JUBILEE PEROU REAGIT SUR L’ACCORD DE REMBOURSEMENT ANTICIPE DE 2,63 MILLIARDS DE DOLLARS CONCLU AVEC LE CUB DE PARIS :
Nous souhaitons exprimer notre inquiétude au regard des
dettes nouvellement contractées, dans le but de réaliser des paiements anticipés, notamment en raison du fait que ces
nouvelles créances impliquent des fonds de pension.
Pourquoi affecter l’argent des travailleurs à des remboursements anticipés destinés aux pays riches plutôt que d’allouer ces fonds à l’éducation, la santé, l’eau ou les infrastructures ?
En quoi cette opération va-t-elle bénéficier aux millions de péruviens qui vivent dans une situation de pauvreté ou d’extrême pauvreté ? Pourquoi les technocrates pensent-ils d’abord aux gros chiffres avant de penser aux gens ? Seraient-ils par hasard incapables de tenir compte de l’atmosphère de protestation sociale qui règne partout dans le pays ?
Pour quelles raisons devrions-nous rembourser notre dette au Club de Paris avant son échéance ? Un des membres du Club, le gouvernement de Norvège, a justement décidé l’année dernière d’annuler les dettes de plusieurs pays, parmi lesquels le Pérou, reconnaissant de fait la nature illégitime de ses créances ; le sénat belge a quant à lui récemment pris l’initiative de lancer des audits de dettes dans différents pays du Sud. Si nous remboursons nos dettes bilatérales, nous nous privons de toute possibilité d’annulations de dette dans le futur.
Pourquoi ne nous donne-t-on aucune information sur les taux d’intérêt qui seront appliqués aux nouveaux emprunts que nous allons contracter via des émissions d’obligations ? Quel degré de soutenabilité la dette interne a-t-elle atteint après les opérations de remboursement anticipé effectuées ces dernières années ?
Le gouvernement allègue le besoin d’obtenir une notation " investment grade " pour le Pérou. En tant que péruviens, nous ne pouvons évidemment pas nier les avantages que nous pourrions en tirer. Mais
devenir un pays " stable et fiable " passe en premier lieu par le respect des engagements internes pris envers la population, et donc par la gestion de l’encombrante dette sociale.
Trouver une solution définitive au problème de la dette nécessite à la fois d’œuvrer au niveau international et de mener une gestion efficace au niveau national. La gestion de la dette extérieure ne devrait donc pas être du seul ressort du Ministre de l’Economie et des Finances mais également du Ministre des Affaires Etrangères.
Au niveau international, le Pérou devrait collaborer avec le reste des pays d’Amérique latine que l’on dit à moyen revenu comme, entre autres, l’Equateur, l’Argentine, le Brésil ou le Mexique, pour élaborer des propositions communes dans de meilleures conditions. Certains accords du Parlement Andin et du Parlement Latino-américain sur la dette pourraient par exemple constituer un bon point de départ à cet égard.
Au niveau national, la 31ème politique d’Etat mentionnée dans l’Accord National devrait être respectée. Cette dernière prévoit que "
des comptes soient rendus sur le niveau d’endettement du passé, du présent et du futur "
. Un audit de la dette publique devrait donc être entrepris, qui prenne en compte les rapports élaborés par la commission d’investigation sur la dette mise en place par le Congrès. Ces rapports font état des principaux actes de corruption commis dans les années 1990 en terme de gestion de la dette. Les audits de dette sont des outils qui peuvent s’avérer utiles pour défendre les intérêts du pays et répudier des dettes issues d’actes corrompus.
Jubilée Pérou et La Plateforme Péruvienne pour les Droits de l’Homme, la Démocratie et le Développement souhaitent servir la volonté des quelque deux millions de péruviens qui ont signé la pétition en faveur de l’annulation ou de la réduction conséquente des dettes détenues par les pays du Sud au cours de la campagne " La vie avant la Dette " menée en 1999. Pour cette raison, nous nous opposons fermement à cette opération, qui place le remboursement de la dette extérieure avant la gestion de la dette sociale.