LE CYCLE DE LA VIOLENCE EST IL INVÉVITABLE ?
Joanne Blaney, Maryknoll, Missionnaire laïque,
News From Brazil 569, 25 mai 2007
Les participants des
écoles de pardon et de réconciliation (ESPERE) posent les mêmes constats : "
Lorsque je suis arrivé pour le premier jour du cours, j’avais un cœur dur, plein du désir de vengeance. Je me sentais comme une fleur séchée sans espoir. J’étais comme un tissu froissé par la peine ". Le Centre pour les Droits Humains et l’Éducation Populaire (CDHEP) de Sao Paulo ont proposé la dynamique ESPERE qui conduit à transformer la colère et le désir de vengeance. ESPERE conduit à un apprentissage pratique et théorique de la
culture de la paix en passant par le pardon et la justice rétablissant dans ses droits.
Nous vivons dans une
société marquée par la violence : structurelle et interpersonnelle. La violence faite d’injustices, de non - compréhension, nous touche que ce soit dans la famille ou la société. Le cycle de la vengeance et de la haine détruit beaucoup de familles et de communautés. Les gouvernements, les parties en conflit peuvent prononcer des accords de paix, mais ceux - ci ne sont effectifs que si la paix sociale est construite au niveau des communautés.
La
Colombie était autrefois considérée comme le pays le plus violent du monde. C’est maintenant un des rares Pays à avoir réduit le niveau de la violence urbaine ou inter personnelle. Les écoles de pardon et de réconciliation ESPERE ont ici d’une grande aide. C’est Leonel Narvaez, missionnaire de Consolata qui a créé la pédagogie ESPERE à Bogota, en Colombie. Narvaez a travaillé d’abord au Kenya, puis dans la région de l’Amazone en Colombie. Il a compris très tôt comment le cycle de la violence se répétait lorsque la victime devient agressive et violente à son tour. La pédagogie de Narvaez a été appliquée dans diverses situations (victimes de violence, personnes déplacées, membres de gangs, enfants, adolescents, adultes, détenus, groupes communautaires, etc.). Plus de 60 quartiers, parmi les plus violents de Bogota, ont mis en place ces écoles de réconciliation. Des territoires de paix ont été décrétés. Les conflits familiaux et de voisinage ont été transformés. En 2004, le conseil municipal de Bogota a rendu obligatoire à toutes les institutions d’éducation un cours sur les droits humains et la réconciliation. La violence familiale a de ce fait diminué et les relations interpersonnelles et communautaires se sont nettement améliorées.
Narvaez a
conduit les négociations entre le gouvernement Colombien et les dirigeants des forces armées révolutionnaires de Colombie. Il a travaillé avec plus de 1000 ex - combattants des para- militaires Colombiens et a aidé à leur désarmement et réintégration. La plupart des ex - combattants sont de jeunes hommes de 18 à 25 ans qui ont été témoins et ont parfois même participé à des actes horribles et cruels. ESPERE leur permet de récupérer, de guérir et de reconstruire leurs vies. Plus de 20.000 ex-combattants ont ainsi été réinsérés dans la société en Colombie.
Plus de
3000 facilitateurs ont été formés dans la méthodologie ESPERE au niveau mondial : 11 pays dont la Colombie, le Pérou, le Brésil, le Mexique, l’Italie, le Sénégal, l’Afrique du Sud et l’Ethiopie. ESPERE a été honoré d’une distinction au niveau ONU et UNESCO.
Comment fonctionnent les écoles de pardon et de réconciliation ?
Il y a beaucoup d’information théorique sur les méthodes de résolution de conflits, de médiation, de non-violence et les moyens de construire une culture de la paix. ESPERE reprend cette information théorique, mais par des
approches participatives conduit à transformer la haine et la rancœur. ESPERE travaille quatre aspects fondamentaux de l’être humain :
- Le cognitif (la connaissance)
- L’émotionnel (les sensations)
- Le comportement (les actions)
- Le spirituel (la transcendance).
Dans une situation de violence, c’est la victime, aussi bien que l’agresseur, qui besoin d’aide. Lors d’une situation conflictuelle, la victime pense qu’elle n’a que peu de pouvoir. Les victimes peuvent se retrouver agresseurs sauf si elles apprennent à mieux gérer leur sentiment de peine et de colère. La rage et le ressentiment s’accumulent. Dans certaines communautés, ces sentiments peuvent même devenir collectifs et se transmettre de génération en génération. Les sociétés se sont transmis de génération en génération l’interdit de la violence. Mais, voilà notre monde semble devenir de jour en jour plus violent !
