Justice et Paix : THEMES GENERAUX
-Démocratie, Droits de l'homme



Vies à crédit : Secours Catholique 10 mai 2007

Toujours plus surendettés, les ménages doivent faire face aux tentations du "crédit facile" proposé sans trop de scrupules par la plupart des groupes bancaires, et à une société dans laquelle la surconsommation est de plus en plus valorisée. Résultat, la Banque de France, dans son baromètre du surendettement, note une augmentation de 6,5 % par an du nombre des dossiers de surendettement.

La spirale du surendettement peut s’abattre sur n’importe qui. Martine, mère de famille de 45 ans, en a fait la cruelle expérience. Obligée de fuir son mari " pour la sécurité de [ses] enfants ", elle s’est retrouvée à la recherche d’un logement dans une ville qu’elle ne connaissait pas. " Il fallait payer le déménagement, acheter des meubles, payer la caution… J’ai fait une demande de crédit à la consommation auprès d’une banque, et tout est parti de là. " De rééchelonnements en nouveaux besoins financiers immédiats, pour sortir des 12 mètres carrés insalubres qu’elle avait trouvés dans l’urgence, le montant de sa dette atteint rapidement 9 000 euros. Mais l’allocation adulte handicapé et les allocations familiales ne lui assurent que 800 euros de ressources mensuelles. Difficile dans ces conditions, de rembourser les quelque 400 euros de mensualités. " Et pourtant, je peux vous dire que nous ne faisons aucune dépense superflue , assure-t-elle. Mes enfants n’achètent jamais de vêtements de marque, je restreins toutes les dépenses, mais j’ai toujours privilégié le paiement du loyer… "

Une nouvelle urgence sociale

Un cas parmi tant d’autres, comme le confirme Alain Bernard, responsable du département de l’économie sociale au Secours Catholique : " La majorité des cas de surendettement découlent d’accidents de la vie plutôt que d’achats compulsifs. En même temps, il faut quand même reconnaître que l’offre d’"argent facile" est bel et bien réelle dans un contexte de surconsommation. Enfin, il faut rajouter que "l’éducation financière" à la bonne gestion d’un budget n’est pas assez développée. " Des constats qui se retrouvent dans les chiffres publiés par la Banque de France. Entre janvier 2002 et décembre 2006, celle-ci a recensé 865 000 dossiers de surendettement dont 82 % liés à des crédits renouvelables, et la part croissante des dossiers concernant des arriérés de charges courantes comme l’eau ou l’électricité indique également une précarisation accrue d’un certain nombre de ménages. Ces constats ont même conduit le médiateur de la République à se saisir de cette thématique. Dans son rapport annuel, Jean-Paul Delevoye soulève le problème du "mal-endettement", qu’il définit comme une nouvelle urgence sociale. Un phénomène que le médiateur entend combattre, " en contribuant à la mise en place d’un crédit responsable et à la rédaction d’un guide de bonnes pratiques en la matière ".

Reste que si nombre d’organismes bancaires semblent vouloir s’adosser à des associations (comme le Secours Catholique) afin de proposer du micro-crédit social ou mettre en place des pratiques de crédit dites responsables, ils ont également absorbé les entreprises phares du crédit renouvelable et proposent encore des réserves d’argent "facile". Ces pratiques recèlent bien des pièges que les personnes les plus fragilisées et les moins formées à la gestion budgétaire n’arrivent pas à déceler. Afin de mieux aider les personnes touchées par cette problématique, la délégation du Secours Catholique de Saint-Étienne a mis en place une activité concernant la prévention du surendettement. Dans ce cadre, les personnes accueillies, aidées par des animateurs, des bénévoles de différentes associations et une conseillère en économie sociale et familiale, ont travaillé à rédiger de manière simplifiée les documents envoyés par la Banque de France aux personnes surendettées (document consultable en ligne sur le site www.droits-sociaux.fr). De manière plus générale, le Secours Catholique siège au comité consultatif du secteur financier et mène des actions institutionnelles. Il a mis en œuvre dans ses délégations des outils de micro-crédit social. Ce système s’adresse aux personnes interdites de crédits classiques et évite les pièges des crédits à la consommation.
Par Stéphane Fernandez


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