L'Église se mobilise et s'engage
RELIGIONS ET SOCIETE
UN NOUVEAU DIALOGUE EST POSSIBLE
Chrétiens et sociaux, nous
embrassons dans un même regard la
dignité
de chaque personne et l'exigence de structures sociales justes. Nous avons
le sentiment que cette cohérence du regard est aujourd'hui attendue et
recherchée bien au-delà de la foi chrétienne, ainsi qu'en atteste l'ébranlement
autant moral que économique et financier, qui saisit l'opinion, en
présence de la crise en cours.
Les temps nous semblent mûrs pour un nouveau dialogue entre les
religions et les sociétés sécularisées où elles sont implantées. Cette situation favorable
ne s'est pas produite soudainement. Elle est le fruit, en France et en Europe,
de changements durables :
- D'un côté
les
sociétés, riches de libertés inédites et de potentialités parfois
inquiétantes,
s'affranchissent des vieux
clichés qui maintiennent le religieux dans le domaine privé.
- De l'autre, les
religions se savent minoritaires, et ne prétendent plus, en tous
cas dans nos pays, exercer sur la vie publique un quelconque pouvoir. Les
Semaines sociales de France sont préparées à ce dialogue et souhaitent le
promouvoir.
1° Les
ressources de l'inspiration chrétienne :
Nos sociétés, en France et en Europe,
sont
traversées par une contradiction douloureuse, issue de l'émancipation de
l'individu. L'aspiration à l'accomplissement de soi se heurte à une
intolérance croissante au regard de la diversité ressentie comme menaçante.
La foi chrétienne propose ici la ressource
de la fraternité. Elle se fonde sur une vision de l’homme où relations
d'altérité et estime de soi, loin de se concurrencer, s’alimentent l’une
l’autre : "
aime ton prochain comme
toi-même".
Alors qu’elles viennent de
connaître une période de paix intérieure et extérieure sans précédents, nos sociétés
sont travaillées par une violence qui les meurtrit. Cette
violence reflète pour une large part un contexte social où beaucoup ne
parviennent plus à trouver leur place. Pour remédier à cette situation
endiguer la violence ne suffit pas : il faut œuvrer à l'avenir de ces
personnes, de ces groupes ou de ces générations vulnérables, ce que les
Chrétiens appellent la
préférence pour
les pauvres.
L'appétit de profiter de
l'instant exaspère autant qu'il anime nos sociétés. Elles aspirent en même
temps sincèrement à un développement dans la durée qui respecte et donne sa
chance aux générations futures. Mais
le
sentiment de crainte issu de la menace écologique ne peut pas à lui seul
engendrer un changement des comportements. Il y va plus profondément d'un désir
d'adopter de nouveaux modes de vie :
l'esprit
de service et la modération fondée sur l’amour du prochain sont un fruit de
l'expérience religieuse.
1ère partie : Un nouveau
dialogue Des faits nouveaux tant du coté des religions que de la société
La
résurgence parfois dramatique de l'intolérance, la manipulation du
religieux pour attiser les conflits,
masquent
en réalité une autre évolution profonde et prometteuse de la relation entre
les Religions et les sociétés d'aujourd'hui. Cette évolution est patente,
depuis une dizaine d'années. Elle a pris place en France et dans divers pays
d'Europe. Mais elle touche toutes les parties du monde.
Partout en effet; les
progrès
des technologies et de l'économie marchande multipliant les possibilités
ouvertes aux choix et aux libertés humaines, se
pose du même coup avec acuité la question du sens de ces libertés:
à quoi bon, pour quelle qualité de la vie humaine et sociale? L'esprit
religieux s'en trouve à la fois bousculé et sollicité. La rapidité des
évolutions, la mobilité croissante redonnent au fond de l'importance à "ce
qui ne passe pas".
