L'Église se mobilise et s'engage

RELIGIONS ET SOCIETE

UN NOUVEAU DIALOGUE EST POSSIBLE

Chrétiens et sociaux, nous embrassons dans un même regard la dignité de chaque personne et l'exigence de structures sociales justes. Nous avons le sentiment que cette cohérence du regard est aujourd'hui attendue et recherchée bien au-delà de la foi chrétienne, ainsi qu'en atteste l'ébranlement autant moral que économique et financier, qui saisit  l'opinion, en présence de la crise en cours.

Les temps nous semblent mûrs pour un nouveau dialogue entre les religions et les sociétés sécularisées où elles sont implantées. Cette situation favorable ne s'est pas produite soudainement. Elle est le fruit, en France et en Europe, de changements durables :
- D'un côté les sociétés, riches de libertés inédites et de potentialités parfois inquiétantes, s'affranchissent des vieux clichés qui maintiennent le religieux dans le domaine privé.
- De l'autre, les religions se savent minoritaires, et ne prétendent plus, en tous cas dans nos pays, exercer sur la vie publique un quelconque pouvoir. Les Semaines sociales de France sont préparées à ce dialogue et souhaitent le promouvoir.

1° Les ressources de l'inspiration chrétienne :

Nos sociétés, en France et en Europe, sont traversées par une contradiction douloureuse, issue de l'émancipation de l'individu. L'aspiration à l'accomplissement de soi se heurte à une intolérance croissante au regard de la diversité ressentie comme menaçante. La foi chrétienne propose ici la ressource de la fraternité. Elle se fonde sur une vision de l’homme où relations d'altérité et estime de soi, loin de se concurrencer, s’alimentent l’une l’autre : "aime ton prochain comme toi-même".

Alors qu’elles viennent de connaître une période de paix intérieure et extérieure sans précédents, nos sociétés sont travaillées par une violence qui les meurtrit. Cette violence reflète pour une large part un contexte social où beaucoup ne parviennent plus à trouver leur place. Pour remédier à cette situation endiguer la violence ne suffit pas : il faut œuvrer à l'avenir de ces personnes, de ces groupes ou de ces générations vulnérables, ce que les Chrétiens appellent la préférence pour les pauvres.

L'appétit de profiter de l'instant exaspère autant qu'il anime nos sociétés. Elles aspirent en même temps sincèrement à un développement dans la durée qui respecte et donne sa chance aux générations futures. Mais le sentiment de crainte issu de la menace écologique ne peut pas à lui seul engendrer un changement des comportements. Il y va plus profondément d'un désir d'adopter de nouveaux modes de vie : l'esprit de service et la modération fondée sur l’amour du prochain sont un fruit de l'expérience religieuse.

1ère partie : Un nouveau dialogue Des faits nouveaux tant du coté des religions que de la société
La résurgence parfois dramatique de l'intolérance, la manipulation du religieux pour attiser les conflits, masquent en réalité une autre évolution profonde et prometteuse de la relation entre les Religions et les sociétés d'aujourd'hui. Cette évolution est patente, depuis une dizaine d'années. Elle a pris place en France et dans divers pays d'Europe. Mais elle touche toutes les parties du monde. Partout en effet; les progrès des technologies et de l'économie marchande multipliant les possibilités ouvertes aux choix et aux libertés humaines,  se pose du même coup avec acuité la question du sens de ces libertés: à quoi bon, pour quelle qualité de la vie humaine et sociale? L'esprit religieux s'en trouve à la fois bousculé et sollicité. La rapidité des évolutions, la mobilité croissante redonnent au fond de l'importance à "ce qui ne passe pas".
Ainsi surgit dans la société elle-même un espace public ouvert à l'interrogation que portent les philosophies et les religions, libéré de certains des préjugés antérieurs. Réciproquement, les religions, dans notre Europe les Eglises, ont pris pleinement acte de la diversité culturelle et religieuse  dans laquelle les croyants sont immergés, dans leur vie privée ou professionnelle. Elles situent leur conviction et leur expérience des relations humaines comme un apport à la recherche du bien commun et non comme un savoir exclusif. La parole du Pape Benoît XVI fait mouche, en annonçant qu'il est fondamental de "prendre une conscience claire de la fonction irremplaçable de la religion pour la formation des consciences et de la contribution qu'elles peuvent apporter, avec d'autres instances, à la création d'un consensus éthique fondamental ans la société".
À cause de ce mouvement convergent, les  temps nous semblent propices  pour une meilleure prise en compte du christianisme – et des grandes religions - dans la société d’aujourd’hui, et réciproquement. Pour autant les malentendus restent considérables, comme l'a montré le débat avorté sur la référence aux sources chrétiennes des valeurs européennes. La rencontre féconde entre religions et sociétés est possible et porteuse de grands espoirs. Elle n'est pas acquise. Il faudra de part et d'autre, faire un chemin.
Les Semaines sociales de France sont préparées à ce dialogue et souhaitent  contribuer à son développement.
Constituées il y a plus d'un siècle à l'appel de l'Encyclique Rerum novarum, les Semaines sociales de France se situent par vocation dans la perspective de ce dialogue avec la société. Leur conviction  catholique les engage dans la recherche de réponses aux grandes questions sociales. Elles  regardent donc avec confiance les réalisations majeures accomplies ou espérées par la modernité démocratique du monde d'aujourd'hui:
- La  séparation des pouvoirs et l'autonomie du politique, la laïcité et l'esprit de tolérance qui en découlent, accomplissent selon nous une parole évangélique.
- Nous comprenons et soutenons la requête actuelle d'un développement personnel. La mise en avant de la personne humaine et de son caractère sacré, de sa dignité, sont des constantes de l’Evangile et du christianisme.
- L’universalisme qui marque le message chrétien dès ses origines, nous rend familier le monde moderne mondialisé et nous comprenons son aspiration à l'unité, aussi difficile soit-elle.

