Organisations internationales, DETTE
REMPLACER LE
SYSTEME CAPITALISTE ? (1)
1er décembre 2008
En marge de cette
première proposition, vous exigez davantage de discipline financière. Que
voulez-vous dire ?
Il y a une
nécessité de
réglementer tous les
produits financiers. Certains ne font l’objet d’aucun contrôle, comme les
assurances contre les défauts de paiement. Ce sont des produits toxiques,
hautement dangereux. Ensuite, il faut interdire aux personnes morales et
physiques résidant en Belgique d’avoir des actifs ou de réaliser des transactions
avec des paradis fiscaux.
Mais la Belgique
seule n’est pas en mesure d’interdire ces paradis.
Effectivement.
Il faut savoir que ces entités ne sont pas nécessairement exotiques, mais que
l’on parle aussi du grand-duché de Luxembourg, de la City de Londres ou de la
Suisse. Par contre, la Belgique peut parfaitement dire à ceux qui résident sur
son territoire qu’ils ne peuvent avoir des actifs ou des transactions avec ce
qu’elle considère être des paradis fiscaux.
Traquer le secret
bancaire et les paradis fiscaux comme vous le demandez ne revient - il pas
simplement à les faire renaître ailleurs ?
Je suis pour
l’interdiction de toute relation avec les
paradis fiscaux, qu’il s’agisse des îles vierges, des Caïman… qu’ils soient
situés dans le Pacifique ou près de chez nous.
La mobilité des
capitaux est pourtant une donnée essentielle de l’économie actuelle…
Justement. Il
faut inverser la logique actuelle. Il faut une stabilité des capitaux. Les
capitaux qui viennent dans un pays doivent y servir à investir et non à
alimenter des va-et-vient qui déstabilisent les bourses et l’économie
nationale… Quand je lis dans Le Soir l’interview du directeur de la Bourse
Bruno Colmant où celui-ci affirme que près de 80 % des opérations menées
après l’annonce du « plan Paulson » résultaient d’ordres venus de
l’étranger, essentiellement les Etats - Unis, et répondaient à des algorithmes
définis par des ordinateurs, je constate que c’est ce type de capitaux qui
portent préjudice à l’économie réelle. Et on en voit très clairement les effets
aujourd’hui.
Faut-il pour
autant supprimer le secret bancaire ?
Il faut
que les agents du fisc et les magistrats
puissent lever directement le secret bancaire. Nous sommes dans une
situation tout à fait scandaleuse, en Belgique, dans la mesure où les
opérations que les résidents effectuent sur leur compte bancaire sont
répertoriées par Swift, qui les communique aux autorités américaines. L’inverse
n’est pas vrai. Aux Etats - Unis, de surcroît, la sécurité est interprétée de
manière tout à fait inacceptable par le non-respect de toute une série de
droits humains fondamentaux, comme à Guantánamo et ailleurs. Je ne comprends
donc pas pourquoi Didier Reynders est arrivé à un accord avec les autorités
américaines et laisse faire. Et que l’on nous parle encore de ce secret
bancaire, qui entrave le travail de la justice ou des finances.
Pour que de telles
mesures puissent être efficaces, il faudrait un vaste accord international,
quasi planétaire…
Je pense qu’un
pays comme la Belgique peut prendre ces mesures. Elle n’a pas besoin de la
communauté internationale pour ça. Donner plus de compétences aux agents du
fisc et aux magistrats est évidemment de son ressort. Certains spéculateurs ne
viendront plus en Belgique si nous réglementons certains produits, et le pays
s’en portera mieux.
La leçon de cette
crise, c’est que 25 ans de déréglementation, au prétexte de permettre la
plus grande mobilité possible des capitaux,
ont abouti à un désastre. L’idée selon laquelle il faut attirer
tous les mouvements et toutes les formes de capitaux est contredite aujourd’hui
par la réalité. Ce point de vue va clairement à l’encontre de la politique
économique dominante et de la voie suivie par le gouvernement, que je récuse.
«
Le gouvernement a tout faux dans
le sauvetage de Fortis, Dexia et
autres. Il était parfaitement possible d’agir autrement : en prenant le
contrôle de Fortis et Dexia et en récupérant le coût sur le patrimoine des
grands actionnaires et des administrateurs. Nous aurions ainsi un instrument
public pour financer des projets socialement utiles, respectueux de
l’environnement, générateurs d’emplois et de revenus, tout en garantissant
l’épargne des particuliers. Le Parquet devrait par ailleurs engager des
poursuites contre les responsables de ce désastre. »
1-
Entrevue avec Eric Toussaint parue dans le journal Le
Soir.La crise financière et économique offre de nouveaux arguments aux
pourfendeurs du capitalisme. Ils renvoient dos à dos libéraux et
sociaux-démocrates… Mais encore ? Nous avons demandé à Éric Toussaint ,
président du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, de nous
formuler cinq propositions, en guise d’amorce au débat. par William Bourton ,Pascal Martin www.cadtm.org/spip.php?article3920