Ainsi
surgit dans la société elle-même un espace public ouvert à
l'interrogation que portent les philosophies et les religions, libéré de
certains des préjugés antérieurs. Réciproquement, les religions, dans notre
Europe les Eglises, ont pris pleinement acte de la diversité culturelle et
religieuse dans laquelle les croyants sont immergés, dans leur vie privée
ou professionnelle. Elles situent leur conviction et leur expérience des
relations humaines comme un apport à la recherche du bien commun et non comme
un savoir exclusif. La parole du Pape Benoît XVI fait mouche, en annonçant
qu'il est fondamental de "
prendre
une conscience claire de la fonction irremplaçable de la religion pour la
formation des consciences et de la contribution qu'elles peuvent apporter, avec
d'autres instances, à la création d'un consensus éthique fondamental ans la
société"
.
À cause de ce mouvement
convergent, les
temps nous
semblent propices pour une meilleure prise en compte du christianisme –
et des grandes religions -
dans la
société d’aujourd’hui, et réciproquement. Pour autant les malentendus
restent considérables, comme l'a montré le débat avorté sur la référence aux
sources chrétiennes des valeurs européennes. La rencontre féconde entre
religions et sociétés est possible et porteuse de grands espoirs. Elle n'est
pas acquise. Il faudra de part et d'autre, faire un chemin.
Les Semaines sociales de France sont préparées à ce dialogue et souhaitent
contribuer à son développement.
Constituées il y a plus d'un
siècle à l'appel de l'Encyclique
Rerum
novarum, les Semaines sociales de France se situent par vocation dans la
perspective de ce dialogue avec la société. Leur conviction catholique
les engage dans la recherche de réponses aux grandes questions sociales.
Elles regardent donc avec confiance les réalisations majeures accomplies
ou espérées par la modernité démocratique du monde d'aujourd'hui:
- La
séparation
des pouvoirs et l'autonomie du politique, la laïcité et l'esprit de
tolérance qui en découlent, accomplissent selon nous une parole évangélique.
- Nous comprenons et soutenons la requête actuelle
d'un développement personnel. La mise
en avant de la personne humaine et de son caractère sacré, de sa dignité, sont
des constantes de l’Evangile et du christianisme.
- L’universalisme qui marque le message chrétien dès
ses origines, nous rend familier
le
monde moderne mondialisé et nous comprenons son aspiration à l'unité, aussi
difficile soit-elle.
Ces aspirations de notre
modernité sont loin cependant de recevoir des réponses claires. Une lecture
réaliste des événements suggère au contraire des reculs et des déceptions. Ce
que certains philosophes ont déjà nommé un désenchantement, ne s'adresse
pas aux religions, mais bien aux pouvoirs politiques. Dans ce contexte, le
message des Semaines sociales vise plutôt à encourager ceux-ci, en soulignant
la force et la profondeur des enjeux du Bien commun auquel la politique à
vocation d'être attachée.
2ème partie : L'inspiration chrétienne L'inspiration chrétienne offre une vision
créatrice et féconde face aux questions d'actualité que se posent nos
sociétés : Vivre la coexistence des
cultures comme une chance et non comme une menace.
Des
forces antagonistes travaillent nos
sociétés, en France et en Europe :
-
D'un
coté s'affirment
l'aspiration
individuelle à s'accomplir et à se construire librement, ainsi que le
droit à la différence et à la non -
discrimination.
-
De
l'autre, les
différences et la multi -
culturalité sont aussi ressenties comme des menaces au regard de la
préservation des identités historiques, au point que partout en Europe, les
forces politiques qui se réclament de l'intolérance trouvent un écho croissant
et inquiétant.
Comment surmonter cette
tension? Elle nécessite un travail en profondeur de la société sur elle-même et
avec les migrants qu'elle reçoit: un travail encadré par la loi, qui
associe les droits et les devoirs des uns et des autres; mais aussi un travail
culturel permettant de percevoir la diversité comme une richesse.