Ces aspirations de notre modernité sont loin cependant de recevoir des réponses claires. Une lecture réaliste des événements suggère au contraire des reculs et des déceptions. Ce que certains philosophes ont déjà nommé un désenchantement,  ne s'adresse pas aux religions, mais bien aux pouvoirs politiques. Dans ce contexte, le message des Semaines sociales vise plutôt à encourager ceux-ci, en soulignant la force et la profondeur des enjeux du Bien commun auquel la politique à vocation d'être attachée.

2ème partie : L'inspiration chrétienne L'inspiration chrétienne offre une vision créatrice et féconde face aux questions d'actualité que se posent nos sociétés : Vivre la coexistence des cultures comme une chance et non comme une menace.

Des forces antagonistes travaillent nos sociétés, en France et en Europe :
-         D'un coté s'affirment l'aspiration individuelle à s'accomplir et à se construire librement, ainsi que le droit à la différence et à la non - discrimination.
-         De l'autre, les différences et la multi - culturalité sont aussi ressenties comme des menaces au regard de la préservation des identités historiques, au point que partout en Europe, les forces politiques qui se réclament de l'intolérance trouvent un écho croissant et inquiétant. Comment surmonter cette tension? Elle nécessite un travail en profondeur de la société sur elle-même et avec les migrants qu'elle reçoit: un travail encadré par la loi, qui associe les droits et les devoirs des uns et des autres; mais aussi un travail culturel permettant de percevoir la diversité comme une richesse.

Sans obliger de croire en un Dieu, la foi chrétienne propose un fondement universel pour un tel travail social. Elle se réclame en effet de l'unicité radicale de chaque personne et de la vocation de chaque personne à s'ouvrir vers autrui, sans perdre pour autant son identité personnelle. Ce principe d'altérité ouverte, cette faculté à accueillir l’Autre dans sa différence même est au fondement de l’anthropologie chrétienne. La foi en un Dieu radicalement Autre et pourtant source de l'amour conduit à accueillir sans crainte l’altérité. De même, le sens de la fraternité universelle (Vous avez un seul Père et vous êtes tous frères) repose pour la foi chrétienne sur la fraternité en Christ. Pour autant cette perspective peut être comprise et vécue en dehors de la Foi chrétienne: elle n’est la propriété d’aucune religion mais recèle un trésor de vie.

Le souci des pauvres comme une voie de pour le perfectionnement de la société et la lutte contre les sources de la violence.

