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MESSE
DE LA VEILLE DE NOEL : 24 DÉCEMBRE 2008
1° LECTURE : Lecture du livre d'Isaïe (Is 9, 1-6) :
Le peuple qui marchait dans les
ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de
l'ombre, une lumière a resplendi.
Tu as prodigué l'allégresse, tu
as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit en
faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus.
Car le
joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du
chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane. Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le
sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a
dévorés.
Oui ! un
enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l'insigne du pouvoir est sur son
épaule ; on proclame son nom : «
Merveilleux - Conseiller, Dieu - Fort, Père – à - jamais, Prince – de – la -
Paix ».
Ainsi le
pouvoir s'étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il
sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour
toujours. Voilà ce que fait l'amour invincible du Seigneur de l'univers.
2° PSAUME 95(96) :
Chantez au Seigneur un chant nouveau,
Chantez au Seigneur, terre entière,
Chantez au Seigneur et bénissez son nom !
De jour en jour, proclamez son salut,
Racontez à tous les peuples sa gloire,
À toutes les nations ses merveilles !
Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
La campagne tout entière est en fête.
Les arbres des forêts dansent de joie
Devant la face du Seigneur, car il vient,
Car il vient pour juger la terre.
3° 2° LECTURE : LETTRE DE SAINT PAUL APOTRE À TITE :
La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les
hommes. C'est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions
d'ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et
religieux, et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera
la gloire de Jésus - Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur.
Car il s'est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos
fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à
faire le bien.
4° ÉVANGILE SELON SAINT LUC :
En ces
jours-là, parut un édit de l'empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la
terre — ce premier recensement eut lieu
lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. — Et chacun allait se faire
inscrire dans sa ville d'origine.
Joseph,
lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la
ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance
de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était
enceinte. Or, pendant qu'ils étaient
là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter.
Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle
l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place
pour eux dans la salle commune. Dans
les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs
pour garder leurs troupeaux.
L'ange du Seigneur s'approcha, et la gloire du
Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d'une grande
crainte, mais l'ange leur dit : «
Ne craignez pas, car voici que je viens vous
annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la
ville de David. Il est le Messie, le Seigneur.
Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né
emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et
soudain, il y eut avec l'ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu
en disant : «
Gloire à Dieu au plus haut des cieux,
et paix sur la terre aux hommes qu'il aime. »
5° HOMÉLIE DU
PAPE (1):
Chers Frères et
Soeurs,
«
Qui est semblable au Seigneur notre Dieu
? Lui, il siège là-haut. Mais il abaisse son regard vers le ciel et vers la
terre ». Ainsi chante Israël dans un de ses Psaumes (112 [113 ], 5-6), où
il exalte à la fois la grandeur de Dieu et sa proximité bienveillante à l'égard
des hommes.
Dieu demeure dans les
hauteurs, mais il se penche vers le bas ... Dieu est immensément grand et
bien au-dessus de nous. C'est là la première expérience de l'homme. La distance
semble infinie. Le Créateur de l'univers, Celui qui conduit tout, est très loin
de nous : c'est ce qui paraît tout d'abord. Mais ensuite vient l'expérience
surprenante : Celui auquel rien n'est égal, qui «
siège là-haut », Celui-ci regarde vers le bas. Il se penche vers le
bas. Il nous voit et Il me voit.
Ce
regard de Dieu vers en bas est plus qu'un regard d'en - haut. Le regard de Dieu
est un agir. Le fait qu'Il me voit, qu'il me regarde, me transforme de même
que le monde autour de moi. Ainsi le psaume continue-t-il immédiatement : «
De la poussière, il relève le faible ... ».
Par son regard vers le bas, il me
relève, avec bienveillance. Il me prend par la main et m'aide à m'élever,
moi précisément, du bas vers le haut.
«
Dieu s'abaisse ». Cette parole est une parole prophétique. Dans la nuit de
Bethléem, elle a acquis une signification complètement nouvelle. L'abaissement
de Dieu a pris un réalisme inouï et inimaginable auparavant. Il s'abaisse - il
vient, Lui, comme bébé et dans la misère de l'étable, symbole de toute
nécessité et de l'état d'abandon des hommes.
Dieu descend réellement. Il devient un enfant et se met dans la
condition de dépendance totale qui est celle d'un être humain qui vient de
naître. Le Créateur qui tient tout dans ses mains, dont nous dépendons
tous, se fait petit et nécessiteux de l'amour humain. Dieu est dans l'étable.
Dans l'Ancien Testament, le temple était considéré presque comme le marchepied
du trône de Dieu ; l'arche sacrée comme le lieu où, de façon mystérieuse,
Celui-ci était présent au milieu des hommes. Ainsi on savait que, au - dessus
du temple, secrètement, se tenait la nuée de la gloire de Dieu. Maintenant,
elle se tient au-dessus de l'étable.
