Nouvelles d'Afrique
ONGS CONGOLAISES & INTERNATIONALES RECLAMENT LA
RESTITUTION DES AVOIRS ILLICITES DE MOBUTU EN SUISSE.
Onze
ans après la chute du dictateur congolais
Mobutu,
sa famille est sur le point de se voir restituer, le 15 décembre prochain, 8,3
millions de francs suisses, soit environ 5,5 millions d’euros d’avoirs
saisis en Suisse depuis avril 1997. Le motif invoqué par les autorités suisses
est que le gouvernement congolais (RDC) n’a pas soutenu la procédure d’entraide
judiciaire qui aurait permis la restitution des fonds à l’Etat.
Nous,
organisations de la société civile congolaise et internationale,
exhortons la Suisse et la RDC à utiliser
tous les moyens possibles pour restituer les avoirs de Mobutu à la population
congolaise. Reverser cet argent illicite à ses héritiers serait vécue comme
une nouvelle injustice infligée au peuple congolais, victime de trente-deux
années de dictature soutenue par les puissances occidentales.
Malgré
une mobilisation sans précédent de la société civile congolaise
pour réclamer la restitution des fonds Mobutu et des demandes plusieurs fois
réitérées de la société civile internationale auprès du gouvernement congolais,
l’argent devrait retourner à la famille de l’ex-dictateur, qui a déjà pu
profiter en toute impunité de la fortune de ce dernier. La Banque Mondiale, qui
a financé le régime de Mobutu pendant toute la guerre froide, estime sa fortune
à plus de 6 milliards de dollars.
Alors
que la Suisse avait été un des rares pays à geler les fonds de l’ex-dictateur
,
elle remet ainsi en cause sa volonté, ainsi que celle de la communauté
internationale, de lutter contre la corruption, consacrant l’impunité pour les
crimes économiques et financiers (commis par les chefs d’Etats et de
gouvernements). C’est en effet,
plus de
20 à 40 milliards de dollars qui fuient chaque année des pays du Sud à cause de
la corruption ; ce qui représente
20
à 40% des chiffres affichés d’aide publique au développement. Alors que la
Convention des Nations unies contre la corruption de 2003 fait de la restitution
des avoirs détournés un principe du droit international, ces avoirs restitués
ne représentent qu’encore 3% des montants détournés au niveau mondial
…
La Suisse et la
République démocratique du Congo pourraient, en utilisant tous les instruments légaux
et politiques pour restituer les avoirs de Mobutu au peuple congolais spolié,
montrer qu’elles font de la lutte contre l’impunité une priorité.
C’est pourquoi nous exhortons :
- Les
autorités congolaises à désigner
immédiatement un plénipotentiaire pour mener à bien la restitution au
profit de la population de RDC.
- Les
autorités suisses à maintenir le blocage
de ces avoirs car une restitution au profit du clan Mobutu le 15 décembre
prochain serait en contradiction avec son intention de réviser la loi suisse
d’entraide judiciaire pour faciliter les restitutions aux Etats spoliés.
- Tous les Etats à
ratifier la Convention des Nations unies
contre la corruption, que la Suisse et bon nombre des pays du Nord n’ont
d’ailleurs pas ratifiée
.
En se dotant de cet instrument juridique, la Suisse et les autres pays comme la
France et la Belgique auraient ainsi l’obligation de restituer la totalité des
avoirs détournés par Mobutu (art 51) après avoir levé le secret bancaire
(article 40).
- Enfin, à l’ensemble
de la
communauté internationale
d’annuler totalement et sans condition la dette odieuse des dictatures
comme celle de Mobutu et de lutter contre les paradis fiscaux et judiciaires
qui permettent en toute opacité la fuite illicite de capitaux, près de 1 000
milliards de dollars selon la Banque mondiale, dont la moitié vient des pays du
Sud.
Quelques notes :
"
Reverser cet argent illicite à ses héritiers
serait vécue comme une nouvelle injustice infligée au peuple congolais, victime
de 32 années de dictature soutenue par les puissances occidentales",
poursuit le texte. Depuis la chute de Mobutu en 1997, quelque 8 millions de
francs suisses (5,2 millions d’euros) sont bloqués dans la Confédération mais
le gel des avoirs de l’ancien président pourrait prendre fin d’ici le 15
décembre, faute d’un prolongement de la procédure.
Joseph - Désiré Mobutu s’était emparé du
pouvoir par un coup d’Etat en 1965