Nouvelles d'Afrique
SEHATRA FANARAHA-MASO NY
FIAINAM-PIRENENA
SeFaFi
Observatoire de la Vie Publique
Rue Rajakoba Augustin Ankadivato Antananarivo
Tél. : 22 663 99 Fax : 22 663 59 Email :
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SORTIR DE
L’IMPASSE
Il y a un an, la fermeture
arbitraire de la Télévision VIVA d’Andry Rajoelina par le régime de Marc
Ravalomanana a été le déclic d’une crise dont l’issue ne cesse de s’éloigner.
Les Malgaches sont-ils condamnés à ne pas s’entendre ?
Retrouver
le fanahy maha-olona(1) :
Ces mois d’incertitude et de
violence ont révélé des comportements qui seraient qualifiés d’inacceptables en
d’autres temps et d’autres lieux. Qui aurait pu imaginer que des responsables
politiques malgaches s’abaisseraient un jour jusqu’à préparer des attentats en
vue de tuer leurs concitoyens, en toute bonne conscience ; qu’ils
souhaiteraient voir s’abattre des sanctions internationales sur leur propre
pays, en toute sérénité ; ou qu’ils laisseraient des compatriotes croupir à
l’étranger, en toute indifférence, ce qui ne peut constituer une solution
pérenne aux problèmes du pays ?
Dans le même temps, le
partage du pouvoir est considéré comme une chose normale, tel un gâteau que
quelques privilégiés s’estimeraient en droit de se répartir entre eux. On en
arrive même à évoquer la possibilité d’une guerre civile, sans que personne ne
proteste.
Oui, des limites ont été
dépassées, et il devient urgent de crier : « ça suffit » ! Car il y a des choses qu’un homme
responsable ne dit pas et ne fait pas, si du moins il lui reste un minimum de
respect de lui-même et de respect des valeurs humaines.
Et pendant ce temps, le peuple vit dans la peur, la colère et le
découragement…
Le recueil des textes du
SeFaFi pour l’année 2008 s’intitulait : «
À qui appartient l’Etat ? ». Plus que jamais, la
question reste d’actualité. Elle suffit à
montrer
que la classe politique n’a ni éthique, ni sens du bien commun ni idéal. Au
risque de paraître naïf et ringard, le SeFaFi se doit de
rappeler une fois de plus que les hommes politiques sont au service de
la nation et non pas de leurs ambitions personnelles et de leurs intérêts
familiaux ou ethniques. S’il avait été entendu, ces derniers ne seraient
pas, aujourd’hui, l’objet de l’opprobre de leurs concitoyens, et la risée des
autres pays.
Dans ses communiqués de
2009, le SeFaFi n’a cessé de revenir sur ces exigences essentielles, sans
succès il faut le reconnaître. Quelques titres pour le rappeler: «
Les pratiques politiques », «
La force ne résout pas les problèmes »,
«
Pour un retour à la sagesse
politique », «
La société
civile et sa fonction d’interpellation », «
Quelle justice pour le présent et l’avenir ? », «
La transition : rappel des vrais
objectifs ». Que cette insistance lasse ou agace, il est urgent de
revenir aux valeurs fondamentales, qui relèvent à la fois de la culture
malgache et des droits humains. Le SeFaFi en traitait ainsi, il y a peu : «
Les pires habitudes sont de retour :
clientélisme, népotisme, corruption, etc. Des masses d’argent considérables,
d’origine probablement douteuses, passent de main en main. Les abus de pouvoir
sont quotidiens et le laisser-aller, général. L’usage abusif des deniers
publics continue, alors que l’heure devrait être à l’austérité. Où sont donc
les valeurs qui avaient justifié le soulèvement populaire du début de
l’année ? L’objectivité et le professionnalisme des médias, la fin des
passe-droits, l’indépendance de la justice, la transparence dans l’utilisation
de l’argent et des avantages en nature, tout cela n’aurait donc été que
prétexte à prendre le pouvoir et à se servir ? »
(2)
Légitimer
le nouveau paysage politique : proposition du SeFaFi :
Depuis
plus de six mois, Madagascar est en quête de la formule magique qui mettrait
tout le monde d’accord et permettrait de préparer les institutions fiables et
les élections transparentes de la future IV° République. Hélas, la classe
politique va d’échec en échec. Ne trouvant pas de solution sur place, elle
pense y arriver à l’extérieur, grâce à la communauté internationale. Et lorsque
les réunions à l’extérieur n’aboutissent à rien, on prétend que la solution
relève des seuls nationaux, et sur le territoire national !