Dieu
est dans la nuée de la misère d'un bébé sans toit : quelle nuée
impénétrable et néanmoins nuée de la gloire ! De quelle façon, en effet, sa
prédilection pour l'homme, sa préoccupation pour lui pourraient apparaître plus
grandes et plus pures ? La nuée de la dissimulation, de la pauvreté de l'enfant
qui a totalement besoin de l'amour, est en même temps la nuée de la gloire.
Parce que rien ne peut être plus sublime, plus grand que l'amour qui de cette
manière s'abaisse, descend, se rend dépendant. La gloire du vrai Dieu devient
visible quand s'ouvrent les yeux du coeur devant l'étable de Bethléem.
Le
récit de Noël selon saint Luc, que nous venons d'entendre dans le passage
évangélique, nous raconte que
Dieu a
soulevé un peu le voile derrière lequel il se cache, d'abord devant des
personnes de très basse condition, devant des personnes qui dans la haute
société étaient plutôt méprisées : devant les bergers qui dans les champs
autour de Bethléem gardaient leurs troupeaux. Luc nous dit que ces personnes «
veillaient ». Nous pouvons ainsi nous
sentir ramenés à un
thème central du
message de Jésus dans lequel, à maintes reprises et avec une urgence
croissante jusqu'au Jardin des oliviers,
revient
l'invitation à la vigilance - à rester éveillés pour nous apercevoir de la
venue du Seigneur et y être préparés. Par conséquent ici aussi ce mot signifie
sans doute plus que le simple fait d'être extérieurement éveillés durant les
heures de la nuit. Il s'agissait de personnes vraiment vigilantes, chez
lesquelles le sens de Dieu et de sa proximité était vif. Des personnes qui
étaient en attente de Dieu et qui ne se résignaient pas à son éloignement apparent
dans la vie de chaque jour. À un coeur qui veille, peut être adressé le message
de la grande joie : en cette nuit est né pour vous le Sauveur.
Seul le coeur qui veille est capable de
croire à ce message. Seul le coeur qui veille peut donner le courage de se
mettre en chemin pour trouver Dieu sous les traits d'un enfant dans une étable.
Prions le Seigneur afin qu'il nous aide nous aussi à devenir des personnes qui
veillent.
De
plus, Saint Luc nous raconte que
les
bergers eux-mêmes étaient « enveloppés
» de la gloire de Dieu, de la nuée de lumière, ils se trouvaient au coeur
même de la splendeur de cette gloire. Enveloppés de la nuée sainte, ils
écoutent le cantique de louange des anges : «
Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes
qu'il aime ». Et qui sont ces hommes qu'il aime sinon les petits, ceux qui
veillent, ceux qui sont dans l'attente, qui espèrent dans la bonté de Dieu et
le cherchent en regardant vers Lui, de loin ?
Chez
les Pères de l'Église, nous trouvons un commentaire surprenant à propos du
chant par lequel les anges saluent le Rédempteur. Jusqu'à ce moment - disent
les Pères - les anges avaient connu Dieu à travers l'immensité de l'univers, à
travers la cohérence et la beauté du cosmos qui proviennent de Lui et en sont
le reflet. Ils avaient accueilli, pour ainsi dire, le chant de louange muet de
la création et l'avaient transposé en une musique céleste. Mais alors, était
survenue une chose nouvelle, véritablement bouleversante pour eux. Celui dont
parlait l'univers, le
Dieu qui soutient
toute chose et porte tout dans sa main - Lui-même était entré dans l'histoire
des hommes, il était devenu quelqu'un qui agit et qui souffre dans
l'histoire. De ce joyeux bouleversement suscité par cet évènement inconcevable,
de cette seconde et nouvelle manière par laquelle Dieu s'était manifestée -
disent les Pères - était né un chant nouveau, dont l'Évangile de Noël a
conservé pour nous une strophe : «
Gloire
à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes ». Nous pouvons
probablement dire que, selon la structure de la poésie juive, ce double verset
dans ses deux parties dit au fond la même chose selon un point de vue
différent.
La gloire de Dieu est au plus
haut des cieux, mais cette hauteur de Dieu réside maintenant dans l'étable, ce
qui était vil est devenu sublime. Sa gloire est sur la terre, elle est la
gloire de l'humilité et de l'amour. Et encore :
la gloire de Dieu est la paix. Là où il est, là est la paix. Il est
là où les hommes ne veulent pas faire par eux-mêmes de la terre le paradis, en
recourant pour cela à la violence. Il est avec les personnes dont le coeur
veille, avec les humbles et avec ceux qui sont «
en phase » avec sa grandeur, avec la grandeur de l'humilité et de
l'amour. À ceux-là, il donne sa paix, afin que, par eux, la paix entre dans ce
monde.