-         Alors que nous vivons, au moins en Europe, une des périodes de paix les plus prolongées de notre histoire, les questions de sécurité, face à  diverses formes de violence et d'incivilité, obsèdent nos sociétés.
-         La responsabilité des auteurs des violences ne peut être éludée : mais précisément la difficulté réside dans le fait que le sentiment de responsabilité est plus difficilement transmis.
-         La violence des banlieues est la face visible de l'affaiblissement plus large du lien social. Le cri de ceux qui ne peuvent s'intégrer à la société nous alarme sur un émiettement généralisé de la solidarité.
-         La répétition de la violence fait écho à l'impossibilité de recevoir un pardon, dans une société où règne souvent le pas vu, pas pris. 

Face à cette difficulté, la préférence pour les pauvres, un principe essentiel de la tradition sociale chrétienne, ouvre une piste paradoxale mais féconde. L'action sociale conduite seulement par la crainte des ravages de la pauvreté n'ira jamais au fond des choses. En revanche, en aménageant vraiment l'accès à la formation professionnelle, à un logement décent, aux services de santé pour ceux qui en ont le plus besoin, on ne fait pas que lutter contre la pauvreté. C'est la société tout entière qui peut reprendre confiance en elle.

Un  développement soutenable, orientation vers l'avenir,  fruit de la solidarité et du sens de la communauté.

Les sociétés européennes ont dans leur ensemble pris conscience des risques attachés à la poursuite du présent mode de croissance : Non seulement celui-ci comporte pour la génération à venir un risque grave de rupture, mais dès aujourd'hui les désordres écologiques deviennent une source de conflits et d'exodes. Pour autant les changements de comportements qu'une riposte efficace exigerait, sont encore très timides. Il arrive même qu'une sorte de fatalisme et d'immobilisme se trouvent renforcés devant la succession des prévisions plus précises et plus alarmantes.

Le changement des comportements ou plutôt des styles de vie, dans une perspective chrétienne, en particulier dans la tradition orthodoxe ne résulte pas d'un sentiment de crainte; il n'est pas inspiré seulement par la précaution. Il est aussi la clef d'un enrichissement fondamental. La retenue, la modération des besoins mesurés à ce qui et nécessaire, créent un espace de vie intérieure, une disponibilité. En d'autres termes, la vie spirituelle est une école  d'apprentissage de l'accueil. En même temps, elle ouvre sur une disponibilité au don et au service. Elle libère. Le développement durable est un développement solidaire.
Cet exemple montre aussi que la religion, la foi chrétienne en particulier, constituent une invitation permanente à se tourner vers l'avenir. Si la foi implique un travail de mémoire, une relecture de la trace de l'Esprit dans une vie personnelle, elle éclaire aussi la vie et donne un sens à l'avenir. L'espérance chrétienne ne se réduit pas à une eschatologie repoussée dans un futur indéterminé. Elle fonde au contraire une conviction que l'humain est perfectible aujourd'hui, non seulement sous la forme d'un progrès matériel, mais dans la qualité, la cohésion du corps social que l'humanité est appelée à former.

3ème partie : Changer son attitude Nous voulons changer notre attitude pour que la fécondité de l'inspiration chrétienne soit perçue.

Pour que ce "trésor caché" du sens de la vie issu pour nous de la foi chrétienne, puisse être partagé avec une société pluraliste et qui n'embrasse pas nécessairement cette foi, les conditions d'un nouveau dialogue doivent être réunies. Elles concernant au premier chef les croyants et parmi eux les catholiques. En tant que laïcs catholiques, rassemblés par les Semaines sociales de France, nous nous proposons d'y contribuer:

- En valorisant autant que possible l'action et la fonction de la politique. Elle  incarne au plus haut degré la recherche d'un bien commun, dont l'urgence n'est jamais apparue aussi forte qu'aujourd'hui, alors que les échelles nationales, européennes et mondiales ne peuvent plus être séparées. Dans notre pays, nous souhaitons contribuer à l'affermissement de la laïcité, en ce qu'elle implique de respect mutuel des convictions et de recherche de valeurs civiques partagées par tous.
- En recherchant dans le dialogue avec la société civile et les pouvoirs publics, à nous dépouiller de tout langage autoritaire dans les domaines de la vie concrète, sociale ou familiale en particulier. Contribuer au fondement d'une éthique commune consistera, pour nous, à mettre en avant et à promouvoir les attitudes et les règles de vie sociale fécondes, porteuses d'avenir et de solidarité entre les générations.
- En contribuant, avec nos antennes régionales, dans le cadre de la vie diocésaine et locale, à la promotion du dialogue sur les enjeux de société. Au  sein de l'Eglise catholique, ce dialogue doit favoriser une prise de décision plus ouverte entre clercs et laïcs.et une meilleure reconnaissance de la place des femmes.

