L'Église se mobilise et s'engage
Forum des Correspondants 3 novembre 2009
Intervention de Monseigneur Louis PORTELLA
Evêque de Kinkala Congo Brazzaville
Le
synode africain : Déroulement – Implications- Conclusions- Perspectives
Mgr Portella commence par rappeler le
travail fait au
premier synode qui
avait insisté sur l’identité de
l’Eglise comme
Famille de Dieu.
Réalité qui a suscité des avancées, même si des failles sont encore réelles.
Ce premier synode n’avait sans doute pas
assez insisté sur l’aspect éthique et social. Devoir impérieux de l’Eglise
pour évangéliser dans ces domaines. Nous avons à faire pénétrer les valeurs
évangéliques dans toutes les structures. Nous avons à procéder au
renouvellement des pensées personnelles et des structures sociales.
Le
synode a d’abord été une rencontre avec le Christ.
Repartir du Christ est nécessaire. Il est
notre
réconciliation, notre justice et
notre paix. L’Église, après
avoir reçu la grâce du Christ, peut œuvrer dans ces domaines. Réf à 2Cor5,
17-19 et lettre aux Ephésiens. Le
travail du synode consiste en une prise de position spirituelle.
L’Église doit
retrouver sa
veine prophétique.
L’Église est Peuple de prophètes, de prêtres, de rois. Comme Ezéchiel, elle est
appelée à
être « guetteur », « veilleur ». Que nous soyons
écoutés ou non, nous devons oser dire … C’est la mission de l’Eglise
d’annoncer, de provoquer, d’interpeller.
L’église a aussi à témoigner. Le témoignage est la première forme
d’évangélisation. En son sein, dans toutes ses structures, la réconciliation
est à vivre.
La conversion est
nécessaire :
-
Conversion à une vie de justice dans toutes les
structures de l’Eglise (si des audit étaient faites …).
-
Conversion nécessaire pour mettre en œuvre la paix.
Notre première démarche est d’être des lieux où fleurissent,
réconciliation, paix et justice. Ce n’est qu’à ce prix
que l’Eglise aura une autorité morale pour interpeller.
Durant le synode, la dimension universelle a été bien
marquée :
-
Présence du Pape et de ses collaborateurs
immédiats aux séances .
-
Présence des épiscopaux de tous les continents.
-
Quelque soit le thème abordé, l’Eglise toute
entière est concernée.
Ce qui concerne
l’Afrique, concerne le monde entier. Les liens sont là. En plus des
interventions qui étaient programmées, des interventions libres étaient à la
disposition des pères chaque jour durant une heure. (3 minutes chacune – temps
suffisant pour dire des choses importantes …). Rendons grâce pour cette
dimension universelle de notre démarche synodale.
Le
message du synode a été celui d’une
Nouvelle pentecôte. L’Afrique est
marquée par beaucoup de contradictions, de crises de toutes sortes, économique,
politique, sociale, des crises concernant la gouvernance. Des problèmes graves
à gérer, la faim, les maladies, enfants soldats, condition de certaines femmes, fuite des cerveaux, réfugiés … Le
temps est venu de changer.
Le Synode a
appelé tous les Africains à mettre en commun toutes leurs ressources. L’Afrique a aussi à apporter ses valeurs à
l’humanité. Elle est invitée à instaurer des
dialogues avec les autres chrétiens, les musulmans, les pratiquants des
religions traditionnelles. Elle a aussi à
être sur ses gardes au sujet de nouvelles idéologies comme celle
concernant le « genre ».
Le
constat sombre dans de nombreux domaines ne
conduit pas au désespoir. Des ressources humaines et matérielles sont là,
mais comment les utiliser ?
· Poser
un
regard de foi sur l’Afrique, sur le
monde, c’est Dieu qui donne paix, justice et réconciliation, nous sommes
des guetteurs, des ambassadeurs. Se laisser réconcilier avec Dieu dans la
prière.
·
Reconnaître ce qui se fait-
- solidarité, actions au sujet des migrations. Des missionnaires viennent
d’Afrique …
·
Dans l’Eglise d’Afrique, il y a un
réveil, existe une collaboration continentale au
niveaux des structures ecclésiales, renforcer les relations qui existent en
Afrique.
·
Nécessité d’avoir des personnes
sensibilisées, formées à la réconciliation, la justice,
la paix à tous les niveaux de l’Eglise.
·
Appel à la communauté internationale, à
un ordre mondial juste. Même appel pour l’Afrique.
