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AUDIENCE GENERALE DU 10 DECEMBRE : COMMENT JESUS
ENTRE-T-IL DANS NOTRE VIE ? (1)
Chers frères et soeurs,
Dans la
catéchèse de mercredi dernier, en suivant
Saint
Paul, nous avons vu deux choses :
-
La première, que
notre histoire humaine, depuis le début, est contaminée par l'abus de
la liberté créée, qui veut
s'émanciper de la Volonté divine. Et ainsi, elle ne trouve pas la véritable
liberté, mais s'oppose à la vérité et falsifie, par conséquent, nos réalités
humaines. Elle
falsifie surtout les
relations fondamentales : la relation avec Dieu, la relation entre l'homme
et la femme, entre l'homme et la terre. Nous avons dit que cette contamination
de notre histoire se diffuse dans tout son tissu et que ce défaut hérité s'est
étendu et est maintenant visible partout. Cela est le premier point.
-
Le deuxième point est celui-ci :
nous avons appris de Saint Paul qu'il
existe un nouveau début dans l'histoire
et de l'histoire en Jésus - Christ,
Celui qui est homme et Dieu. Avec Jésus, qui vient de Dieu, commence une
nouvelle histoire formée par son oui au Père, et donc fondée non pas sur
l'orgueil d'une fausse émancipation, mais sur l'amour et sur la vérité.
Mais à présent se pose la question :
comment pouvons-nous entrer dans ce nouveau début, dans cette nouvelle
histoire ? Comment cette nouvelle histoire arrive-t-elle à moi ? Nous
sommes inévitablement liés à la première histoire contaminée, en vertu de notre
descendance biologique, étant donné que nous appartenons tous à l'unique corps
de l'humanité. Mais la communion avec Jésus, la nouvelle naissance pour faire
partie de la nouvelle humanité, comment se réalise-t-elle ?
Comment Jésus arrive-t-il dans ma vie, dans
mon être ?
La réponse fondamentale de Saint Paul, de tout le nouveau
Testament, est : il arrive
au moyen de
l'Esprit Saint. Si la première histoire commence, d'une certaine manière,
avec la biologie, la seconde commence dans l'Esprit Saint, l'Esprit du Corps
ressuscité. Cet
Esprit a créé à la
Pentecôte le début de la nouvelle humanité, de la nouvelle communauté,
l'Eglise, le Corps du Christ.
Mais nous devons être encore plus concrets : cet Esprit du
Christ,
l'Esprit Saint, comment peut-il
devenir mon Esprit ? La réponse est que cela
se produit de trois façons, intimement liées l'une à l'autre :
-
La
première est la suivante :
l'Esprit du Christ frappe à la porte de mon coeur, me touche
intérieurement.
-
Mais étant donné que la nouvelle humanité doit
être un véritable corps, étant donné que l'Esprit doit nous réunir et créer
réellement une communauté, étant donné que surmonter les divisions et
rassembler les personnes dispersées, est caractéristique du nouveau
commencement,
cet Esprit du Christ se
sert de deux éléments de rassemblement visible : la Parole de l'annonce et les
Sacrements, en particulier
le Baptême
et l'Eucharistie.
Dans la
Lettre aux
Romains(2),
saint Paul dit : «
Si tes lèvres
confessent que Jésus est Seigneur et si ton coeur croit que Dieu l'a ressuscité
des morts, tu seras sauvé ». C'est-à-dire que tu entreras dans la nouvelle
histoire, une histoire de vie et non de mort. Puis, saint Paul poursuit : «
Mais comment l'invoquer sans d'abord croire
en lui ? Et comment croire sans d'abord l'entendre ? Et comment entendre sans
prédicateur ? Et comment prêcher sans être d'abord envoyés ? » (
Rm 10, 14-15). Dans un passage
successif, il dit encore : «
La foi naît
de la prédication » (
Rm 10, 17).
La foi n'est pas le produit de notre pensée,
de notre réflexion. C'est quelque chose de nouveau que nous ne pouvons pas
inventer, mais
uniquement recevoir comme
un don, comme une nouveauté produite par Dieu. Et
la foi ne vient pas de la lecture, mais de l'écoute. Il ne s'agit
pas uniquement de quelque chose d'intérieur, mais d'une
relation avec Quelqu'un. Elle suppose une rencontre avec l'annonce,
elle suppose l'existence de l'autre qui annonce et crée la communion.