Sans obliger de croire en un
Dieu,
la foi chrétienne propose un
fondement universel pour un tel travail social. Elle se réclame en effet de
l'unicité radicale de chaque personne et de la vocation de chaque personne à
s'ouvrir vers autrui, sans perdre pour autant son identité personnelle. Ce
principe d'altérité ouverte, cette faculté à accueillir l’Autre dans sa
différence même est au fondement de l’anthropologie chrétienne. La
foi en un Dieu radicalement Autre et
pourtant source de l'amour conduit à accueillir sans crainte l’altérité. De
même, le
sens de la fraternité
universelle (Vous avez un seul Père et vous êtes tous frères) repose pour
la foi chrétienne sur la fraternité en Christ. Pour autant cette perspective
peut être comprise et vécue en dehors de la Foi chrétienne: elle n’est la
propriété d’aucune religion mais recèle un trésor de vie.
Le souci des pauvres comme une voie de pour le
perfectionnement de la société et la lutte contre les sources de la violence.
-
Alors
que nous vivons, au moins en Europe, une des périodes de paix les plus
prolongées de notre histoire, les
questions
de sécurité, face à diverses formes de violence et d'incivilité,
obsèdent nos sociétés.
-
La
responsabilité des auteurs des violences ne peut être éludée : mais précisément
la difficulté réside dans le fait que le
sentiment
de responsabilité est plus difficilement transmis.
-
La
violence des banlieues est la face visible de
l'affaiblissement plus large du lien social. Le cri de ceux qui ne
peuvent s'intégrer à la société nous alarme sur un émiettement généralisé de la
solidarité.
-
La
répétition de la violence fait écho
à
l'impossibilité de recevoir un pardon, dans une société où règne souvent le pas
vu, pas pris.
Face à cette difficulté, la
préférence pour les pauvres, un
principe essentiel de la tradition sociale chrétienne,
ouvre une piste paradoxale mais féconde. L'action sociale conduite
seulement par la crainte des ravages de la pauvreté n'ira jamais au fond des
choses. En revanche, en aménageant vraiment l'accès à la formation
professionnelle, à un logement décent, aux services de santé pour ceux qui en
ont le plus besoin, on ne fait pas que lutter contre la pauvreté. C'est la
société tout entière qui peut reprendre confiance en elle.
Un développement
soutenable, orientation vers l'avenir, fruit de la solidarité et du sens
de la communauté.
Les
sociétés européennes ont dans leur ensemble pris
conscience des risques attachés à la
poursuite du présent mode de croissance : Non seulement celui-ci
comporte pour la génération à venir un risque grave de rupture, mais dès
aujourd'hui les désordres écologiques deviennent une source de conflits et
d'exodes.
Pour autant les changements de
comportements qu'une riposte efficace exigerait, sont encore très timides.
Il arrive même qu'une sorte de
fatalisme
et d'immobilisme se trouvent renforcés devant la succession des prévisions
plus précises et plus alarmantes.
Le changement des
comportements ou plutôt des styles de vie, dans une perspective chrétienne, en
particulier dans la tradition orthodoxe ne résulte pas d'un sentiment de
crainte; il n'est pas inspiré seulement par la précaution. Il est aussi la clef
d'un enrichissement fondamental. La
retenue,
la modération des besoins mesurés à ce qui et nécessaire, créent un espace de
vie intérieure, une disponibilité. En d'autres termes, la vie spirituelle
est une école d'apprentissage de l'accueil. En même temps, elle ouvre sur
une disponibilité au don et au service. Elle libère. Le développement durable
est un développement solidaire.
Cet exemple montre aussi
que la religion, la foi chrétienne en
particulier,
constituent une invitation
permanente à se tourner vers l'avenir. Si la foi implique un travail de
mémoire, une relecture de la trace de l'Esprit dans une vie personnelle, elle
éclaire aussi la vie et donne un sens à l'avenir. L'espérance chrétienne ne se
réduit pas à une eschatologie repoussée dans un futur indéterminé. Elle fonde
au contraire une conviction que l'humain est perfectible aujourd'hui, non
seulement sous la forme d'un progrès matériel, mais dans la qualité, la
cohésion du corps social que l'humanité est appelée à former.
