NOUVELLES DE MISSIONNAIRES
de BANGUI
Yves Gautier
B.P. 780 C.F. Bangui République.Centrafricaine
Tel : (236) 75 04 10 60 et ( 236 ) 72 75 43 60
Email :yvesgautier@hotmail.com
Bangui fin
Décembre 2008
À mes parents, à mes amis.BONNE ET SAINTE ANNEE
J’ai tant d’évènements à partager avec tous, tant de
bonnes choses à souhaiter à chacun, et juste le moyen trop limité de cette
lettre ; du moins qu’elle vous arrive chargée d’affection et de
prière.
Il y eut tant d’heureuses choses, au cours des 12 mois
écoulés et aussi, il est vrai, quelques-unes à qualifier de difficiles. Que
la nouvelle année vous apporte l’espérance, une année où chacun grandira,
avec la grâce de Dieu.
Pour commencer quelques nouvelles personnelles : J’y
pensais, j’hésitais, du coup, mon Evêque a pris l’initiative :
Je ne suis plus à Saint Paul, mais à Saint Charles, la
maison spiritaine. J’y trouve une vie de Communauté plus large et une
maison avec beaucoup de passages
Je ne suis plus Vicaire Général, mais je continue, de
Saint Charles, mes principales occupations, en particulier le Groupe Espoir.
À Saint Charles, je filtre d’avantage mes solliciteurs, je ne garde
vraiment que les plus pauvres.
Comme petit cadeau de bonne année, je vous livre ces
quatre
rencontres, assez caractéristiques, elles donnent le ton de notre
quotidien.
Lève-toi et marche :
Bangui peut se glorifier d’avoir
un service d’orthopédie
efficace ; on l’appelle le "
Centre de Rééducation
pour les handicapés moteurs de Bangui : Crahm ". Le Docteur
Onimus, un chirurgien français avec son équipe, vient opérer deux ou trois
fois par an. On assiste au "
lève toi et marche "
évangélique vécu chaque jour, même si les retours à une marche normale
demandent toujours de grands efforts. Certes les malades participent aux frais
de ce service, mais dans la mesure limitée de leurs moyens. Financés par un
grand organisme d’une Eglise européenne, les salaires des employés étaient
réglés, toutes les fins de mois.
Notre Crahm vivait sans histoire et, à mon humble avis,
faisait des merveilles, jusqu’au jour, où tout récemment,
je ne sais pour
quelle bonne raison, l’Eglise sœur d’Europe ne donne plus rien. Je ne
suis pas de ceux qui sont chargés de rétablir le courant financier, mais je
suis celui qu’on est venu voir dans ce cas désespéré.
L’Equipe du
Crahm m’a demandé d’assurer au moins une partie des salaires, le temps de
relancer celui qu’on appelle le " bailleur ".
Vu l’importance de l’enjeu et l’efficacité du Crahm, j’ai
gratté mes tiroirs ; il y avait quelque argent de l’Ordre de Malte pas
encore attribué. Les salaires étaient déjà forts modestes et les voici
réduits de 50 %. Pourtant aucun des employés ne cherche à quitter. Certes,
ils ne trouveraient pas un autre travail du jour au lendemain, mais, surtout ils
veulent que le Crahm continue, que tous ces hommes et ces femmes plus ou moins
cassés et tordus, qui passent par leurs mains, puissent par leurs soins, se
retrouver guéris et debout. J’admire !
Eloi :
Depuis des années, j’ai régulièrement sa visite. Je l’ai
canalisé avec quelques autres ; je ne les reçois que le mardi. Ce matin,
un beau mardi de Décembre, il se tient devant moi, chétif et mal ficelé, dans
un vêtement un peu déchiré, ce qui est signe de pauvreté extrême, image d’un
total dénuement. Je lui donne un billet de 2.000 Fcfa, soit 3 euros, et son
visage s’éclaire. Alors il me rappelle, en souriant de toute sa bouche
quelque peu édentée, que Liliane, Gautier et Jacques, ses trois enfants l’attendent
dans sa case au quartier. Ce petit billet fera de ce mardi un jour faste pour
eux tous, car il y aura quelques sous à la maison. Ils sont des centaines d’Eloi
survivants au jour le jour.
Niveau de vie.
Quant au niveau de vie, la
Centrafrique se situe dans les
derniers pays du monde, le 171e rang sur 177, selon le classement
mondial du Pnud. Ne l’oubliez pas, la vie à Bangui est très
chère ; c’est vrai évidemment pour tous les produits importés,
mais vrai aussi, hélas, pour les produits locaux. Heureusement beaucoup de
familles ont un champ aux environs de la ville, parfois à plus de 30
kilomètres, on y va à pied, on y reste deux ou trois nuits, on ramène les
produits, de quoi nourrir la famille quelques jours. Je ne vous parle pas
aujourd’hui des pauvres, mais de ceux que je désignerais comme le
" Centrafricain Moyen ". Car, dès qu’on touche un
salaire, on monte dans la catégorie relativement privilégiée des possédants,
ceux qui ont quelque chose. Des exemples :
- Employée à Caritas, elle gagne 90 euros par mois, elle a chez elle 4
enfants
- Un jardinier gagne 50 euros par mois ; le nôtre, qui travaille notre
terre à Saint Charles, est père de 6 enfants
- Béatrice, avec son modique salaire d’aide familiale, subvient aux
nécessités de toute une maisonnée : elle a 7 personnes avec elle à la
maison.
- On est client des " choisis ", les
vêtements - surplus pas chers au marché du " 5 kilo ". On
pratique un incroyable art de survivre, et on s’arrange, malgré tout, pour
vivre et être heureux. Mais dès qu’il y a une perturbation, comme une
maladie, une dépense imprévue, on ne peut plus, on cherche où emprunter. Il
vaut mieux, alors, ne pas trop préciser les modalités du remboursement.
Deux mots sur un dimanche soir, la messe de Saint Paul
Lancées à la Cathédrale, il y a bien des années, ces
Messes du Dimanche soir s’adressent particulièrement à un public jeune,
lycéens, étudiants. Chose assez singulière, à leur demande, ces messes sont
célébrées en français. Depuis des années, j’assure la célébration de
cette messe du Dimanche soir à Saint Paul. Elle regroupe une assemblée
nombreuse, jeune, participante qui réagit au quart de tour. On y vient,
heureux. On y participe joyeusement. On repart joyeux et heureux. On marche,
dans la nuit en groupes serrés , Je les double prudemment quand je
regagne Saint Charles en voiture.
Ce que je décris là n’a rien d’exceptionnel ; on
pourrait en écrire autant sur toutes les Eglises des vingt paroisses de Bangui.
Il me semble que le Seigneur fait des merveilles. Et à vous tous, mes Parents,
mes Amis, en ces jours de fête, beaucoup d’affection. Bonne Année-2009