Nous souhaitons aussi nous ouvrir, en notre sein à une coopération œcuménique sur les chantiers de la mise en œuvre concrète de l'enseignement social chrétien, avec l'espoir de développer aussi sur ce sujet un dialogue inter religieux.

Nous sommes conscients que la capacité de porter une parole chrétienne requiert avant tout un approfondissement intérieur, car c'est de l'intériorité et de la prière que peuvent naître  l'esprit de service, l'humilité et la confiance dans l'avenir de la société.

4ème partie : Les attentes Ce que nous attendons de la société: les conditions d'un échange avec les religions et la foi chrétienne

Inversement, pour que ce dialogue attendu se développe, il faut aussi une attention, une disponibilité de la part de la société. Disons-le avec netteté, le dialogue avec la société, en particulier avec les instances politiques et sociales, suppose que l'interlocuteur ne récuse pas à - priori la contribution chrétienne pour des motifs dogmatiques. Nous entendons par dogmatisme en particulier l'idée que la religion n'aurait rien à dire sur les questions publiques, ou qu'elle serait seulement préoccupée d'imposer un ordre moral, nostalgique d'un pouvoir perdu. La société civile et les pouvoirs publics devraient eux aussi pouvoir évoluer, afin de permettre aux religions, en tant qu'éducatrices des consciences et des libertés d'apporter davantage leur contribution à la vie de la cité. Bref, il faut que la République et la société dans son ensemble accepte que les communautés religieuses s’expriment sur les grands sujets de société sans que soit aussitôt suspectée ou dénoncée une atteinte à la laïcité. S'agissant particulièrement de notre pays, nous proposons:
- Aux acteurs des médias, dont l'influence sur l'éthique et les conduites personnelles est devenue particulièrement décisive, de poursuivre leur effort d’information et d’explication sur l’apport des religions face aux  grands enjeux concernant l'avenir de la société, en particulier ce qui touche au début et à la fin de la vie humaine, ou encore la place faite aux groupes les plus vulnérables.
- Aux responsables des grandes administrations ou entreprises d'ouvrir, dans le cadre des activités culturelles et associatives qu'elles soutiennent ou encouragent pour leurs salariés, un espace pour l'expression religieuse et l'échange interculturel. Nous les invitons également à mettre en œuvre des chartes de la diversité, y compris religieuse.
- Aux responsables gouvernementaux et aux parlementaires des différents familles politiques de promouvoir la connaissance et la mémoire de la culture religieuse de notre pays, en tant qu'un élément constitutif  de son identité laïque. Sans cette connaissance et sans cette mémoire, la laïcité vertueuse, propre à notre pays, perdrait ses repères. À cet égard, nous insistons pour la sauvegarde du principe du repos dominical, dont la signification dépasse les seuls pratiquants religieux. De même, nous invitons à poursuivre la mise en place au cours de la scolarité, d'une formation à la connaissance du fait religieux qui ne peut se faire sérieusement sans la mise en place d’un enseignement universitaire public de qualité dédié à cette matière.
- Aux Parlementaires, de compléter l'œuvre déjà riche du service public de l'éducation. Sous la condition du respect d'un cahier des charges républicain, elle permet à différentes traditions religieuses d'assumer ce service et de fortifier la citoyenneté. Cette œuvre qui a porté de nombreux fruits dans l'enseignement primaire, secondaire et technique doit être poursuivie, selon les mêmes principes, également pour l'enseignement supérieur.
- Aux pouvoirs publics locaux et municipaux, particulièrement dans les très grandes agglomérations, de mettre en place les conditions d'un dialogue régulier avec les représentants des diverses religions sur les questions du bien-être et du vivre ensemble des citoyens, à l'image des expériences fécondes engagées à Lyon, Marseille, Saint-Etienne et dans d'autres villes de France. Ces initiatives, sortes de conseil de la fraternité au sens de la devise républicaine,  encourageraient le dialogue interreligieux lui-même.
CONCLUSIONS DES 83° SEMAINES SOCIALES DE France
Lyon - 23 novembre 2008
Par Jérôme Vignon, président des Semaines Sociales de France