3ème partie : Changer son attitude Nous voulons changer notre attitude pour que la
fécondité de l'inspiration chrétienne soit perçue.
Pour que ce "trésor
caché" du sens de la vie issu pour nous de la foi chrétienne, puisse être
partagé avec une société pluraliste et qui n'embrasse pas nécessairement cette
foi, les
conditions d'un nouveau
dialogue doivent être réunies. Elles concernant au premier chef les
croyants et parmi eux les catholiques. En tant que laïcs catholiques,
rassemblés par les Semaines sociales de France, nous nous proposons d'y
contribuer:
- En
valorisant
autant que possible l'action et la fonction de la politique. Elle
incarne au plus haut degré la recherche d'un bien commun, dont l'urgence n'est
jamais apparue aussi forte qu'aujourd'hui, alors que les échelles nationales,
européennes et mondiales ne peuvent plus être séparées. Dans notre pays, nous
souhaitons contribuer à l'affermissement de la laïcité, en ce qu'elle implique
de respect mutuel des convictions et de recherche de valeurs civiques partagées
par tous.
-
En
recherchant dans le dialogue avec la société civile et les pouvoirs
publics,
à nous dépouiller de tout
langage autoritaire dans les domaines de la vie concrète, sociale ou familiale
en particulier. Contribuer au fondement d'une éthique commune consistera,
pour nous, à mettre en avant et à promouvoir les attitudes et les règles de vie
sociale fécondes, porteuses d'avenir et de solidarité entre les générations.
-
En
contribuant, avec nos antennes régionales, dans le cadre de la vie
diocésaine et locale,
à la promotion du
dialogue sur les enjeux de société. Au sein de l'Eglise catholique,
ce dialogue doit favoriser une prise de décision plus ouverte entre clercs et
laïcs.et une meilleure reconnaissance de la place des femmes.
Nous souhaitons aussi nous
ouvrir, en notre sein à une
coopération
œcuménique sur les chantiers de la mise en œuvre concrète de
l'enseignement social chrétien, avec
l'espoir de développer aussi sur ce sujet un dialogue inter religieux.
Nous sommes conscients que
la capacité de porter une parole chrétienne requiert avant tout un
approfondissement intérieur, car
c'est
de l'intériorité et de la prière que peuvent naître l'esprit de service,
l'humilité et la confiance dans l'avenir de la société.
4ème partie : Les attentes Ce que nous attendons de la société: les conditions
d'un échange avec les religions et la foi chrétienne
Inversement,
pour que ce dialogue attendu se développe,
il faut aussi une attention, une
disponibilité
de la part de la société. Disons-le avec netteté, le dialogue avec la
société, en particulier avec les instances politiques et sociales, suppose que
l'interlocuteur ne récuse pas à - priori la contribution chrétienne pour des
motifs dogmatiques. Nous entendons par dogmatisme en particulier l'idée que la
religion n'aurait rien à dire sur les questions publiques, ou qu'elle serait seulement
préoccupée d'imposer un ordre moral, nostalgique d'un pouvoir perdu. La société
civile et les pouvoirs publics devraient eux aussi pouvoir évoluer, afin de
permettre aux religions, en tant
qu'éducatrices des consciences et des libertés d'apporter davantage leur
contribution à la vie de la cité. Bref, il faut que la République et la
société dans son ensemble accepte que les communautés religieuses s’expriment
sur les grands sujets de société sans que soit aussitôt suspectée ou dénoncée
une atteinte à la laïcité. S'agissant particulièrement de notre pays, nous
proposons:
- Aux acteurs
des
médias, dont l'influence sur l'éthique et les conduites personnelles est
devenue particulièrement décisive, de
poursuivre
leur effort d’information et d’explication sur l’apport des religions face
aux grands enjeux concernant l'avenir de la société, en particulier ce
qui touche au début et à la fin de la vie humaine, ou encore la place faite aux
groupes les plus vulnérables.
