Nouvelles d'Afrique
L’UNICEF ne doit pas cautionner le pillage de l’Afrique(1)
mardi, 9 décembre 2008
Le
24 octobre dernier, l’UNICEF-France a signé un partenariat avec la Compagnie
Fruitière, autour du slogan
« 1 kilo de fruits acheté = 1 sourire
pour un enfant en Afrique ». Il s’agit en effet pour cette grande
entreprise de reverser, pour chaque kilogramme de fruits vendu en France, 2
centimes d’euros à l’UNICEF pour financer des actions, notamment en faveur de
la scolarisation des filles au Sénégal. En échange l’UNICEF autorise la
Compagnie Fruitière, grande entreprise d’importation de fruits tropicaux
(bananes, mangues, ananas, etc…), à communiquer largement sur ce partenariat,
en utilisant notamment le logo du Fonds des nations unies pour l’enfance.
Nous
pourrions nous réjouir de ces fonds supplémentaires pour financer l’action de
l’UNICEF en faveur des enfants africains. Mais le poids politique de ce
partenariat doit se mesurer à la lueur des conditions sociales et
environnementales de production dans les plantations de la Compagnie Fruitière
ou de ses filiales comme la PHP :
•
Ouvriers agricoles sous-payés (exemple :
25 000 F CFA au Cameroun, soit moins de 38€/mois, jusqu’aux
émeutes de février dernier)
•
Conditions de travail inacceptables et discipline de fer (Mgr Christian
Tumi, archevêque de Douala, témoigne :
« Les
droits fondamentaux des gens ne sont pas respectés » )
• Recours à l’appareil répressif local pour étouffer les
revendications de la société civile (exemple :
emprisonnement du maire de Njombe Penja, au Cameroun, qui avait averti les
autorités que
« les sociétés [dont PHP] ne payaient pas d’impôts ni de taxes
depuis trente ans » , n’acceptant pas que sa commune continue à
être
« une zone très riche avec des
populations très pauvres » )
•
Pratiques agricoles au mépris de l’environnement local et de la santé
des travailleurs (exemple : dans les plantations de Côte d’Ivoire,
emploi d’un pesticide hautement toxique, le DBCP, interdit aux USA)
« nous ne sommes pas des esclaves ! »
Hélas
les exemples ne manquent pas et il nous serait impossible de les énumérer tous
ici.
Pour
ces différentes raisons,
nous pensons
que la Compagnie Fruitière porte le plus souvent une lourde responsabilité dans
le fait que des enfants africains aient « perdu
le sourire » . Pour mémoire, rappelons que la jeunesse
camerounaise s’en est prise, lors des
« émeutes de la misère » de
février dernier, aux sociétés françaises dont la PHP, au cri de
« nous
ne sommes pas des esclaves ! » .
Le
partenariat signé avec cette institution permet donc à la Compagnie Fruitière
non seulement de dissimuler cette terrible réalité, mais également de délivrer
une publicité quasi-mensongère à faible coût. En effet,
les dons qu’elle effectue pour cette action, contrepartie à
l’utilisation de la notoriété et du logo de l’UNICEF, sont fiscalement
déductibles pour l’entreprise !
Nous demandons donc à l’UNICEF de
renoncer urgemment à ce partenariat et de le dénoncer par
voie de presse, afin de ne pas cautionner davantage ce scandale. La direction
pouvait ne pas en avoir conscience lors de sa signature, mais aujourd’hui elle
sait ; nous demandons donc qu’elle agisse.
1-
Note : Pour
soutenir cette action, rendez-vous sur le site Internet
cyber@cteurs,
pour envoyer un courrier type à l’UNICEF.