La
souveraineté alimentaire concerne donc l’aptitude des gens à prendre des décisions responsables par rapport à leur alimentation. Ce qui s’applique à deux aspects :
° La possibilité de
décider quelle sorte de nourriture ils auront sur leur table (la liberté du consommateur)
° Le
pouvoir de décider ce que ils veulent produire et de quelle façon (liberté du producteur).
La situation présente
Avec le début et l’extension de la démocratie, du pouvoir du peuple, on présume que la possibilité que les gens ont de décider de leur propre vie, soit rehaussée. Ce qui fut le cas pour bien des domaines de la vie. De nos jours, nous jouissons d’une liberté presque illimitée de mouvement, d’expression, d’information, de choix de consommation. Un examen plus approfondi révèle cependant que bien des aspects de cette liberté sont hors de propos et illusoires. Que j’ai le choix entre 300 sortes de pain (comme en Allemagne) ou entre 30, n’a rien à voir avec la qualité de vie. Que je puisse me payer une alimentation saine ou que je ne puis que manger des aliments chimiquement conservés peut, au contraire, être important pour mon bien-être. Pareillement, si j’ai le choix entre 800 canaux de télévision par satellite, la multitude des choix ne rehausse pas ma liberté si aucun d’eux ne donne l’information pertinente pour une décision politiquement bien informée.
Quoique l’échelle des
choix du consommateur se soit étendue au point d’avoir du bon sens, en d’autres domaines de la société nous pouvons constater une
concentration dramatique du pouvoir dans les mains de quelques-uns. Ce qui est le cas dans deux domaines :
- Comme la brèche entre les riches et les pauvres s’agrandit, et de plus en plus de compagnies fusionnent, les ressources financières et matérielles sont de plus en plus concentrées entre les mains de moins en moins de gens.
- Comme ce sont les joueurs économiques qui dominent ceux qui doivent prendre les décisions politiques, les possibilités dont dispose l’individu pour influencer les décisions importantes pour la société diminuent rapidement. La démocratie est en danger de perdre son sens.
La
concentration du pouvoir se produit également dans les domaines de la production, du traitement et du commerce des denrées alimentaires. Si cette tendance l’emporte, les décisions concernant la nourriture, que nous allons prendre seront prises par les propriétaires de quelques compagnies mondiales géantes. Selon la logique du système économique actuel, leur intérêt principal est de faire le maximum de profit. Ils ne s’intéressent pas à la qualité du produit, ni à la santé du consommateur, dont l’industrie pharmaceutique prendra soin – encore avec des profits élevés. En pratique cela revient à une
production agricole industrielle à grande échelle et un emploi élevé de produits chimiques, aussi bien pour la production que pour la conservation des aliments. Et les deux sont au détriment de la santé et du milieu.
Dans le contexte de la globalisation, le droit de prendre des décisions concernant les aliments est empêché non seulement par le pouvoir
monopolisant des compagnies trans-nationales, mais tout aussi bien par les
règles de l’organisation mondiale du commerce (OMC) et d’autres accords du marché libre comme
les accords de partenariat économique (APER) de l’Union Européenne et des pays ACP. Les conditions imposées par l’économie libérale favorisent injustement la production agricole industrielle au détriment de la production sur petite échelle.
La souveraineté alimentaire protège les libertés démocratiques
La souveraineté alimentaire a pour but de
rendre aux gouvernements, aux communautés locales, au consommateur et au producteur,
le pouvoir de prendre les décisions concernant l’alimentation. Sur les marchés locaux et régionaux, le producteur essaiera de répondre aux besoins et aux désirs du consommateur local. Les gouvernements garderont le pouvoir de protéger leur production agricole par des tarifs, et pourront décider quand et comment ils veulent importer la nourriture si les producteurs locaux ne peuvent satisfaire tous les besoins.
Pour que les agriculteurs puissent garder leur pouvoir de décision, il est très important d’éviter les dangers des semences génétiquement modifiées, en particulier des ‘semences terminator’. Laissant de côté la question du risque à long terme pour la santé et de la perte de la diversité biologique, il faut dire que les petits agriculteurs, en particulier ceux des pays en voie de développement, perdent leur indépendance s’ils ne peuvent plus conserver la semence de la saison suivante et deviennent entièrement dépendants des compagnies de semences. En fin de compte, ce seront les compagnies commerciales qui dicteront aussi bien le genre de produit agricole à cultiver que leurs prix.
La condition fondamentale pour la sécurité et la souveraineté alimentaire est la paix
Le processus de globalisation des années passées allait de pair avec une militarisation croissante. Les conflits armés et les luttes pour contrôler les ressources détruisent l’environnement, les vies humaines et nos espoirs pour l’avenir.