-
Aux
responsables des grandes administrations ou entreprises d'ouvrir, dans le
cadre des activités culturelles et associatives qu'elles soutiennent ou
encouragent pour leurs salariés, un espace pour l'expression religieuse et
l'échange interculturel. Nous les invitons également à mettre en œuvre des
chartes de la diversité, y compris religieuse.
-
Aux
responsables gouvernementaux et aux parlementaires des différents familles
politiques
de promouvoir la connaissance
et la mémoire de la culture religieuse de notre pays, en tant qu'un élément
constitutif de son identité laïque. Sans cette connaissance et sans cette
mémoire, la laïcité vertueuse, propre à notre pays, perdrait ses repères. À cet
égard, nous insistons pour la
sauvegarde du principe du repos dominical,
dont la signification dépasse les seuls pratiquants religieux. De même, nous
invitons à poursuivre la mise en place au cours de la scolarité, d'une
formation à la connaissance du fait religieux qui ne peut se faire sérieusement
sans la mise en place d’un enseignement universitaire public de qualité dédié à
cette matière.
-
Aux
Parlementaires, de
compléter l'œuvre
déjà riche du service public de l'éducation. Sous la condition du respect
d'un cahier des charges républicain, elle permet à différentes traditions
religieuses d'assumer ce service et de fortifier la citoyenneté. Cette œuvre
qui a porté de nombreux fruits dans l'enseignement primaire, secondaire et
technique doit être poursuivie, selon les mêmes principes, également pour
l'enseignement supérieur.
-
Aux
pouvoirs publics locaux et municipaux, particulièrement dans les très
grandes agglomérations, de
mettre en
place les conditions d'un dialogue régulier avec les représentants des diverses
religions sur les questions du bien-être et du vivre ensemble des citoyens,
à l'image des expériences fécondes engagées à Lyon, Marseille, Saint-Etienne et
dans d'autres villes de France. Ces initiatives, sortes de conseil de la
fraternité au sens de la devise républicaine, encourageraient le dialogue
interreligieux lui-même.
CONCLUSIONS DES 83° SEMAINES SOCIALES DE France
Lyon - 23 novembre 2008
Par Jérôme Vignon, président
des Semaines Sociales de France
" Avant de conclure, je
souhaite en votre nom à tous , chers semainiers, prononcer un
immense merci à l'attention de l'antenne
sociale de Lyon. Non seulement pour avoir mobilisé des centaines de
bénévoles et de familles accueillantes, que je remercie à cette occasion,
permettant que cette rencontre se déroule dans les meilleures conditions. Mais
aussi pour avoir nourri la préparation de la session dans le terreau concret
des mouvements et de la cité lyonnaise. Une immense gratitude à vous aussi
monsieur le Cardinal, cher Philippe, si vous m'y autorisez, qui nous avez
soutenu et accompagné dans ce projet impressionnant. Par votre présence et votre
parole d'un bout à l'autre de cette session vous êtes aussi un signe de son
unité et de sa convergence, dans l'Esprit. Une immense reconnaissance aux
différentes composantes religieuses qui vivent à Lyon, d'être rentrées
dans ce projet. J'espère que de notre coté, nous avons su faire preuve de
simplicité et d'ouverture.
