NOUVELLES DE MISSIONNAIRES
FILM « HAITI CHERIE « DE CLAUDIO DEL PUNTA
Document courageux d’ un cinéaste qui n’ a pas hésité à affronter la haine et le mépris de certains dominicains vis - à - vis des haïtiens qui vivent dans l’ enfer des bateys de St Domingue .
Hymne au courage d’ une jeune femme , Magdelaine qui refuse de vivre cet esclavage moderne et qui veut retourner dans son pays Haïti, tout en sachant que ce retour ne sera pas facile.
Son ami , Jean-Baptiste , tout en subissant ces conditions de vie humiliantes , couper la canne de 7h am à 7hpm, sans avoir pu manger un repas durant toute la journée !!! On se contente de sucer la canne pour tromper la faim qui vous dévore. Dans certains bateys - lieux de résidence des braceros, coupeurs de canne, en plein milieu des champs de canne, sans eau ni lumière ni école, ni dispensaire – des femmes viennent vendre un repas de riz et haricots sur le terrain de travail , mais cela reste bien rare.
Un jeune adolescent Pierre , qui a autant besoin d’ une mère que d’ une femme , tombe en amour avec Magdelaine qu’ il encourage à revenir au pays pour fuir cet enfer qu’ il ne supporte plus .
Pour éviter d’être classé raciste anti - dominicain , le réalisateur, Claudio Del Punta, italien , nous présente un médecin, Ernesto, natif natal, comme on dit chez nous , qui n’a pas peur d’ affronter, avec modération , les petits caciques du coin qui veulent montrer leur pouvoir. Durant ce film il jouera un rôle de plus en plus important sur lequel nous reviendrons.
Dès le début du film, un drame terrible : le bébé de ce jeune couple vient de mouri r – de faim ou de maladie ? – et le cacique intervient brutalement pour empêcher les parents d’ emmener leur enfant au cimetière. Les hommes doivent aller couper la canne à tous prix . Ce sont les ordres du Consortium qui dirige cette zône . Finalement ce sera Ernesto qui emmènera le petit cercueil.
Autre drame qui, malheureusement se produit souvent : un des militaires qui encadrent ce batey, décide de violer la belle Magdelaine qui se lave dans le canal tout proche. Ce sera le jeune Pierre qui viendra au secours de la jeune femme, suivi de Jean-Baptiste. Evidemment dans ce pays, battre un militaire, quel que soit son crime, peut avoir des conséquences dramatiques pour les auteurs. Seule solution : partir le plus loin possible. Ce qui correspond bien au désir de Magdelaine.
Ernesto propose de les amener à la frontière. Panne de voiture qui leur permettra de vivre quelques jours de bonheur, au bord de mer, en compagnie d’une jeune haïtienne qui vit avec un dominicain Sanchez. Enceinte , quelle sera la nationalité de l’ enfant ? Normalement dominicain . Mais les enfants haïtiens nés en Dominicaine sont considérés comme des gens de passage, donc n’ ont pas droit à la natio nalité !!!!
Dernier drame de ce film d’ une tristesse infinie et omni présente, grâce à la musique sublime de Toto Bissainthe qui nous prend aux tripes par son chant : « Dey o Ayiti o ! ». Jean-Baptiste qui n’a pas voulu quitter sa femme est tué brutalement par un jeune militaire haïtien sans aucune raison . Trop c’ est trop. Ce meurtre ne fait que confirmer le » no futur » de ce couple à la recherche d’ une vie meilleure.
Claudio del Punta a réussi un exploit : réaliser un film dans les bateys de St Domingue , aujourd’hui en 2008 ,sans autorisation officielle, mérite d’ être souligné, car l’ armée est omni présente dans les bateys. Tous ceux et celles qui ont essayé de filmer ou témoigner , même très rapidement dans ces lieux interdits, ont été expulsés ou maltraités . Dans les années 90, j’ ai pu filmer en cachette mais poursuivi par les caciques du coin qui ne supportaient aucune photo ni interview . ….
Le réalisateur a su nous faire revivre l’enfer des bateys, sans nous accabler de scènes de violence dans le style Hollywoodien. Bien sur ses acteurs sont un peu trop timides et manquent d’ assurance mais ce sont des amateurs qui vivent dans ces bateys où la revendication est impossible.
Ernesto essaie à un moment de conscientiser ces braceros sur leurs droits mais le chef du coin intervient tout de suite pour lui rappeler qu’ il est sur une propriété privée et qu’ il n’ a aucun droit de se mêler des règlements locaux .
Pour terminer et rappeler que les braceros vivent un véritable esclavage moderne , Del Punta nous fait revivre une expulsion brutale des hommes et des femmes qui vivent dans ce pays depuis bien longtemps et qui sont à la merci de n’ importe quel employeur qui choisit le jour de paie pour envoyer l’ armée les déporter.
« Ayiti cheri pi bel peyi pase w nan pwen « oui Haïti reste un très beau pays avec un peuple courageux qui continue à se battre, même dans les bateys de St Domingue , dans les îles des Bahamas ou dans les Antilles françaises et en Guyane. Aura-t-il un Jour , le droit de vivre comme tout le monde ? Et en France métropolitaine ?.......
Vitry sur Seine le 11 juin 2008
René Soler cssp .
Membre du C.A. du Collectif Haïti de France.