NOUVELLES DE MISSIONNAIRES

LE QUOTIDIEN DES BOMBES DELPHINE BOUCHARD, VOLONTAIRE À HAZMIEH, LIBAN

Vendredi 25 janvier 2008, avant la récréation de 10h, un « boom » retentit. C’est un nouvel attentat . Il a eu lieu à un carrefour très passant à une heure de grande affluence à Beyrouth. Rapidement fusent mille et une rumeurs sur le lieu, le nombre de morts, les personnes visées, et des questions : « Va-t-on renvoyer les élèves chez eux ? », « Doit-on dire ce qui s’est passé ? Faut-il faire comme si rien n’était ? ». Dans la confusion, la direction annonce que les cours sont maintenus, sauf les activités extrascolaires. Après la récréation, j’entre en classe, trouve 3 élèves en pleurs : leurs maisons, le bureau de leurs parents se situent près du lieu de l’explosion  ; la classe  m’interroge sur les détails. Comment faire cours normalement ? Finalement comme l’ont fait certains collègues, nous calmons l’anxiété des classes en rétablissant la vérité sur les faits connus, proposons aux élèves « touchés » par l’incident de téléphoner chez eux pour se rassurer ; j’emmène la classe avec un peu de retard en salle d’informatique, leur promettant de leur donner au fur et à mesure les nouvelles. Je suis inquiète pour une collègue qui, commençant ses cours à 10h30, a du passer par ce carrefour pour venir à l’école : où est-elle ? Je suis vraiment soulagée de la voir à l’inter - classe ! Trois jours plus tard, elle me confiera qu’elle est arrivée au carrefour deux minutes après l’explosion, a eu le temps de voir le cadavre désarticulé d’un homme projeté par l’explosion accroché au pont, avant de venir à l’école : « Heureusement les élèves avaient une petite évaluation à faire : j’en ai profité pour me remettre de mes émotions, puis j’ai fait le cours normalement ». Elle a pourtant échappé de peu à la mort !  
À chaque projet, sortie, activité extrascolaire, cours reportés ou annulés à cause des attentats, des manifestations, ce sont les terroristes qui gagnent, mais doit-on poursuivre coûte que coûte aux dépens de la sécurité de chacun ? Tout « bascule » si soudainement ! Certains collègues cherchent à quitter le pays ; d’autres « résistent », reprogrammant inlassablement les camps scouts ou les sorties sociales, cherchant des solutions de rattrapage (Cours sur internet en cas de longs congés forcés …) pour que la vie suive son cours le plus normalement possible.  
Comment ne pas comprendre les Libanais qui partent pour assurer l’avenir de leurs enfants ? Comment ne pas admirer le courage de ceux qui restent ? Un collègue m’a dit : «  le seul fait que des volontaires soient là, c’est déjà beaucoup ; c’est la preuve qu’on ne nous abandonne pas  ». Nous volontaires faisons de notre mieux pour aider. C’est « facile » : nous sommes « de passage » ; nous savons que si l’insécurité grandit, l’ambassade nous évacuera ; mais ce sera le cœur serré, avec le sentiment d’abandonner le navire, avec la peur de ne retrouver rien ni personne en revenant… Aurons – nous la force, comme eux, de recommencer ? Ici, les nombreux bons moments ont plus de « goût » qu’ailleurs.