"Les religions menaces
ou espoirs pour nos sociétés?", telle était l'interrogation qui nous a
animée, tout au long de cette exceptionnelle session lyonnaise des Semaines
sociales de France. Pour y répondre, nous avons parcouru un itinéraire,
simulant d'une certaine manière cette rencontre entre Religions et sociétés
dans les conditions particulières de notre temps, mais aussi dans la
spécificité de ce coin du globe où nous nous trouvons, l'Europe. L'histoire
dira si quelque chose de neuf et de porteur d'espoir pour l'humanité ne se joue
pas aujourd'hui en Europe, sur ce plan de l'enrichissement mutuel de la société
et des religions, ne devons nous pas en effet considérer une singularité historique
de cette rencontre en Europe, aujourd'hui:
D'abord, la
contribution attendue et nécessaire des
religions pour souligner la profondeur de la communauté de valeurs qui peut
unir, au-delà des diversités culturelles indépassables des peuples aussi
différents que ceux qui composent l'Union à 27, mais aussi le Conseil de
l'Europe, sans exiger de leur part ni renoncement à leur identité culturelle et
historique. J'espère que ce moment vécu avec les 500 européens qui reprendront
bientôt la route dans leurs cars, pour retrouver demain leur pays, aura
contribué à nous rapprocher, à faire de nous avec IXE des messagers
convaincants de l'importance des enjeux européens pour les Européens et au-delà
de leurs frontières.
Ensuite, la
potentialité du dialogue inter religieux
dans une Union politique européenne, actuellement seule entité
occidentale internationale d'une taille significative à laquelle une nation de
culture musulmane offre de conduire un projet commun.
Il faut prendre le recul du
temps et de l'espace pour prendre la mesure des temps nouveaux dont nous parle
l'Évangile, et ne pas nous laisser ni décourager par les difficultés du moment
ni aveugler par les urgences. Dans ce moment précisément où la crise jette un
voile d'anxiété et d'obscurité sur l'avenir, souvenons-nous des propos
éclairants du Père Bruno-Marie Duffé:
"le
propre du religieux dans une société est d'être un relai de la mémoire
collective et en même temps, un aiguillon pour porter loin le regard sur le
futur". C'est au nom d'une vision positive sur l'avenir de l'humanité,
d'une conviction qu'elle est perfectible, que les religions, en particulier
celle dont se réclament les Chrétiens, peuvent apporter
"une contribution, avec d'autres instances à la création d'un
consensus éthique fondamental dans la société", pour reprendre ici le
propos du Pape Benoît XVI répondant au Président de la République,
aussitôt après son arrivée à Paris le 12 septembre. "Peuvent
apporter", mais aussi être
autorisées
à apporter cette contribution dans l'espace public, sans aussitôt être
récusées, au motif qu'elles voudraient encadrer les consciences, retrouver
l'autorité qu'elles ont perdu. Je le dis clairement comme laïc chrétien. Face
aux risques de crispation laïciste, aux tentations toujours renaissantes de ringardiser
la foi religieuse , de tourner en dérision ou en méfiance, tout
particulièrement dans notre pays, la foi catholique, en moquant les
"tabous" d'un autre âge auxquels personne ne devrait accorder
la moindre importance, on ne fait pas que défigurer la réalité de la foi. On se
prive aussi de la possibilité de fonder durablement une citoyenneté, qui
particulièrement dans notre pays a besoin d'un espoir de fraternité partagé par
tous. Un espoir de fraternité partagé par tous. Je donnerai ultimement la
parole à Saint-Paul, dans ce passage de la lettre aux Romains où sont
étroitement associées la liberté et la fraternité.
"La création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation
des fils de Dieu (…).Elle a gardé l'espérance d'être, elle aussi libérée
de l'esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la
gloire des enfants de Dieu"(Rom 8 18-23).
Dans la poursuite de ce
dialogue, auquel nous engage le message des Semaines sociales que nous avons
débattus et enrichis aujourd'hui par les travaux en atelier, nous devrons
être attentifs à cette espérance qui nous
précède et se laisse découvrir au cœur de la société. C'est déjà, je crois,
le sens de la prochaine session des Semaines sociales, consacrée aux
"nouvelles formes de solidarité". Elle se tiendra en Novembre, à
Villepinte, prés de Paris. Vous y êtes d'ores et déjà conviés."