Au
Moyen âge, le théologien Guillaume de Saint Thierry a affirmé une fois : «
Dieu - à partir d'Adam - a vu que sa
grandeur provoquait chez l'homme une résistance ; que l'homme se sent limité
dans son être même et menacé dans sa liberté. C'est pourquoi Dieu a choisi une
voie nouvelle. Il est devenu enfant. Il s'est rendu dépendant et faible,
nécessiteux de notre amour. Aujourd'hui
- nous dit ce Dieu qui s'est fait petit enfant - vous ne pouvez plus avoir peur de moi, désormais vous pouvez seulement
m'aimer ».
Avec
ces pensées, nous nous approchons en cette nuit de l'enfant de Bethléem, de ce
Dieu qui, pour nous, a voulu se faire enfant.
Sur chaque enfant, il y a le reflet de l'enfant de Bethléem. Tout
enfant réclame notre amour. En cette nuit, pensons donc d'une façon
particulière à ces enfants auxquels l'amour des parents est refusé. Aux enfants
des rues qui n'ont pas de foyer. Aux enfants qui sont utilisés d'une façon
brutale comme soldats et dont on fait des instruments de violence, plutôt que
de pouvoir être porteurs de réconciliation et de paix. Aux enfants qui, par
l'industrie de la pornographie et par toutes les autres formes abominables
d'abus, sont blessés au plus profond de leur âme. L'Enfant de Bethléem est un
nouvel appel qui nous est adressé pour faire tout ce qui est possible afin que
soient mis un terme aux épreuves de ces enfants, de faire tout ce qui est
possible afin que la lumière de Bethléem touche le coeur des hommes. Ce n'est
qu'à travers la conversion des coeurs, ce n'est qu'à travers un changement au
plus intime de l'homme que peut être dépassée la cause de tout ce mal, que peut
être vaincu le pouvoir du malin
. Ce
n'est que si les hommes changent, que change le monde et, pour changer, les
hommes ont besoin de la lumière qui vient de Dieu. Ils ont besoin de cette
lumière qui, de façon si inattendue, est entrée dans notre nuit.
En
parlant de l'enfant de
Bethléem,
nous pensons également à la localité qui porte le nom de Bethléem, nous pensons
à ce pays dans lequel Jésus a vécu et qu'il a profondément aimé.
Et nous prions pour que, là, advienne la
paix. Que cessent la haine et la violence. Que s'éveille la compréhension
réciproque, que se réalise une ouverture des coeurs qui ouvre les frontières.
Que descende la paix que les anges ont chantée au cours de cette nuit.
Dans
le psaume 95 [96], Israël, et avec lui l'Église, louent la grandeur de Dieu qui
se manifeste dans la création. Toutes les créatures sont appelées à faire leur
ce chant de louange, où se trouve aussi cette invitation : «
Que les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient » (v. 12). L'Église lit également
ce psaume comme une prophétie et, à la fois, comme un devoir. La venue de Dieu
à Bethléem fut silencieuse. Seuls les bergers qui veillaient furent un instant
enveloppés de la splendeur lumineuse de sa venue et purent entendre une partie
de ce chant nouveau qui était né de l'émerveillement et de la joie des anges
pour l'avènement de Dieu. Cette venue silencieuse de la gloire de Dieu se
poursuit à travers les siècles.
Là où il
y a la foi, là où sa parole est annoncée et écoutée, Dieu rassemble les hommes
et se donne à eux dans son Corps, les transforme en son Corps. Il « vient ».
Et ainsi, s'éveille le coeur des hommes. Le chant nouveau des anges devient le
chant des hommes qui, à travers tous les siècles et d'une façon toujours
nouvelle, chantent la venue de Dieu comme enfant et, du fond du coeur,
deviennent joyeux. Et les arbres de la forêt se rendent auprès de Lui et
exultent. L'arbre de la place Saint - Pierre parle de Lui, et il veut
manifester sa splendeur et dire : Oui, il est venu et les arbres de la forêt
l'acclament. Les arbres dans les villes et dans les maisons devraient être plus
qu'un signe de fête : ils désignent Celui qui est la raison de notre joie - le
Dieu qui pour nous s'est fait enfant. Le chant de louange évoque, en son sens
le plus profond, Celui qui est l'arbre même de la vie retrouvée. Dans la foi en
Lui, nous recevons la vie.
Dans le
Sacrement de l'Eucharistie, il se donne à nous - il donne une vie qui
arrive jusque dans l'éternité. En cette heure, nous entrons dans le chant de
louange de la création et notre louange est en même temps une prière : Oui,
Seigneur, fais-nous voir un peu de la splendeur de ta gloire. Et donne la paix
sur la terre. Fais de nous des hommes et des femmes de paix, de ta paix. Amen.
1-
ROME,
Jeudi 25 décembre 2008 (ZENIT.org
http://www.zenit.org/) - Nous
publions ci-dessous le texte intégral de l'homélie que le pape Benoît XVI a
prononcée au cours de la messe de minuit.