· Fort
de ses constats et de ses dynamismes, le Synode demande à l’Afrique de se
lever. «
Lève-toi prends ton grabat
et marche … ». Le monde entier aussi a à prendre son grabat …
L’humanité est malade …
Après l’exposé de Mgr Portella, des questions
ont été posées concernant
le dialogue avec les musulmans,
l’idéologie du
genre, les interpellations à faire aux gouvernements, la
place de la
femme en Afrique – le marché du sexe en Europe, le dialogue
à instaurer avec les
décideurs politiques et économiques – Quelles
structures à mettre en place ? Pour ne pas rester dans le vague,
des
équipes de prêtres, religieux et laîcs
présidées par l’évêques ne sont-elles pas nécessaires ? Une
question concernant les
demandeurs d’asile provenant de pays en guerre.
Une autre question concernant la
gouvernance du pays et du lien à faire
avec une éventuelle
annulation de dette . Que penser de l’annulation de
la Cour d’appel de Paris concernant les
« Biens mal acquis » -
dans ce domaine faut-il considérer les ONG françaises comme des donneurs de
leçon ?
Suite à ces questions Mgr Portella n’a pu
donner que des réponses succinctes :
·
Au sujet des
musulmans, il faut engager le dialogue à tout prix. Des rencontres
sont nécessaires pour se connaître. Selon les pays, ce dialogue est plus ou
moins facile. La Lybie est plus ouverte dans ce domaine que le Maroc où la
possibilité de conversion n’existe pas. Au Sénégal, situation plus facile
qu’au Nigéria où le fondamentalisme est actif. L’islam connaît aussi des
évolutions, nous le constatons avec ceux qu’on appelle «
Les nouveaux penseurs de l’islam ». Il faut prendre son temps. Le but est de
parvenir à la liberté des religions.
·
Concernant l’idéologie du genre,
l’attention à la femme est certes
nécessaire, mais s’il faut parler d’égalité, il faut aussi tenir compte de la
singularité. Donner à la femme toutes ses possibilités d’expression. De
graves questions au sujet des possibilités d’avortement. Le «
Protocole de Maputo » comporte de
bonnes choses, mais est très inquiétant quant à ses propos concernant
l’avortement. Nous ne pouvons accepter légalisation le permettant. Le respect
de la vie est primordial. Méfions-nous de cette idéologie rampante. Lire les
écrits de Margaret Peters (Belge), dénonciation des corrosions dans ce domaine.
La question de la prostitution et de la présence de nombreuses femmes dans les
pays du nord est une grave question. Les femmes doivent prendre conscience de
leur propre dignité. Cela cache aussi beaucoup de problèmes. L’information
réciproque est nécessaire. Renforcer les actions qui dénoncent les faits.
Accompagner les victimes.
·
Interpellation
des décideurs politiques et économiques :
N’oublions pas la dimension prophétique de notre Eglise. Prophètes, nous ne
pouvons pas faire l’économie du martyr. Il est nécessaire d’interpeller nos
responsables. Au Congo des interpellations ont été faites ; d’abord assez
mal perçues, puis ensuite, elles ont été acceptées plus positivement. Des
événements regrettables ainsi après
des réactions d’évêques concernant des élections, des ministres leur ont
signifié de ne pas s’ingérer dans les affaires politiques … Cependant des
contacts et des audiences existent. Il
faut du répondant de chaque côté. Les situations sont différentes selon les
pays. Au Mali par exemple, alors qu’il est un pays à majorité musulmane, un
évêque est très apprécié par ses interventions auprès du Président. Il faudrait mettre en place des
observatoires auprès des Assemblées nationales pour étudier les projets de
lois, en discuter et faire des propositions.
·
Immigration.
Très peu de dirigeants africains
abordent cette question qui est une honte pour eux. Pourquoi les jeunes
veulent-ils quitter leur pays ? Ce problème met le doigt sur les failles
de nombreux pays ; les injustices qui existent. Le synode a plaidé pour un
juste traitement des émigrés. Des trafics au sujet des visas existent. Lire la
proposition 28 du synode. Les gouvernants doivent œuvrer pour un vrai
développement. Aider les jeunes à redémarrer s’ils reviennent.
·
Dette :
A quoi va servir l’annulation de la dette ? Il faut certainement
encourager l’annulation mais proposer une autre manière de la régler. Faire réfléchir les gouvernants sur ce
qu’ont été les cinquante années d’indépendance. Que sommes-nous devenus ?
Quelles sont les priorités ?
·
« Biens mal acquis » Dommage que cette question soit enterrée …
Continuer d’interpeller. Comment faire pour qu’il y ait une rétribution plus
équitable des profits des pays ? Etre la voix des sans voix. Travail de
longue haleine …
Le
père Pampou a insisté sur la dimension sociale donnée au Synode. Des défis
sont à relever. La réflexion sur les problèmes africains demandent maintenant des mises en
application. Le synode a suscité élan et espérance. Tous les acteurs sont
nécessaires et les communautés religieuses ont leur place à prendre dans ce
travail.