NOUVELLES DE MISSIONNAIRES

ALGÉRIE

René You
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ALGERIE
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     Sidi-Bel-Abbès, le 8 décembre 2008

                            Chers parents, chers frères et sœurs spiritains, chers amis,

             Au moment même où j’écris les premiers mots de cette lettre, règne sur la ville un étrange et impressionnant silence. Il y a seulement quelques minutes descendaient des minarets une assourdissante litanie de « Allahou akbar ! » (Dieu est le très grand !) et, des étages de l’immeuble voisin les derniers bêlements des victimes de l’Aïd el kébir en souvenir du sacrifice d’Abraham. J’espère, avec Chrislain et le 4 sœurs franciscaines, que, malgré tout, la Vierge Marie dont nous célébrons aujourd’hui l’Immaculée Conception aura pu entendre, dans cette clameur venue de toutes le mosquées de la ville et amplifiée par les puissants haut-parleurs, nos frêles voix réunies pour la prière matinale.
              Il est ainsi des jours comme celui-là où plus que les autres jours, on prend conscience d’être véritablement une goutte d’eau dans un océan ou un grain de sable dans l’immensité du Sahara, où l’on pourrait se sentir exclu de cette foule, s’il n’y avait tous ces amis soucieux de nous partager leur joie, de nous associer à cette immolation qui réunit la famille, elle-même unie aux musulmans du monde entier et plus particulièrement ceux qui célèbrent cette fête à la Mecque… ces amis soucieux aussi de nous réserver notre part de viande comme on le fait pour les pauvres qui ne peuvent réunir assez d’argent pour se payer un mouton.
             J’apprécie d’autant plus cet Aïd 2008 que je n’ai pas vécu ici cette année cet autre temps fort de l’islam, le Ramadhan. Le premier jour, j’ai rompu le jeûne, le 7 septembre au soir, avec les passagers de l’avion qui m’emmenait à Paris, « obéissant » à Raymond, mon supérieur, et au vicaire général de notre diocèse qui, à leur retour de congé, me trouvaient un peu trop « svelte »…Le lendemain matin, les regards et quelques remarques de mes confrères de notre Maison Mère, à la rue Lhomond, ont fini de me convaincre que quelque chose n’allait pas. A 9 heures, j’étais donc à l’hôpital de la Pitié pour une dizaine de jours d’examens qui n’ont fait que confirmer le premier diagnostic du professeur : dérèglement de la thyroïde dû à un médicament censé combattre l’arythmie cardiaque. Rien de trop grave donc. Trois semaines en famille pour regagner des kilos, puis un mois dans la communauté de la rue Lhomond dans l’attente du feu vert médical pour le retour en Algérie.
             De cette expérience de vacances prolongées, je retiens quatre choses que je souhaite partager.
-         Tout d’abord, je remercie Dieu de cette « replongée » dans la famille. Je vous l’ai déjà dit à l’oreille, chers parents. Je pense surtout à ces temps forts qui nous ont fait goûter une nouvelle fois, et peut-être plus que d’habitude, la joie  d’appartenir à une famille unie dans laquelle, sans esbroufe, place est donnée au Seigneur.
-         Ma deuxième remarque se rapporte à mon séjour à l’hôpital. Il arrive souvent, en particulier au journal de 20 heures (nous avons ici les chaînes françaises), qu’on se plaigne, parfois sévèrement, des services de santé français, des négligences ou de la désinvolture de telle ou telle catégorie de personnel. Tout cela est peut-être vrai, mais je tiens à témoigner ici de la patience et de la gentillesse de ces professeurs, internes, infirmières, aides soignantes si rudement sollicités que j’ai rencontrés à la Pitié. Ils ne liront certainement pas cette lettre, mais je voulais dire ce que j’ai sur le cœur à leur égard, avec, si vous me le pardonnez, un brin de tendresse particulière pour les « gens du pays » très nombreux dans ces services et heureux d’échanger un moment sur l’Algérie.
-         Le troisième point sera pour remercier tous les confrères de la rue Lhomond ; Votre tâche n’est pas toujours facile, surtout en ce temps de restauration intérieure de la maison, alors qu’il vous faut, malgré tout, accueillir de nombreuses personnes de passage. Je retiens particulièrement les échanges fraternels et la prière partagée. Oh ! nul n’est parfait et, surtout après de longues années de service, apparaissent chez certains d’étonnants petits travers… mais sincèrement – on ne vous le dit peut-être pas assez souvent - on est bien « chez nous »,  à la rue Lhomond ! Merci !  Et un « choukran » particulier aux deux sahariens qui m’ont souvent prêté leur monture pour mes nombreux rendez-vous à la Pitié …
-         Enfin, ce sera mon ultime et plus importante conclusion après ces deux mois d’absence. Cela vous étonnera peut-être. C’est le bonheur de pouvoir transmettre toutes les fonctions que j’assumais jusque - là à mon confrère Chrislain . Avant les vacances d’été, j’avais déjà fait part à notre évêque de mon désir de le voir me remplacer comme responsable de la communauté chrétienne. C’est chose faite ; il sera officiellement chargé de cette tâche vendredi prochain au cours de la « messe dominicale ». Mais mon absence prolongée  a permis à lui, à la sœur Macilla et aux trois animatrices de la bibliothèque, tous jeunes, de prendre parfaitement toutes les responsabilités, y compris administratives dans le fonctionnement de ces « plates-formes » dont je vous ai parlé dans le passé : les deux bibliothèques et les cours de français et d’anglais. Au nom de quoi reprendrais-je les charges qu’ils ont parfaitement tenues en mon absence ?