Déclaration
interreligieuse de Paix et de Justice
Après le message qui vient
d’être adressé par les Semaines sociales à la société et aux hommes
politiques, nous, représentants des religions monothéistes, ressentons
l’urgence de prendre tous ensemble la parole.
Tout d’abord nous voulons
réaffirmer notre
attachement commun à
quelques principes ou attitudes sources de paix :
-
Le principe de
séparation du politique
et du religieux est pour nous un préalable et une condition à toute vie
religieuse et politique apaisée.
Mais ce préalable n’est pas
simple neutralité, il doit
s’accompagner
d’une attitude de respect et d’un désir de connaissance et de reconnaissance de
l’autre, même si nous ne partageons pas la même foi ou les mêmes
convictions
Mieux : la tâche qui
nous incombe
avec urgence est de
multiplier en tous domaines le dialogue entre croyants et le dialogue avec
nos frères non-croyants.
C’est à ces conditions que
la paix qui est notre horizon commun peut advenir et demeurer parmi nous.
Afin que la paix soit
partagée par tous, nous invitons les différentes familles de pensée à faire un
chemin semblable de respect et de dialogue.
Nous voulons aussi, sans
ostentation mais sans complexe,
inviter
chacun à puiser dans le message des religions le sens que beaucoup de nos contemporains
recherchent :
- Des
inquiétudes
multiples traversent en effet nos sociétés et atteignent nos personnes. -
L’homme, notamment,
ne saurait être réduit à un consommateur
économique. Vues à la lumière de notre créateur miséricordieux, nos vies
humaines prennent sens et nous retrouvons le goût de vivre.
- L’aventure de nos sociétés et celle de l’humanité
toute entière trouvent elles aussi leur sens sous le regard de Dieu qui aime
toutes ses créatures et veut leur bonheur.
Conscientes de leurs responsabilités,
les religions ont un message particulier à délivrer pour nos sociétés :
- Le
caractère sacré de tous les êtres humains et de la vie,
-
L’égale
dignité des hommes et des femmes,
- L’étranger, que nous nous devons
d’accepter et d’accueillir,
- Les
personnes
en difficulté que nous nous devons de respecter et d’aider,
- La
famille, source d’équilibre d’une humanité meilleure et dont nous
sommes tous responsables, personnellement et collectivement
- Et enfin
la création qui ne doit être ni
négligée ni vénérée mais continuée et développée par des hommes responsables de
ce don qui leur a été confié. Enfin notre affirmation d’un Dieu qui nous
dépasse mais veut notre bien nous rend particulièrement attentifs à la justice.
Notre foi nous oblige en effet, parfois malgré nous
, à prendre parti, envers et contre tout, en faveur de la justice.
La justice en effet ne nous appartient pas, pas plus qu’elle n’appartient à tel
ou tel car elle nous est donnée à travers la foi en un Dieu juste.
Cette foi peut nous amener à protester avec vigueur
face à des évolutions légales ou sociales qui nous semblent porter atteinte à
la justice ou au caractère sacré de la personne humain
Mais cette même exigence de
justice s’applique aussi à nous-mêmes. À travers nos communautés, nous donnons
parfois une image affaiblie ou fausse de la justice et de la miséricorde de
Dieu. Nous nous engageons à travailler, jour après jour, à nous rendre toujours
plus fidèles à ce que Dieu attend de nous.
Déclaration signée par :
Monseigneur Philippe Barbarin - Église catholique
Père Isaac Hekimian - Église apostolique arménienne
Père Athanase Iskos - Église orthodoxe
Monsieur le Recteur Kamel Kabtane - Islam
Révérend Chris Martin - Église anglicane
Pasteur Jean-Frédéric Patrzynski - Église luthérienne
Monsieur Joël Rochat - Église réformée
Grand Rabbin Richard Wertenschlag - Judaïsme
Pasteur John Wilson - Église baptiste