-
Et enfin
l'annonce
: celui qui annonce ne parle pas de lui, mais est envoyé. Il s'inscrit dans
une structure de mission qui commence avec Jésus envoyé par le Père, passe aux
apôtres - le terme apôtres signifie « envoyés » - et continue dans le
ministère, dans les missions transmises par les apôtres. Le nouveau tissu de
l'histoire apparaît dans cette structure des missions, dans laquelle, à la fin,
nous entendons parler Dieu lui-même, sa Parole personnelle. Le Fils parle avec
nous, arrive jusqu'à nous.
La Parole
s'est faite chair, en Jésus, pour créer réellement une nouvelle humanité.
C'est pourquoi, la parole de l'annonce devient Sacrement dans le baptême, qui
est renaissance de l'eau et de l'Esprit, comme le dira Saint Jean. Dans le
sixième chapitre de la
Lettre aux
Romains, Saint Paul parle de façon très profonde du
Baptême. Nous avons entendu le texte. Mais sans doute est-il utile
de le répéter : «
Ou bien ignorez-vous
que, baptisés dans le Christ Jésus, c'est dans sa mort que tous nous avons été
baptisés ? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort,
afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous
vivions nous aussi dans une vie nouvelle » (
Rm 6, 3-4).
Évidemment,
dans cette catéchèse, je ne peux pas entrer dans une interprétation détaillée
de ce texte qui n'est pas facile. Je voudrais brièvement
souligner trois choses :
-
La
première
: « nous avons été baptisés »
est une action passive. Personne ne
peut se baptiser lui-même, il a besoin de l'autre. Personne ne peut devenir
chrétien de lui-même. Devenir chrétiens est un processus passif.
Nous ne pouvons être faits chrétiens que
par quelqu'un d'autre. Et cet «
autre »
qui fait de nous des Chrétiens, qui nous donne le don de la foi, est avant tout
la communauté des croyants, l'Eglise. Nous recevons de l'Eglise la foi, le
baptême. Sans nous laisser former par cette communauté, nous ne devenons pas
chrétiens. Un christianisme autonome, autoproduit, est une contradiction en
soi. En premier lieu,
cette autre
personne est la communauté des croyants, l'Eglise, mais en second lieu,
cette communauté n'agit pas non plus
d'elle-même, selon ses propres idées et désirs. La communauté vit elle
aussi dans ce même processus passif :
seul le Christ peut constituer l'Eglise. Le Christ est le véritable
donateur des Sacrements. Tel est le premier point :
personne ne se baptise tout seul, personne ne se fait chrétien. Nous
devenons chrétiens.
-
La
deuxième
chose est la suivante : le
Baptême
est plus qu'un lavement. Il est
mort
et résurrection. Paul lui-même, en parlant dans la
Lettre aux Galates, du tournant de sa vie qui s'est réalisé avec la
rencontre avec le Christ ressuscité, la décrit en ces termes : je suis mort. À
ce moment commence réellement une nouvelle vie. Devenir chrétiens est plus
qu'une opération cosmétique, qui ajouterait quelque chose de beau à une
existence déjà plus ou moins complète. Il s'agit d'un
nouveau début, d'une
nouvelle
naissance : mort et résurrection. Bien sûr, dans la résurrection ressort ce
qu'il y avait de bon dans l'existence précédente.
-
La
troisième est : la
matière
fait partie du Sacrement. Le christianisme n'est pas une réalité purement
spirituelle. Il implique le corps. Il implique l'univers. Il s'étend vers la
nouvelle terre et les nouveaux cieux. Revenons au dernier mot du texte de saint
Paul : ainsi - dit-il - nous pouvons «
marcher
dans une vie nouvelle ». Voici un élément pour un examen de conscience pour
nous tous :
marcher dans une vie
nouvelle. Voilà pour le Baptême.
Venons-en
à présent au
Sacrement de l'Eucharistie.