Ces allées et venues prouvent bien que nos
politiques sont définitivement incapables de s’entendre, et qu’il est vain de
rêver d’un impossible consensus. Les acteurs ne sont décidément pas à
la hauteur des enjeux nationaux de la crise.
Pour
preuve, la réunion des trois mouvances, tenue à Maputo du 4 au 8 décembre, ne s’inscrit pas dans la continuité
des précédentes (Maputo I et II, Addis-Abeba). La raison en est que ces
réunions devaient être «
consensuelles
et inclusives » : ce fut le cas pour les trois premières, et non
pas pour la dernière. Certes, l’objectif déclaré était de lever le blocage de
la constitution du gouvernement de consensus. On peut estimer que les
résolutions de la rencontre à trois constituent une remise en cause du
fondement même des accords précédents.
L’impasse qui en résulte est dramatique pour le pays.
À partir de là, le SeFaFi s’autorise
à avancer une proposition susceptible de venir à bout de la crise. L’un des
bienfaits, que l’on peut mettre à l’actif de la réunion des trois mouvances à
Maputo, est d’avoir effacé les frontières entre les quatre mouvances suscitées
par la communauté internationale à Maputo I. Elle a clarifié le paysage
politique, en
faisant émerger deux pôles
à la place des quatre mouvances :
- 1° Le pôle du changement, qui est celui du Président de la
Transition, et
- 2° Le pôle des trois anciens Présidents.
L’expérience ayant
montré que ces deux pôles sont incapables
de travailler ensemble, il convient d’en revenir à l’instance qui les
départagera, et conférera à l’une d’elles la légitimité qui manque à toutes
deux. Cette légitimation ne peut venir ni des politiques eux-mêmes, ni des forces armées, ni de la communauté
internationale ;
seule une
consultation populaire est à même de les départager et, ainsi, de sortir la
nation de l’impasse majeure dans laquelle elle a été mise par ses politiques.
Un référendum pourra être organisé après la saison des pluies ; il donnera
aux citoyens de choisir entre les schémas de sortie de crise proposés par les
deux pôles qui s’affrontent (objectifs et institutions de la transition,
orientations constitutionnelles, échéancier pour une durée maximale d’un an,
etc.).
En attendant cette échéance, le Président
de la Transition et un Premier ministre de consensus formeront un gouvernement
de large union nationale, composé de techniciens
compétents, dans le délai impératif
d’une semaine. Le Premier ministre et les membres du
gouvernement devront s’engager à ne participer à aucune élection nationale et
locale dans le cadre de la mise en place de la Quatrième République.
Dans un souci d’éthique politique, le Président de la
Transition devra démissionner avant la campagne électorale et s’abstenir de participer à
toute inauguration officielle, s’il est candidat à l’élection présidentielle.
Aidés dans leur tâche par
une structure légère et efficace, ils s’engageront en
priorité à préparer le référendum : mise à jour des listes
électorales, révision ou élaboration d’un nouveau
Code électoral et création par ordonnance d’un CENI (Comité Electoral National
Indépendant) chargé d’organiser le scrutin. La loi de finances 2010 devra être
adoptée par la même voie.
Pour le reste, ce gouvernement transitoire gérera les affaires
courantes.
Une chambre consultative pourra être mise sur pied, exclusivement composée
d’éléments issus de la société civile, du secteur privé et des partenaires
économiques et sociaux ; les personnalités retenues pour le Conseil
Economique et Social pourraient en être les futurs membres. Les autres
institutions continueront à fonctionner dans leur composition actuelle.
Enfin, le processus électoral sera mis sous surveillance de la
communauté internationale, notamment de l’Union européenne. Le Groupe International de Contact
pourra accompagner ce pouvoir, en lui garantissant une reconnaissance
conditionnelle. Car il n’est de vraie légitimité que celle qui vient du peuple,
c’est-à-dire l’ensemble des citoyens répartis sur
l’ensemble du territoire national.
Antananarivo, le
13 décembre 2009
1- Ce concept spécifiquement malgache (littéralement :
« c’est l’esprit qui fait l’homme ») n’a pas d’équivalent en
français. L’expression désigne « ce que nous sommes », « ce qui
est la source de notre agir » ou l’équivalent de : « être homme,
c’est être responsable ». Dans une lettre qui avait marqué son temps, la
Conférence épiscopale attribuait les maux qui frappaient la société à la perte
du fanahy maha-olona (« Le redressement de la nation », 29 novembre 1987,
dans Eglise et Société à Madagascar, tome 3, Foi et Justice, Antananarivo,
1990, p. 215-220).
2- « Garder le cap », 18
juillet 2009.