         Je vous entends : « Alors que vas-tu faire ? Vas-tu mener une vie de retraité ? » Que non ! Me voilà au contraire prêt pour d’autres services. J’ai déjà pris en charge les courses et la cuisine (Eh oui ! Ne riez pas !) et l’avenir ne manquera pas de solliciter de nombreux coups de main… Enfin, vous vous en doutez, comment pourrais-je vivre sans l’enseignement ? Je continuerai, dès le début janvier, à donner des cours de français aux adultes : les inscriptions aux trois niveaux affichent « complet » et les listes d’attente s’allongent. L’essentiel sera toujours la « rencontre » respectueuse et fraternelle avec ces croyants, fiers héritiers d’Abraham dont ils célèbrent aujourd’hui le sacrifice et au milieu desquels le Seigneur m’a donné de vivre depuis tant d’années. Evidemment, ce serait vous bluffer de laisser penser que cela se fait sans quelques pincements au cœur, mais quelle joie aussi de voir la relève assurée.

               Cette fois-ci, je ne vous parlerai pas du pays. Pendant ces deux mois et demi d’absence, j’ai pris un peu de distance avec la réalité quotidienne de la vie de l’Algérie et des gens. Les paysans expriment leur joie : il pleut beaucoup cet automne. Nous avons même eu de la neige à Sidi-Bel-Abbès…  une bénédiction. Nous pouvons aussi espérer avoir de l’eau assez régulièrement l’été prochain … Pour le reste, reportez-vous à vos journaux habituels. Il est vrai qu’ils ont été particulièrement silencieux cet été au sujet de l’Algérie, sauf pour s’étonner du vote  à main levée de nos « chers » députés (leurs indemnités ont été « substantiellement » et « par hasard » augmentées quelques jours auparavant)  pour modifier la Constitution.

               À toutes et tous JOYEUX NOEL ! Le Seigneur vient !
               Et  BONNE ET HEUREUSE ANNEE 2009 … malgré la crise…
               Je vous embrasse.

P.S. :  Il n’est pas dans mes habitudes de solliciter la générosité des parents et amis. Je redis ici un grand merci à ceux qui, sans que je le leur demande, nous ont aidés dans le passé et j’ose volontiers lancer un appel pour ceux qui ont désormais à gérer le budget. Vous pouvez adresser vos dons à : Congrégation du Saint-Esprit, 30, rue Lhomond  75005 PARIS (avec la mention :« pour Sidi-Bel-Abbès »). Merci .