J'ai déjà montré dans d'autres catéchèses le profond respect avec lequel Saint
Paul transmet verbalement la tradition sur l'Eucharistie, qu'il a reçue des
témoins mêmes de la dernière nuit. Il transmet ces paroles comme un trésor
précieux confié à sa fidélité. Et ainsi, dans ces paroles, nous entendons
réellement les témoins de la dernière nuit. Nous entendons les paroles de
l'Apôtre : «
Pour moi, en effet, j'ai
reçu du Seigneur ce qu'à mon tour, je vous ai transmis : le Seigneur Jésus, la
nuit où il était livré prit du pain et, après avoir rendu grâce, le rompit et
dit : "Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites cela en mémoire de
moi". De même, après le repas, il prit la coupe en disant : "Cette
coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; chaque fois que vous en boirez,
faites cela en mémoire de moi" » 1 (
Co 11, 23-25). Il s'agit d'un texte inépuisable. Ici, dans cette
catéchèse, je ne ferai que
deux brèves
observations : Paul transmet les paroles du Seigneur sur la coupe de
cette façon : cette
coupe est « la nouvelle alliance dans mon sang ».
Dans ces paroles se cache une allusion à deux textes fondamentaux de l'Ancien
Testament. La première allusion concerne la promesse d'une nouvelle alliance
dans le Livre du prophète
Jérémie.
Jésus dit aux disciples et nous dit : maintenant, en cette heure, avec moi
et par ma mort se réalise la nouvelle alliance
; à partir de mon sang commence dans le monde cette nouvelle histoire
de l'humanité. Mais dans ces paroles est également présente une allusion au
moment de
l'alliance du Sinaï, lorsque Moïse avait dit : «
Ceci est le sang de l'Alliance que le
Seigneur a conclue avec vous moyennant toutes ces clauses » (
Ex 24, 8). Il s'agissait là du sang
d'animaux. Le sang des animaux ne pouvait être que l'expression d'un désir,
l'attente d'un véritable sacrifice, du véritable culte.
Avec le don de la coupe, le Seigneur nous donne le véritable sacrifice.
L'unique véritable sacrifice est l'amour
du Fils. Avec le don de cet amour, amour éternel, le monde entre dans la
nouvelle alliance. Célébrer l'Eucharistie signifie que le Christ se donne
lui-même, donne son amour, pour nous conformer à lui et pour créer ainsi le
monde nouveau.
Le
deuxième aspect important de la doctrine sur l'Eucharistie apparaît dans la
même première Lettre aux Corinthiens, dans laquelle Saint Paul dit : «
La coupe de bénédiction que nous bénissons,
n'est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n'est-il
pas communion au corps du Christ ? Parce qu'il n'y a qu'un pain, à plusieurs
nous ne sommes qu'un corps, car tous nous participons à ce pain unique »
(10, 16-17). Dans ces paroles apparaît également le
caractère personnel et le caractère social du Sacrement de
l'Eucharistie. Le Christ s'unit personnellement à chacun de nous, mais le
même Christ s'unit également avec l'homme et la femme à mes côtés. Et le pain
est pour moi, mais également pour l'autre.
Ainsi,
le Christ nous unit tous à lui et nous unit tous, l'un avec l'autre. Nous
recevons le Christ dans la communion. Mais le Christ s'unit également avec mon
prochain : le Christ et le prochain sont inséparables dans l'Eucharistie.
Et ainsi, nous ne formons tous qu'un seul
pain, un seul corps. Une Eucharistie sans solidarité avec les autres est
une Eucharistie dont on abuse. Et ici, nous sommes aussi à la racine et en même
temps au centre de la doctrine sur l'Eglise comme Corps du Christ, du Christ
ressuscité.
Nous
voyons également tout le réalisme de cette doctrine. Le Christ nous donne son
corps dans l'Eucharistie, il se donne lui-même dans son corps et il fait de
nous son corps, il nous unit à son corps ressuscité. Si l'homme mange le pain
normal, dans le processus de la digestion, ce pain devient partie de son corps,
transformé en substance de vie humaine. Mais dans la sainte Communion, se
réalise le processus inverse
. Le Christ,
le Seigneur, nous assimile à lui, nous introduit dans son Corps glorieux et
ainsi, tous ensemble, nous devenons son Corps. Celui qui ne lit que le
chapitre XII de la première Lettre aux Corinthiens
et le chapitre XII de la Lettre aux Romains,
pourrait penser que la parole sur le Corps du Christ comme
organisme des charismes n'est qu'une sorte de parabole sociologique théologique.
