
qui vient à notre rencontre.
L’accueillir et le reconnaître surtout à travers le service. «
Restez en tenue de service ». Attitude
fondamentale du disciple du Christ, à l’exemple du Maître qui s’est fait
Serviteur :
« Je suis au milieu
de vous comme Celui qui sert ». Toute vocation chrétienne s’inscrit
dans cette logique où le plus grand s’incline devant le plus petit. «
Le Fils de Dieu ne retint pas le rang qui
l’égalait à Dieu, mais il se dépouilla, prenant la condition de serviteur… »
Le temps de l’Avent nous
invite fortement à garder la tenue de service. C’est là que le Seigneur nous
attend. C’est dans cette attitude qu’Il veut nous rencontrer et venir à son
tour venir nous servir… au banquet de son Royaume.
Ce service, Antoine a su le vivre dans sa vie
religieuse et missionnaire :
-
17
ans d’Afrique en Guinée et en Centrafrique.
-
30
ans en France, dans le diocèse de St. Etienne.
Antoine, je pense, avait le
souci de se mettre à l’écoute des autres. Son expérience missionnaire en Afrique
lui a permis d’être sensible spécialement aux problèmes des migrants en France
et de s’y engager plus particulièrement.
Ministère important là où l’accueil de l’autre différent,
où le devoir de fraternité sont mis à mal.
Invitation à élargir le regard, à prendre le chemin qui rapproche les hommes,
qui rappelle que nous avons à vivre ensemble notre vie d’enfants de Dieu.
La tenue de service c’est aussi l’accueil
de l’étranger ; exigeant parce que dérangeant sous maints aspects,
obligeant à changer les habitudes, à dépasser les a priori qui enferment.
N’est-ce pas le message de Noël que nous préparons : Dieu vient humblement
chez nous. Il se fait l’un de nous, pour faire de l’humanité un peuple de
Frères, où l’autre devient le Frère à accueillir et à aimer.
Dernièrement, Antoine
participait à la session ‘Justice et Paix’ de la province et avait accepté
volontiers de faire partie de l’équipe d’animation et d’organisation . C’est
dire la volonté de s’engager pour plus de Justice et de Paix entre nous.
En 2007, alors qu’il était
en ministère à Feurs dans le diocèse de St. Etienne, Antoine a pris conscience
qu’il ne pouvait plus assurer pleinement ses engagements pastoraux. Ce n’est
pas sans souffrance qu’il a accepté de quitter son ministère qu’il aimait, pour
rejoindre la communauté de Chevilly, sachant qu’il lui fallait alors vivre une
autre étape de sa vie religieuse. Mais l’accueil reçu ici et sa manière de se
situer avec les confrères ont facilité son insertion dans la vie de cette
grande maison. Très vite, il a su,
malgré
des problèmes de santé, retrouver la joie du service et du ministère pastoral.
Antoine nous laisse, je
crois, l’image d’un
confrère généreux,
donné, serviable, discret. Sans fanfaronnades ni grands discours, il a
compris que les services, souvent les plus petits et les plus insignifiants,
ont leur importance pour la construction d’une communauté fraternelle et
constituent le ciment de nos relations. Y répondre au jour le jour, c’est
donner sens à toute une existence, c’est agir selon de cœur de Dieu.
Merci, Antoine, pour ce que tu as été au milieu de
nous.
Que le Seigneur, le
Serviteur par excellence, t’accueille dans son Royaume d’Amour et de Paix.
Et que cette célébration
fortifie notre foi et notre espérance en Celui qui offre à chacun sa lumière
dans nos ténèbres, sa joie dans nos tristesses et sa vie pour vaincre notre
mort.
Amen!