ESPERE vise à restaurer les relations en offrant aux personnes une place sure pour raconter leur histoire, de libérer la colère et la peine accumulée, de pardonner et de demander pardon.
Le pardon est compris comme bénéficiant non seulement à l’agresseur mais aussi à la victime. Le but n’est pas d’oublier ce qui s'est passé ou d’excuser le comportement destructif, mais d’apprendre à le percevoir d’une autre façon. Les manifestations de colère ou les agressions sont souvent des appels à l’aide. C’est une volonté de voir avec de nouveaux yeux et de voir plus que les limites de la personne qui m’a fait mal. Les titres de certains modules sont ainsi évocateurs : je vois avec de nouveaux yeux ; j’apprends à écouter ; je décide de pardonner ; je partage ma peine ; je construis la vérité ; je travaille pour la justice, etc. ".
Le programme conduit à
comprendre et identifier les origines des conflits et propose des stratégies et apprentissages de t
echniques de résolution non - violente de conflits. Les principes de la justice restaurative font partie intégrante des programmes ESPERE. La justice restaurative est un procédé qui conduit, dans la limite du possible les personnes en conflit (victimes et agresseurs) à se rencontrer, identifier les peines, les besoins et ce qui est nécessaire en vue de la guérison. C’est un moyen pour aider les agresseurs à comprendre comment leurs actions ont touché les autres, de prendre la responsabilité pour celle-ci et de rétablir de bonnes relations. La justice restaurative promeut une
opportunité de dialogue entre la victime et l’agresseur. Ce processus engage la communauté et permet de rétablir les relations, devenant ainsi une " fabrique sociale ".
ESPERE à Sao Paulo :
La méthode ESPERE a été mise en place par le centre pour les droits humains et l’éducation populaire (CDHEP) dans le
quartier Capao Rebondo de Sao Paulo. Ce quartier est marqué par un fort niveau d’exclusion sociale et de violence urbaine. Le CDHEP aide à la formation de leader, la prévention de la violence et à l’articulation des mouvements sociaux. L’un des buts principaux est de
former des citoyens pour qu’ils s’engagent activement en vue plus de justice dans la vie en société. Le CDHEP travaille avec les éducateurs, les familles, la communauté et les fonctionnaires. Il participe à des forums municipaux, propose de former des promoteurs et éducateurs de rue à la défense des droits environnementaux et sociaux.
Un cours ESPERE de 40 heures a même été délivré à un groupe de la police municipale et d’éducateurs de rue. Ceux-ci diffusent maintenant la méthodologie dans plus de 15 quartiers différents de Sao Paulo. Le but est, là aussi, de
briser le cycle de la violence, d’approfondir un pardon et une réconciliation réelle et de construire des territoires de paix. L’objectif est aussi d’approfondir la notion de citoyenneté, de promouvoir les valeurs, attitudes et action en faveur de la défense de la vie pour dépasser la violence.
L’évaluation du cours par les participants signale :
- Le cours a changé ma vie : Lorsque des conflits apparaissent, je pense, je réfléchis et essaie de comprendre les deux partie.
- Je suis moins agressif. Le cours m’a aidé à gérer mes relations avec les autres.
- Je pensais qu’il était faible de demander pardon. Maintenant, je comprends cela différemment.
- Je sens une paix intérieure et je suis prêt à donner la lumière ESPERE à mes étudiants
- Ma famille et mes collègues de travail ont senti que j’étais différent. Je suis calme et j’écoute, je n’explose pas en colère.
- C’est mon orgueil qui m’empêche de pardonner
. J’apprends maintenant comment gérer ma colère.
- Je comprends maintenant ce que signifie que pardonner.
ESPERE reconnaît le rôle de la spiritualité pour générer la compassion et la solidarité, partie essentielle du changement social. ESPERE reconnaît l’importance de cultiver la spiritualité non - violente dans le cœur des individus et communautés. Le pardon peut guérir les blessures et arrêter la violence. La construction de la culture de la paix demande de s’engager, avec d’autres, pour changer les structures sociales, économiques et politiques qui sont souvent la cause de la violence.
Traduction de l’anglais Christian Thuet
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