" Avant de conclure, je souhaite en votre nom à tous , chers semainiers, prononcer un immense merci à l'attention de l'antenne sociale de Lyon. Non seulement pour avoir mobilisé des centaines de bénévoles et de familles accueillantes, que je remercie à cette occasion, permettant que cette rencontre se déroule dans les meilleures conditions. Mais aussi pour avoir nourri la préparation de la session dans le terreau concret des mouvements et de la cité lyonnaise. Une immense gratitude à vous aussi monsieur le Cardinal, cher Philippe, si vous m'y autorisez, qui nous avez soutenu et accompagné dans ce projet impressionnant. Par votre présence et votre parole d'un bout à l'autre de cette session vous êtes aussi un signe de son unité et de sa convergence, dans l'Esprit. Une immense reconnaissance aux différentes composantes religieuses qui vivent  à Lyon, d'être rentrées dans ce projet. J'espère que de notre coté, nous avons su faire preuve de simplicité et d'ouverture.

"Les religions menaces ou espoirs pour nos sociétés?", telle était l'interrogation qui nous a animée, tout au long de cette exceptionnelle session lyonnaise des Semaines sociales de France. Pour y répondre, nous avons parcouru un itinéraire, simulant d'une certaine manière cette rencontre entre Religions et sociétés dans les conditions particulières de notre temps, mais aussi dans la spécificité de ce coin du globe où nous nous trouvons, l'Europe. L'histoire dira si quelque chose de neuf et de porteur d'espoir pour l'humanité ne se joue pas aujourd'hui en Europe, sur ce plan de l'enrichissement mutuel de la société et des religions, ne devons nous pas en effet considérer une singularité historique de cette rencontre en Europe, aujourd'hui:

D'abord, la contribution attendue et nécessaire des religions pour souligner la profondeur de la communauté de valeurs qui peut unir, au-delà des diversités culturelles indépassables des peuples aussi différents que ceux qui composent l'Union à 27, mais aussi le Conseil de l'Europe, sans exiger de leur part ni renoncement à leur identité culturelle et historique. J'espère que ce moment vécu avec les 500 européens qui reprendront bientôt la route dans leurs cars, pour retrouver demain leur pays, aura contribué à nous rapprocher, à faire de nous avec IXE des messagers convaincants de l'importance des enjeux européens pour les Européens et au-delà de leurs frontières.

Ensuite, la potentialité du dialogue inter religieux dans une Union politique européenne, actuellement seule entité  occidentale internationale d'une taille significative à laquelle une nation de culture musulmane offre de conduire un projet commun.

Il faut prendre le recul du temps et de l'espace pour prendre la mesure des temps nouveaux dont nous parle l'Évangile, et ne pas nous laisser ni décourager par les difficultés du moment ni aveugler par les urgences. Dans ce moment précisément où la crise jette un voile d'anxiété et d'obscurité sur l'avenir, souvenons-nous des propos éclairants du Père Bruno-Marie Duffé: "le propre du religieux dans une société est d'être un relai de la mémoire collective et en même temps, un aiguillon pour porter loin le regard sur le futur". C'est au nom d'une vision positive sur l'avenir de l'humanité, d'une conviction qu'elle est perfectible, que les religions, en particulier celle dont se réclament les Chrétiens, peuvent apporter "une contribution, avec d'autres instances à la création d'un consensus éthique fondamental dans la société", pour reprendre ici le propos du Pape Benoît XVI  répondant au Président de la République, aussitôt après son arrivée à Paris le 12 septembre. "Peuvent apporter", mais aussi être autorisées à apporter cette contribution dans l'espace public, sans aussitôt être récusées, au motif qu'elles voudraient encadrer les consciences, retrouver l'autorité qu'elles ont perdu. Je le dis clairement comme laïc chrétien. Face aux risques de crispation laïciste, aux tentations toujours renaissantes de ringardiser la foi religieuse , de tourner en dérision ou en méfiance, tout particulièrement dans notre pays, la foi catholique, en moquant les "tabous"  d'un autre âge auxquels personne ne devrait accorder la moindre importance, on ne fait pas que défigurer la réalité de la foi. On se prive aussi de la possibilité de fonder durablement une citoyenneté, qui particulièrement dans notre pays a besoin d'un espoir de fraternité partagé par tous. Un espoir de fraternité partagé par tous. Je donnerai ultimement la parole à Saint-Paul, dans ce passage de la lettre aux Romains où sont étroitement associées la liberté et la fraternité. "La création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu (…).Elle a gardé l'espérance  d'être, elle aussi libérée de l'esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu"(Rom 8 18-23).