La
paix signifie être libéré de la violence contre les membres les plus faibles de la société, de la violation des droits humains et du racisme. Elle signifie respect pour la souveraineté locale et nationale, et également respect pour la diversité culturelle et biologique. Seule une culture de paix et de démocratisation partant d’en bas, peut ouvrir des possibilités pour l’avenir.
Voici quelques exemples provenant de l’Afrique. Ce sont
deux exemples négatifs de la manière dont les conflits peuvent détruire la sécurité alimentaire des pays.
~ Zimbabwe
Il y a des années, Zimbabwe était
la zone de production alimentaire de l’Afrique méridionale. Aujourd’hui, le pays dépend de l’aide alimentaire internationale, parce que la
production agricole a diminué de près de 42% à cause de l’occupation et de l’expropriation. Le gouvernement a dû importer 1,8 millions de tonnes de nourriture de l’Afrique du Sud pour ses 4 millions de citoyens menacés par la famine. Malgré cette situation économique désastreuse, le gouvernement a l’intention d’acheter à la Chine 12 chasseurs à réaction et 100 véhicules militaires pour une valeur de 200 millions de dollars USA. Ce pays qui fut compté parmi les plus développés de l’Afrique se trouve maintenant au plus bas de l’échelle économique africaine. La politique chaotique du président Mugabe a amené la ruine non seulement de l’agriculture mais de tout le système économique.
~
RDC Congo
Dans ce pays si riche en diamants, cuivre et cobalt, café, huile et Coltan, les réserves de nourriture élémentaire se détériorent. La lutte des pays voisins du Rwanda et de l’Uganda et de certains compagnies internationales pour le contrôle de l’exploration de l’or et d’autres ressources minières dans la partie Est du pays, cause la mort par le conflit armé, la pauvreté et la faim. En septembre de l’an dernier, le Fonds Monétaire International annonça une subside de 41 millions de dollars USA pour un programma de réduction de la pauvreté.
Mais la faim et la pauvreté persisteront aussi longtemps que des milices attaquent la population et la force de fuir de leur maison et d’abandonner leurs champs. Des milliers de personnes déplacées internes ne peuvent pas s’installer pour cultiver leur nourriture. Et le peu qu’ils produisent est réquisitionné de force par les soldats à la maraude.
Mais il y a aussi des
exemples positifs où la paix et une politique agricole saine ont aidé à améliorer la situation alimentaire.
~
La Zambie
En vue de lutter contre la famine et de devenir moins dépendant de l’exportation du cuivre, le gouvernement de ce pays a, au cours de l’année 2003, mis à la disposition 190.000 acres de terre à cultiver, le lotissement étant de 1000 acres. Il a également investi dans des
mini-plans de crédit pour les agriculteurs. Ce pays qui, comme le reste de l’Afrique méridionale, a souffert de la sécheresse et d’inondations, a pourtant pu enregistrer des récoltes exceptionnelles pour la deuxième fois en 2004. La Zambie fut mentionnée comme un des pays peu nombreux de l’Afrique qui a
osé refuser, malgré la famine sévère, les
donations de maïs génétiquement manipulé, ceci en vue de protéger son agriculture.
~
Le Mozambique
La guerre d’indépendance et la guerre civile subséquente surtout, furent responsables de la pauvre situation sociale et économique du Mozambique. Depuis la fin de la guerre, le pays a pu registré une croissance économique rapide et a fait des
progrès pour être autosuffisant en nourriture et pour vaincre la famine. Des 3,6 millions de familles au Mozambique, 3,2 millions vivent de l’agriculture.
Principes sous-jacents de la doctrine sociale catholique
°1°
La propriété comme fondement de la liberté :
La doctrine sociale catholique a toujours défendu le droit à la propriété parce qu’il rehausse la liberté des personnes. Mais la
propriété privée doit être en équilibre avec le bien commun et la destinée commune des choses. En d’autres mots, l’accès aux ressources doit être aussi étendue que possible pour que le plus grand nombre possible de gens puissent jouir de la plus grande liberté possible. Dans les communautés agricoles, la ressource la plus importante est la terre et l’eau, qui devront être et rester accessible au peuple.
°2°
Le principe de participation
La justice participative (‘Justitia Contributiva’) est un aspect de la justice sociale. Elle implique "
Que les personnes ont l’obligation d’être des participants actifs et productifs à la vie de la société, et que la société a le devoir de les rendre capable de participer de cette façon " (Lettre de l’épiscopat américain, Justice Economique pour Tous #72).
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