En réalité, dans la politologie romaine, cette parabole du corps avec plusieurs
membres qui forment une unité, était utilisée par l'Etat lui-même, pour dire
que l'Etat est un organisme dans lequel chacun a sa fonction, la multiplicité
et la diversité des fonctions forment un corps et chacun a sa place. En ne
lisant que le chapitre XII de la première Lettre aux Corinthiens,
on pourrait penser que Paul se limite à
transférer uniquement cela à l'Eglise, qu'ici aussi, il ne s'agit que d'une
sociologie de l'Eglise.Mais en tenant compte de ce dixième chapitre, nous
voyons que le réalisme de l'Eglise se situe bien ailleurs, il est beaucoup plus
profond et vrai que celui d'un Etat organisme. Parce que le Christ nous donne
réellement son corps et fait de nous son corps.
Nous devenons réellement unis au corps ressuscité du Christ, et ainsi,
unis l'un à l'autre. L'Église n'est pas seulement une corporation comme
l'Etat, c'est un corps. Ce n'est pas simplement une organisation, mais un
véritable organisme.
Enfin,
quelques très brèves réflexions sur le
Sacrement
du mariage. Dans la Lettre aux Corinthiens on
ne trouve que quelques allusions, tandis que la Lettre aux
Ephésiens
a vraiment développé une
profonde théologie du mariage. Paul définit ici le mariage comme un «
mystère de grande portée ». Il dit qu' «
il s'applique au Christ et à l'Eglise
» (5, 32). Il faut souligner dans ce passage une réciprocité qui se configure
dans une dimension verticale.
La
soumission respective doit adopter le langage de l'amour, qui trouve son modèle
dans l'amour du Christ envers l'Eglise. Ce rapport entre le Christ et
l'Eglise, rend premier l'aspect théologal de l'amour matrimonial, il exalte la
relation affective entre les époux. Un authentique mariage sera bien vécu si,
dans la constante croissance humaine et affective, il s'efforcera de rester
toujours lié à l'efficacité de la parole et au sens du baptême : le Christ a
sanctifié l'Eglise, en la purifiant à travers le lavement de l'eau, accompagné
par la Parole.
La participation au corps
et au sang du Seigneur ne fait que cimenter, et rendre visible, une union
rendue indissoluble par la grâce.
Écoutons
enfin les paroles de Saint Paul aux Philippiens : «
le Seigneur est proche » (
Ph 4,
5). Il me semble que nous avons compris que, au moyen de la Parole et à travers
les Sacrements, dans toute notre vie, le Seigneur est proche. Prions - le afin
que nous puissions toujours être touchés au plus profond de notre être par sa
proximité, afin que naisse la joie - cette joie qui naît lorsque Jésus est
réellement proche.
Puis
le pape a proposé une synthèse de sa catéchèse, en français : Chers frères et soeurs,
L'enseignement
de saint Paul nous présente une riche doctrine sur la «
nouvelle créature » et «
l'homme
nouveau » que nous sommes appelés à devenir, notamment par les sacrements.
Ainsi, le
baptême est-il
sacrement de la participation à la mort et
à la résurrection du Christ. Il est commencement et germe de vie nouvelle.
Il nous insère dans le Corps mystique du Christ. Dans le lien qu'il reconnaît
entre le Baptême et l'Esprit, Paul laisse entrevoir le sens de ce qui sera
ensuite le sacrement de Confirmation. L'homme nouveau, le baptisé, vit de
l'Esprit.
Rappelant
aux Corinthiens la dernière Cène, Paul souligne que
le baptisé est appelé à vivre la communion avec le Christ et à travers
lui, avec son corps qui est l'Eglise, dans le sacrement de l'Eucharistie.
La doctrine de Paul concerne aussi le sacrement du mariage qu'il considère à
travers l'image de la communion entre le Christ et son Eglise. Pour l'Apôtre,
l'acte conjugal exprime le fait que l'homme et la femme s'appartiennent l'un à
l'autre. Le mariage est un don de Dieu. Il a son modèle dans l'amour du Christ
envers l'Eglise.
Je
suis heureux d'accueillir les pèlerins francophones, en particulier les
religieuses du cours de formation de formatrices à la vie consacrée et le
groupe de la République du Congo. Que l'enseignement de saint Paul vous aide à
approfondir votre communion au Christ et à l'Eglise, notamment par la vie
sacramentelle. Avec ma Bénédiction apostolique !
1-
ROME, Jeudi 11 décembre
2008 (ZENIT.org
http://www.zenit.org/
) - Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse prononcée
mercredi par le pape Benoît XVI au cours de l'audience générale, dans la salle
Paul VI du Vatican. Le pape a laissé de côté son texte préparé et improvisé sa
catéchèse.