Dans la poursuite de ce dialogue, auquel nous engage le message des Semaines sociales que nous avons débattus et enrichis aujourd'hui par les travaux en atelier, nous devrons être attentifs à cette espérance qui nous précède et se laisse découvrir au cœur de la société. C'est déjà, je crois, le sens de la prochaine session des Semaines sociales, consacrée aux "nouvelles formes de solidarité". Elle se tiendra en Novembre, à Villepinte, prés de Paris. Vous y êtes d'ores et déjà conviés."

Déclaration interreligieuse de Paix et de Justice



Après le message qui vient d’être adressé par les Semaines sociales à la société et aux hommes politiques,  nous, représentants des religions monothéistes, ressentons l’urgence de prendre tous ensemble la parole.
 
Tout d’abord nous voulons réaffirmer notre attachement commun à quelques principes ou attitudes sources de paix :
- Le principe de séparation du politique et du religieux est pour nous un préalable et une condition à toute vie religieuse et politique apaisée.
Mais ce préalable n’est pas simple neutralité, il doit s’accompagner d’une attitude de respect et d’un désir de connaissance et de reconnaissance de l’autre, même si  nous ne partageons pas la même foi ou les mêmes convictions
Mieux : la tâche qui nous incombe avec urgence est de multiplier en tous domaines le dialogue entre croyants et le dialogue avec nos frères non-croyants.
C’est à ces conditions que la paix qui est notre horizon commun peut advenir et demeurer parmi nous.
Afin que la paix soit partagée par tous, nous invitons les différentes familles de pensée à faire un chemin semblable de respect et de dialogue.

Nous voulons aussi, sans ostentation mais sans complexe, inviter chacun à puiser dans le message des religions le sens que beaucoup de nos contemporains recherchent :
- Des inquiétudes multiples traversent en effet nos sociétés et atteignent nos personnes. - L’homme, notamment, ne saurait être réduit à un consommateur économique. Vues à la lumière de notre créateur miséricordieux, nos vies humaines prennent sens et nous retrouvons le goût de vivre.
- L’aventure de nos sociétés et celle de l’humanité toute entière trouvent elles aussi leur sens sous le regard de Dieu qui aime toutes ses créatures et veut leur bonheur.

Conscientes de leurs responsabilités, les religions ont un message particulier à délivrer pour nos sociétés :
- Le caractère sacré de tous les êtres humains et de la vie,
- L’égale dignité des hommes et des femmes,
- L’étranger, que nous nous devons d’accepter et d’accueillir,
- Les personnes en difficulté que nous nous devons de respecter et d’aider,
- La famille, source d’équilibre d’une humanité meilleure et dont nous sommes tous responsables, personnellement et collectivement
- Et enfin la création qui ne doit être ni négligée ni vénérée mais continuée et développée par des hommes responsables de ce don qui leur a été confié. Enfin notre affirmation d’un Dieu qui nous dépasse mais veut notre bien nous rend particulièrement attentifs à la justice.

Notre foi nous oblige en effet, parfois malgré nous, à prendre parti, envers et contre tout, en faveur de la justice. La justice en effet ne nous appartient pas, pas plus qu’elle n’appartient à tel ou tel car elle nous est donnée à travers la foi en un Dieu juste.
Cette foi peut nous amener à protester avec vigueur face à des évolutions légales ou sociales qui nous semblent porter atteinte à la justice ou au caractère sacré de la personne humain
Mais cette même exigence de justice s’applique aussi à nous-mêmes. À travers nos communautés, nous donnons parfois une image affaiblie ou fausse de la justice et de la miséricorde de Dieu. Nous nous engageons à travailler, jour après jour, à nous rendre toujours plus fidèles à ce que Dieu attend de nous.

Déclaration signée par :
Monseigneur Philippe Barbarin - Église catholique
Père Isaac Hekimian - Église apostolique arménienne
Père Athanase Iskos - Église orthodoxe
Monsieur le Recteur Kamel Kabtane - Islam
Révérend Chris Martin - Église anglicane
Pasteur Jean-Frédéric Patrzynski - Église luthérienne
Monsieur Joël Rochat - Église réformée
Grand Rabbin Richard Wertenschlag - Judaïsme
Pasteur John Wilson - Église baptiste